Photo : © Milutin Gubash
du 29 aout au 3 octobre 2015
Depuis plusieurs années déjà les œuvres de Milutin Gubash prennent assise sur de grandes et petites histoires. L’artiste est fasciné par les histoires, car la façon dont on les raconte dévoile bien plus sur qui nous sommes que l’on pourrait le croire.
Il arrive qu’une histoire familiale ratisse plus large et déborde sur un récit encore plus élaboré, car si nos histoires personnelles nous modèlent, nous sommes aussi conditionnés par des pratiques autant symboliques qu’économiques et sociales des sociétés dans lesquelles nous vivons. La présente exposition montre les images d’une série dont on avait déjà vu des extraits lors d’une présentation précédente à Joliette et qui traite justement de cette problématique.
Il s’agit de présenter ce qui apparait d’abord comme une certaine incongruité idéologique et historique. En effet, contrairement à bien des leaders communistes et socialistes, Tito, ancien homme politique de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, ne voyait pas comme décadentes les œuvres inspirées d’esthétiques modernistes et même abstraites. Aussi, voulant se faire valoir comme promoteur d’un art moderne, il avait demandé à des artistes de fournir à son pays des monuments aux formes et aux allures avant-gardistes. Milutin Gubash a eu l’idée de photographier ces monuments qui sont maintenant abandonnés dans une végétation parfois dense, et recouverts de graffitis, alors que sur les photos l’artiste a pris soin de les avantager en les plaçant bien nettement découpés dans un environnement bucolique. Ces monuments représentent l’histoire d’une certaine présomption artistique et politique, comme la manifestation du désir d’un dirigeant socialiste de se montrer ouvert à la modernité esthétique et d’inscrire son pays dans le circuit des nations modernes, à l’égal des démocraties occidentales.
Ordinary folk, vue d’exposition, Galerie Trois Points, Montréal, 2015.
© Milutin Gubash / SODRAC (2015)
Photo : © Milutin Gubash
Dans une autre salle de la galerie figure le projet Lamps, des sculptures suspendues de manière à ce que nous puissions déambuler librement entre elles. Elles sont le résultat du même type de symbolique que pour les monuments, soit témoigner du désir en chacun de nous d’atteindre une certaine forme d’idéal. Milutin s’est employé à concevoir une esquisse pour chacune de ces lampes, puis, il a demandé à sa tante, demeurée en Serbie, de se procurer les matériaux nécessaires à leur fabrication, la plupart en provenance de pays d’Extrême-Orient. Lors d’une visite, la mère de l’artiste les lui a rapportés et celui-ci les a assemblés selon les esquisses imaginées. Il se trouve ainsi à parodier notre modèle d’échange des biens, alors que la plupart des objets que nous achetons proviennent en effet d’Asie. Du coup, il illustre la mainmise qu’exerce l’Occident sur l’Orient, qui lui présente aussi bien des modèles esthétiques qu’économiques pour son avènement en tant que société et économie modernes.