Véronique Béland, Musée des beaux-arts de Sherbrooke | esse arts + opinions

Véronique Béland, Musée des beaux-arts de Sherbrooke

98
2020
Musée des beaux-arts de Sherbrooke
  • Véronique Béland, vue d’installation, Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Sherbrooke, 2019. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, This is Major Tom to Ground Control, détail de l’installation, 2012. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, Le vide de la distance n'est nulle part ailleurs, 2016. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, Le vide de la distance n'est nulle part ailleurs, 2016. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, Le vide de la distance n'est nulle part ailleurs, 2016. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, Recombinaison, 2015. Photo : François Lafrance
  • Véronique Béland, vue d’installation, Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Sherbrooke, 2019. Photo : François Lafrance

Véronique Béland, Les astronautes de la raison ont peuplé le ciel nocturne
Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Sherbrooke, du 20 juin au 29 septembre 2019, dans le cadre du Festival Espace [IM] Média, réalisé par le Centre en art actuel Sporobole, Sherbrooke

« Le vide de la distance n’est nulle part ailleurs ». Telle est la première phrase matérialisée par l’installation This is Major Tom to Ground Control de Véronique Béland en 2012. Présentée au centre de la salle principale du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, elle convoque l’invisible comme matière première. Des ondes spatiales captées par le radiotélescope de l’Observatoire de Paris sont réinterprétées par un générateur de texte aléatoire créé par Béland, qui convertit ces ondes en fragments de phrases. Sous le mode de l’OuLiPo, Béland joue ainsi sur les possibilités poétiques de l’absurde et de l’improbable afin de transformer l’immensité invisible en un ensemble tangible. L’installation principale de l’exposition est constituée de plusieurs dispositifs visant à nous immerger dans le cosmos interpelé par l’artiste ; au centre de la salle siège une imprimante matricielle, reportant en continu sur papier ces messages cosmiques. Technologie désuète, l’imprimante contraste avec les données scientifiques de pointe employées dans le dispositif. Puisque l’installation fonctionne de manière ininterrompue, les nombreuses pages imprimées depuis l’ouverture de l’exposition s’accumulent dans l’espace de manière sculpturale et aléatoire, formant un document d’archives de cette conversation avec l’univers. La salle d’exposition est plongée dans l’ambiance sonore du vide, captée par le radiotélescope, comme un grésillement d’ondes, de messages incohérents qui n’auraient pas encore été décodés par le générateur. En canon, une voix de synthèse, personnification de l’installation, récite ces « poèmes de l’univers » matérialisés par le logiciel. L’immatériel prend ainsi la forme sensible d’une matrice écrite et sonore. L’installation de Béland amalgame le scientifique et le lyrique, réinterprétations romancées de données objectives réelles captées par le radiotélescope.

Béland donne une seconde dimension formelle à son dispositif par la création de compositions/collages à partir des milliers de fragments de phrases produites par l’installation. Superposés, juxtaposés et entremêlés sur papier, ces énoncés, d’abord illisibles par la surabondance d’informations, donnent forme à une multiplicité et à une masse considérable de messages décodés en continu. À la suite d’une résidence d’artiste, une sélection des archives créées par l’installation depuis son inauguration en 2012 a notamment été réunie sous une configuration similaire par Béland en 2016 dans la publication Le vide de la distance n’est nulle part ailleurs (Éditions sun|sun).

Recombinaison, une seconde installation, permet aux visiteurs d’expérimenter l’appareil communicationnel conçu par Béland. Par l’entremise d’un dispositif interactif, Recombinaison invite le public à communiquer à son tour avec l’Univers ; un fragment aléatoire d’une des phrases émises par le générateur depuis sa mise en marche est ainsi convoqué par le visiteur. Le public a donc une prise tangible sur les résonances de l’univers abordées par l’artiste dans ses installations. Les astronautes de la raison ont peuplé le ciel nocturne propose une immersion poétique dans le domaine de la science astronomique. Le savoir empirique est détourné et suggère ainsi que certains phénomènes dépassent, par leur infinité, l’entendement humain et que l’on doit peut-être s’en remettre à une interprétation lyrique de l’univers qui nous entoure.

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