(Re)voir la peinture | esse arts + opinions

(Re)voir la peinture

102 - Printemps / été 2021

Ce dossier consacré à la peinture s’inscrit dans une tentative de susciter des analyses critiques de la pratique picturale. Tout en offrant une sélection qui témoigne de la pluralité des approches esthétiques et conceptuelles de cette forme artistique, (Re)voir la peinture propose des réflexions sur différentes stratégies déployées dans les pratiques ou dans les réseaux de diffusion de l’art. Si la recherche picturale est toujours centrale à l’univers des peintres, plusieurs utilisent leurs œuvres comme de puissants outils d’émancipation ou de revendication, ou encore comme un moyen de poser un regard critique sur la société.

$13.00

Articles à la pièce

Sommaire:

ÉDITO

La peinture vue par la critique ou le regard critique de la peinture
Sylvette Babin

DOSSIER : (Re)voir la peinture

Réactualisations de la peinture en temps numériques
Par une analyse de différentes initiatives circulant dans l’espace numérique, dont l’adaptation de plusieurs expositions physiques en visites virtuelles, l’auteur réfléchit à la réactualisation de la peinture comme mode d’expression contemporain. Cette réactualisation témoigne simultanément de l’exclusion de certaines pratiques picturales dans les musées depuis des décennies, mais également de la persistance de certaines attitudes du public face à la peinture, attitudes héritées d’une conception de ce mode d’expression que l’art contemporain avait prétendument évacué.

Daniel Fiset

Un peu too much : les stratagèmes de la peinture figurative gaie
Les critiques de la peinture figurative contemporaine ont étudié sous toutes les coutures le style « zombie », qui prend la forme de stratagèmes en tous genres, gimmicks amusants mais irritants. En s’appuyant sur la théorie exposée par Sianne Ngai dans un ouvrage récent, selon laquelle le gimmick est en fait un jugement esthétique et une forme d’art capitaliste, Spencer applique ces critiques à une cohorte montante de peintres figuratifs formée d’hommes gais. Contre le courant dominant de la critique qui considère leurs œuvres comme subversivement queers, l’auteur soutient que ces peintres emploient en fait le queer comme un stratagème, dans la mesure où il se manifeste surtout, chez eux, sous la forme d’une homosexualité sans imagination – représentation du même qui fait trop d’efforts (ou pas assez) pour pouvoir se revendiquer de la révolte queer.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Connor Spencer

La peinture d’outre-tombe
Dans le numéro 76 de Esse, Sorenson signait un article où il se servait des zombies comme d’une métaphore de la vie et de la mort de la peinture. Depuis, les expressions « formalisme zombie » et « figuration zombie » des critiques Walter Robinson et Alex Greenberger sont devenues courantes pour parler des œuvres jugées faciles d’une certaine relève new-yorkaise. Au Canada, Tammi Campbell, Joani Tremblay et Shary Boyle semblent flirter avec les tactiques de l’esthétique zombie, mais les résultats qu’elles obtiennent sont moins superficiels, comme si ces artistes cherchaient plutôt à revitaliser des tropes visuels négligés, en phase avec la revitalisation des rôles de genre.
[Traduction de l’anglais par Sophie Chisogne]

Oli Sorenson

Corps narratifs et intimité dans la peinture figurative contemporaine
Dans cet article, l’auteure analyse la dimension émotionnelle et intimiste de la peinture figurative contemporaine. Pour illustrer son propos, elle présente trois artistes à la pratique très différente : Guillaume Bresson, Colleen Barry et George Rorris. Un lien clair se dessine entre leur travail et des styles étudiés en histoire de l’art, ce qui tend à souligner l’idée de continuité plutôt que celle de rupture. La description de leur démarche met en évidence l’attrait du spectateur pour l’affichage public de la sphère privée et les affects que la rencontre entre l’œuvre et la personne qui la regarde peut (r)éveiller.

Sûrya Buis

Damien Cadio, Des horizons
Les toiles de l’artiste français Damien Cadio mettent en tension les rapports que la peinture figurative entretient avec la notion de genre. Investissant depuis plusieurs années la catégorie, longtemps déconsidérée, de la nature morte, les objets qu’il représente ont perdu de leur faste passé. Ils apparaissent comme les signes d’une histoire officielle consumée qu’il est à présent nécessaire de déconstruire à partir de ses marges. Les reliques muséales ou bouquets figurés ne sont peut-être pas les spécimens les plus spectaculaires, mais ici, décontextualisés, ils engagent à activer un regard critique.

Thomas Fort

Peindre dans un monde transitoire : Vincent Larouche et les effets de la culture numérique
Aujourd’hui, plus que jamais, les peintres et leurs œuvres sont parties prenantes du réseau non hiérarchique qu’est Internet. Les peintures se transforment en écrans externes, conservant une trace de l’historique de recherche de l’artiste grâce aux images, aux gestes et aux formes qu’il s’approprie. Dans la démarche de Vincent Larouche, la peinture se comprend comme une transposition qui nous fait prendre conscience que notre notion de connaissance a changé en raison de notre façon de consommer les images en ligne. À travers son œuvre, il explore la capacité d’Internet à altérer la perception de la réalité, l’empathie et la sécurité en faisant passer l’imposant monde virtuel dans le monde matériel. Dans cet espace de connectivité globale, il nous rappelle que dans ce réseau, personne ne peut réellement savoir qui a le contrôle.
[Traduction de l’anglais par Nathalie de Blois]

Cindy Hill

Tendre l’oreille à la matière picturale
Une résonance particulière dialogue avec la matière picturale. Alors qu’elle traverse l’espace sensible, nous affinons notre regard et aiguisons notre sens de l’écoute. Entre onde et incorporation, cette expérience sensorielle communicative engage la possibilité d’une réalité plurielle. Ce décloisonnement des frontières permet de réfléchir aux conditions d’émergence d’une forme de voix-image. Tandis que l’image se heurte à sa limite et que l’œil se ferme, les échos du visible se déposent en fragments dans le fond de la gorge.

Mimi Haddam

PORTFOLIO

Maude Maris
Maude Maris engage notre perception sur des chemins troubles et incertains. Les paysages qu’elle façonne offrent un répertoire de formes empruntées à un réel impossible à identifier avec certitude. Quelques familiarités avec des sujets connus se dessinent pourtant : ruines, abattis, glaciers, fossiles, membres momifiés […]

Nathalie Desmet

Cinga Samson
Une palette sobre et des compositions en aplat façonnent l’esthétique africaine antisublime qui distingue Cinga Samson de ses contemporains. Oublions les stéréotypes coloniaux – ciels bleus profonds, déserts poussiéreux, savanes : grâce à un subtil mélange de culture populaire et de végétation luxuriante, ses peintures dépassent radicalement les attentes occidentales envers la vie africaine. […]

Giovanni Aloi

Marigold Santos
Marigold Santos raconte des histoires. Éclairée par son propre récit diasporique, elle explore son identité hybride philippino-canadienne et les paysages de ses souvenirs à travers la peinture et le tatouage. Un des thèmes principaux de son travail est le récit de l’asuang, une créature mythologique du folklore philippin. […]

Amanda Beattie

Alexandre Pépin
Concentrée sur les natures mortes, parcs et paysages, la peinture d’Alexandre Pépin se démarque par sa touche vibrante éminemment incarnée dans le présent et les sens. Le crépitement des fleurs sauvages et herbes hautes asséchées sous le vent traverse la toile avec la même vérité intuitive que les représentations de citrons flétris et évidés parviennent à embaumer l’espace. […]

Dominique Sirois-Rouleau

Niap
La pratique interdisciplinaire de Niap, aussi connue sous le nom de Nancy Saunders, déborde le cadre de la peinture sans toutefois perdre de vue la force symbolique de ce mode d’expression en tant que « fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l’histoire ». L’artiste inuite, née à Kuujjuaq, au Nunavik, et vivant aujourd’hui à Montréal, s’intéresse aux tensions entre histoire et contemporanéité, mais aussi aux « zones de contact » qu’elles font émerger. […]

Anne-Marie Dubois

Antonietta Grassi
Un abime beige. Une solitude rose vif, suspendue dans le temps. Un poème géométrique tissé avec des fils reliant technologie, mémoire et abstraction. Dans les œuvres d’Antonietta Grassi, ces entités distinctes s’attachent soigneusement les unes aux autres dans une exploration mathématique, picturale et réfléchie de la couleur et de la lumière, de la forme et de la ligne. Mais dans cette unité ordonnée se cache une agitation interne, comme un système en surchauffe qui se met à fondre. […]

Amanda Beattie

Cindy Ji Hye Kim
Cindy Ji Hye Kim aborde sa pratique comme une forme d’écriture. Cette stratégie est pertinente puisque le texte génère des images qui demeurent invisibles et que ce sont les tensions entre ce qui est perceptible et ce qui est caché qui l’intéressent précisément.

Anaïs Castro

Cindy Phenix
[…] Employant le textile, la céramique, la feuille d’or, le papier, le bois et le contreplaqué, l’artiste forme des alliances singulières entre les techniques pour donner lieu à des jeux de désordre qui rendent obsolète la notion même de catégorisation et exhortent plutôt à créer des relations sensibles et ouvertes entre les matériaux. […]

Maude Johnson

ARTICLE

L’art et la honte : Entretien avec Geoffroy de Lagasnerie
Avec L’art impossible, Geoffroy de Lagasnerie essaie d’interroger les valeurs de l’art face à l’interpellation du monde mauvais. Pour l’auteur, la honte que l’inégalité des vies génère en nous devrait déboucher sur une nouvelle évaluation éthique des œuvres qui rompe avec les idéologies de la dénégation. L’art, en tant que pratique sociale, n’aurait alors pas de valeur intrinsèque et son ambition politique ne serait le plus souvent que l’aveu de son impossibilité. À quoi pourrait alors ressembler un art au-delà de la honte ? Et à quelles conditions pourrait-il quelque chose devant toute la misère du monde ?

Noé Gross

CHRONIQUE

Dans l’atelier de
Anne-Marie Ouellet
Véronique Leblanc

COMPTES RENDUS

Arts visuels

Sandra Brewster, Works from series: Smith, Blur; Video: Walk on by, Optica centre d’art contemporain, Montréal, par Dominique Sirois-Rouleau

tīná gúyáńí (Deer Road), k’ō-dī īyínáts’īdìsh (new agency), Articule, Montréal, par Didier Morelli

Carl Trahan, La nuit est aussi un soleil, Galerie Nicolas Robert, Montréal, par Itay Sapir

Darby Milbrath, Although the wind…, Projet Pangée, Montréal, par Sarah Amarica

At the centre of my ironic faith, Cassandra Cassandra, Toronto, par Emily Cadotte

Celia Perrin Sidarous & Marie-Michelle Deschamps, Bradley Ertaskiran, Montréal, par Anne Roger

Now Bulletin: Artworks, Letters and Printed Matter from the Garry Neill Kennedy Collection 1968 – 2019, Griffin Art Projects, Vancouver, par Stéphane Bernard

Grief and Grievance: Art and Mourning in America, New Museum, New York, par Giovanni Aloi

Hélène Bertin, Cahin-caha, Le Creux de l’enfer, Thiers, France, par Nathalie Desmet

Performance

Résistances et ravissements 2, Mois Multi, Montréal, par Julie-Michèle Morin

Publications

Habiter l’exposition : l’artiste et la scénographie, Manuella éditions, par Nathalie Desmet

Knowledge Beside Itself: Contemporary Art’s Epistemic Politics, Sternberg Press, par Benoit Jodoin

 

Présentation du dossier (Re)voir la peinture

Esse 102 — (Re)voir la peinture | (Re)seeing Painting
Esse 102 — (Re)voir la peinture | (Re)seeing Painting

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597