Resisting Paradise, Fonderie Darling, Montréal

Fonderie Darling
  • Photo : © Maxime Boisvert
  • Photo : © Maxime Boisvert
  • Photo : © Maxime Boisvert
  • Photo : © Maxime Boisvert
  • Photo : © Maxime Boisvert
  • Photo : © Maxime Boisvert

Resisting Paradise
Fonderie Darling, du 19 septembre au 8 décembre 2019

Afin de souligner le dixième anniversaire de la résidence des Amériques, la Fonderie Darling invite cet automne la commissaire Marina Reyes Franco à présenter le travail d’artistes caribéens. Resisting Paradise propose alors une réflexion critique, historique et féministe sur la réalité complexe de ces peuples coincés dans une image de marque paradisiaque. Le projet de Reyes Franco met en relation les identités insulaires et leurs modes de vie autrement enclavés de manière à créer un espace de prise de parole et, conséquemment, de pouvoir.

Au moyen de plusieurs œuvres présentées, Joiri Minaya amalgame la représentation de la femme caribéenne à celle de la nature locale. La vidéo Siboney (2014) montre, sur l’air du même titre interprété par Connie Francis, l’artiste peignant une murale. Allongée, à la manière de l’odalisque d’Ingres, devant le fruit de son long labeur, l’artiste s’asperge d’eau avant de danser langoureusement contre la tapisserie encore humide. La référence culturelle européenne initie un pivot narratif où la combinaison de peintre s’apparente à l’uniforme des femmes de ménage alors que la danse semble rejouer l’effacement d’une culture derrière les préjugés exotiques. La sensualité chez Minaya amorce en effet la remise en question des perceptions. Les photos Container #2 et #3 (2016) présentent en ce sens une femme complètement recouverte d’un tissu moulant au motif de la flore indigène. La mise en scène classique des portraits tranche avec la posture lascive et le camouflage grotesque des habits. Le télescopage des clichés affirme le travail de construction et de mise en scène qui paradoxalement voile ce qui est donné à voir. En fait, la mascarade qui exhibe le corps sensuel le dérobe aussi aux sens. #dominicanwomengoogleresearch (2016) reprend ces formes corporelles et florales sur un mobile grandeur nature. Les corps morcelés, pixellisés et sexualisés sont mixés aux figures végétales de sorte que l’un et l’autre se confondent en un collage géant où se perdent les identités. La nature et les corps se résument à des objets transactionnels, soit les instruments de l’économie touristique qui dope ce paradis depuis la fin de l’esclavage.

La murale inspirée des tableaux et des gravures pittoresques et critiques du 19e siècle présentée par Leasho Johnson rappelle notamment ce passé esclavagiste. L’artiste s’approprie et travestit l’iconographique romantique dans laquelle il insère son avatar comme figure de résistance. La voluptueuse mascotte détourne les scènes d’abus et de sévices vers une perspective contemporaine illustrant le passage de l’esclavage à une économie de service tout en manifestant la culture locale actuelle. Les modes de représentation employés par Johnson reproduisent le travail de mixage du DJ évoqué dans le titre de l’œuvre : Death of the Soundboy (2019). Le croisement et la superposition des regards historiques incarnent ainsi une identité tronquée par les conquêtes prête à s’emparer de ses failles.

Coy (2016) de Deborah Anzinger repense cette altérité identitaire autour des conditions de vie des insulaires. L’assemblage hétéroclite d’objets qui composent le tableau traduisent l’artificialité de l’éden caribéen qu’elle oppose, avec la vidéo The Distraction of Symbolism (2019), au désœuvrement de son expérience quotidienne. L’aloès en plastique, le miroir et l’érection d’un doigt au centre du tableau dressent un portrait ostentatoire de la contingence sensuelle insulaire et de l’objectivation de ses résidents que la vidéo approfondie avec efficacité. Le montage rythmé expose les points aveugles et autres tensions du bonheur tropical sur fond sonore de radio parlée. En enchainant les paysages luxuriants et rues délabrées, Anzinger démontre le décalage entre les besoins d’un peuple œuvrant au service du luxe des autres. Le cadrage serré sur son corps enceint accentue ce discours critique et l’oriente vers les perspectives d’avenir de ce modèle économique. À l’instar des discours rassemblés par Resisting Paradise, Anzinger communique et corrige les modes de transcription du paradis en nous confiant leur conscience sûre que le paradis leur est encore inaccessible.

Légendes des images

Image 1 : Deborah Anzinger, Coy, 2016. Photo : © Maxime Boisvert

Image 2 : (à gauche) Deborah Anzinger, The Distraction of Symbolism, 2019; (à droite) Joiri Minaya, Container #3 & Container #2, 2016, vue d'installation, Fonderie Darling, 2019. Photo : © Maxime Boisvert

Image 3 : Leasho Johnson, Death of the Soundboy, 2019, vue d'installation, Fonderie Darling. Photo : © Maxime Boisvert

Image 4 : (devant) Leasho Johnson, Death of the Soundboy, 2019; (derrière) Joiri Minaya, #dominicanwomengooglesearch, 2016, vue d'installation, Fonderie Darling. Photo : © Maxime Boisvert

Image 5 : Joiri Minaya, #dominicanwomengooglesearch, détail, 2016. Photo : © Maxime Boisvert

Image 6 : Joiri Minaya, #dominicanwomengooglesearch, 2016. Photo : © Maxime Boisvert

Publié en ligne le 6 novembre 2019.

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597