Shannon Bool. Bombshell, Musée d’art de Joliette, Centre culturel canadien de Paris, Kunstverein Braunschweig, Agnes Etherington Art Center, Kingston

98
2020
Musée d’art de Joliette, Centre culturel canadien de Paris, Kunstverein Braunschweig, Agnes Etherington Art Center
  • Couverture. Photo : permission du Musée d’art de Joliette
  • Pages intérieures. Photo : permission du Musée d’art de Joliette

Shannon Bool. Bombshell
Musée d’art de Joliette, Centre culturel canadien de Paris, Kunstverein Braunschweig, Agnes Etherington Art Center, Kingston, 2019, 176 p.

Bombshell propose une incursion dans le travail récent de l’artiste canadienne Shannon Bool. Réalisé en collaboration avec le Centre d’art Agnes Etherington, le Centre culturel canadien de Paris, le Kunstverein Braunschweig et le Musée d’art de Joliette, l’ouvrage décortique les enjeux soulevés par la production engagée de l’artiste. À travers son regard critique sur le colonialisme et l’orientalisme, sur l’artisanat et la matérialité du travail, et sur les conséquences de la pulsion scopique propre à la modernité, se tisse un discours féministe sur le modernisme en histoire de l’art trop souvent envisagé comme le simple « triomphe de la forme sur le contenu ».

Dans Féminisme, orientalisme, Kunstwollen et mimésis culturelle intermittente chez Shannon Bool, l’écrivain et professeur Tammer El-Sheikh se penche sur ce qu’il appelle « la réponse féministe à la connaissance charnelle du modernisme », un point de vue chez l’artiste qui tend à montrer que le corps féminin, souvent exotique, est au cœur des recherches sur la forme.

De son côté, l’autrice de textes en prose, de poésie et d’essais Esther Kinsky s’intéresse aux aspects formels et matériels des tapisseries réalisées par Bool. Dans les pages intitulées Texture de la perturbation. Les tapisseries de Shannon Bool, elle examine le rôle de la femme dans la tradition ancestrale de la conception de tapis et leur contribution à la « production d’une texture de questionnements subversifs ». Ainsi, ce qu’elle nomme « la texture de la subversion » se définit dans le geste même de tisser, véritable élément de résistance et de conservation de la mémoire.

Enfin, Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice au Musée d’art de Joliette, aborde l’enjeu de la visibilité, du regard dans le travail de Bool. En effet, les questions « qui voit quoi ? et pourquoi ? » sont très certainement au cœur du modernisme artistique qui propose des recherches sur ce point de vue. Alors que, dans une perspective historique, les femmes ont été objets du regard, associées aux plaisirs coupables et confinées à l’espace domestique, l’autrice avance que le travail de Bool opère un changement de perspective. Par son regard critique, l’artiste remet en question non seulement la représentation du corps féminin, mais aussi la dichotomie stricte entre espace public et espace privé tout en laissant planer une ambigüité.

Magnifique synthèse du travail de Shannon Bool, Bombshell invite à revoir l’histoire de l’art sous les angles du colonialisme, de l’appropriation culturelle et du féminisme. D’entrée de jeu, la lectrice et le lecteur parcourent les représentations d’œuvres sans autre outil que leur propre bagage culturel. Les textes qui suivent confirment les doutes et les interrogations provoquées par les images. Les références à Edward Saïd, Aloïs Riegl, Freud ou Homère proposent un éclairage riche sur un corpus qui se veut moins dénonciateur qu’interrogateur et critique. Car sans jamais s’engager de front sur le territoire de la morale, le travail de Shannon Bool n’en demeure pas moins une critique importante sur des à priori historiques.

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