Vincent Meessen, Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal

97
2019
Galerie Leonard & Bina Ellen
  • Ultramarine, vue d’installation, Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal, 2018. Photo : Paul Litherland/Studio Lux, permission de l’artiste & de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal
  • Ultramarine, vue d’installation, Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal, 2018. Photo : Paul Litherland/Studio Lux, permission de l’artiste & de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal
  • Discordia, vue d’installation, Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal, 2018. Photo : Paul Litherland/Studio Lux, permission de l’artiste & de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal
  • Discordia, vue d’installation, Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia, Montréal, 2018. Photo : Paul Litherland/Studio Lux, permission de l’artiste & de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal

Vincent Meessen, Blues Klair
Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal, du 17 novembre 2018 au 23 février 2019

Quelle est la couleur de l’histoire du colonialisme, du racisme et du capitalisme ? En réponse à ces questions, l’artiste belge Vincent Meessen propose Blues Klair, présentée à la Galerie Leonard & Bina Ellen sous le commissariat de Michèle Thériault. Le bleu indigo, symbole de l’exploitation d’esclaves par les empires coloniaux qui ont extrait l’indigotier pour produire le pigment, devient la couleur de la rébellion. Ce pigment aux nuances et aux références diversifiées, à la portée poétique significative, agit comme un filtre à la lecture de l’exposition. Blues Klair constitue une « contrearchive » d’évènements historiques issus de l’effervescence politique des années 1960 et 1970. Celle-ci s’appuie sur des instigateurs d’importants bouleversements sociaux : les poètes Gylan Kain et Patrick Straram, de même que les participants aux manifestions de 1969 à l’université Sir George Williams. L’approche artistique de Meessen concilie avec acuité les faits historiques ayant érigé la modernité coloniale dans l’imaginaire occidental dans le but de proposer une histoire actuelle et ses potentiels transculturels. Ainsi, Blues Klair incarne, en misant sur le symbolisme du bleu et non sur celui du noir, une représentation de l’histoire d’hier et d’aujourd’hui ; l’intervalle de la réécriture et de la relecture des dissonances associées à la couleur de la peau.

Le titre de l’exposition renvoie à l’auteur Patrick Straram, à son émission radiophonique Blues Clair diffusée à Radio-Canada de 1978 à 1979, ainsi qu’à ses écrits publiés dès 1980 qui portent sur la contreculture et l’exil. Isolée dans une salle feutrée d’une lumière bleue diffuse, une immense table de consultation offre une quinzaine des publications de Straram, que Meessen combine à ses archives personnelles. L’œuvre cinématographique Ultramarine (2018) est une considération mémorielle sur le commerce colonial. Cette pièce centrale de l’exposition est projetée sur un dispositif éthéré entièrement constitué de textile, rappelant une courtepointe artisanale. À l’écran, l’illustre précurseur afro-américain du hip-hop des années 1960, Gylan Kain, improvise sur une musique du batteur belge Lander Gyselinck, entouré de divers accessoires scéniques et instruments. Des images de l’oppressante exploitation de groupes ethniques sont superposées à la performance musicale pour illustrer le parlé-chanté lyrique (spoken word) de Kain. Présentée parallèlement à la projection, l’installation immersive Discordia (2018) réfère quant à elle au soulèvement étudiant de 1969, alors que six étudiants caribéens furent la cible de discrimination raciale à l’université Sir George Williams, aujourd’hui Université Concordia, lieu où se trouve la galerie. L’œuvre propose une reconstitution partielle d’une scène de l’après-manifestation : des centaines de feuilles de papier éparpillées au sol.

Blues Klair nous invite à une prise de conscience des inégalités ethniques résultant du postcolonialisme. À l’encontre des régimes d’appropriation culturelle et à l’égard d’une société qui souffre toujours des disparités reliées à la colonisation, Vincent Meessen, en collaboration étroite avec la commissaire Michèle Thériault, défend les préoccupations associées à la couleur de la peau autrement, au moyen d’archives (dé)construites conciliées dans la galerie imprégnée de bleu. Dès lors, elle s’avère un espace d’introspection et, de surcroit, de négociation et d’émancipation.

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