Patrick Coutu, Musée d'art de Joliette

Musée d'art de Joliette
  • Flottés I, II et III, 2015, vue d'exposition, Musée d'art de Joliette, 2019. Photo : Paul Litherland
  • Roche-mère 2019, vue d'exposition, Musée d'art de Joliette, 2019. Photo : Paul Litherland
  • Récifs (extrait) 1, 2 et 4, 2015, vue d'exposition, Musée d'art de Joliette, 2019. Photo : Paul Litherland
  • Éruption II, 2017, vue d'exposition, Musée d'art de Joliette, 2019. Photo : Paul Litherland
  • Paysage aux quatre soleils couchants et Averse, de la série Marines, 2010. Photo : Paul Litherland
  • Flottés I, II et III, 2015, vue d'exposition, Musée d'art de Joliette, 2019. Photo : Paul Litherland

Patrick Coutu, L'attraction du paysage
Musée d'art de Joliette, du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020

Dans le cadre de l’exposition L’attraction du paysage, la commissaire Charlotte Lalou Rousseau propose un survol du travail des dix dernières années de Patrick Coutu. Sans prétendre être une rétrospective, l’exposition, qui ne compte au final qu’une dizaine d’œuvres, n’en demeure pas moins un hommage sobre, mais éloquent à la pensée intelligente et hybride de cet artiste multidisciplinaire. Sculpture, dessin, tissage, moulage de plâtre, Coutu interroge le pouvoir d’évocation de la matière à la manière de l’artisan, voire de l’alchimiste, expérimentant dans l’acte répété et minutieux du faire de l’œuvre une maïeutique et une temporalité complètement autre : celles, lentes et méthodiques, de la nature.

Source inépuisable de fascination pour l’artiste depuis ses tout débuts, la nature semble être constamment mise en tension avec les notions de culture et de savoir, lesquelles tentent immanquablement de saisir sa complexité et son langage. Une problématique mise en relief dans la série Récifs 1, 2 et 4 (2015), Coutu y reprenant le motif du jardin de manière à indexer cette interaction fascinée qu’a l’humain à l’égard de cette nature contenue, dominée par la main l’espace de quelques instants. Une nature enfin domestiquée, saisie par le labeur attentionné du jardinier ou ici, de l’artiste. Se jouant de cet esthétisme et puisant dans la théorie du chaos, la dynamique des fluides ou les algorithmes des ancrages épistémologiques et méthodologiques pour mettre en forme ses œuvres, il construit des paysages, lesquels sont savamment architecturés à partir de formes ou de motifs produits et assemblés en série. C’est le cas notamment de Source (2019), une sculpture de verre et d’aluminium spécialement réalisée dans le cadre de cette exposition et installée dans une corniche vitrée du musée. Évoquant la rigueur et le minimalisme des structures géométriques du constructivisme russe, l’installation, comme son nom l’indique, semble jaillir du sol, le bouillonnement apparemment aléatoire de ses jets résultant pourtant d’un savant calcul issu de l’hydrodynamique, l’étude de la mécanique des fluides.

Interprète de ces phénomènes abstraits qui ponctuent notre expérience du paysage, la science nous offre des modélisations et des représentations aussi variées qu’arbitraires pour matérialiser l’insaisissable complexité du monde. Les mathématiques en sont sans doute la grammaire privilégiée, la nature possédant un langage propre traduisible par des formules mathématiques alambiquées et une géométrie irréprochable qui ne cessent pourtant de fasciner l’artiste, lui fournissant les ancrages théoriques et formels pour produire à son tour des œuvres singulières, sensibles et fécondes. Par exemple, la série Flottés I, II et III (2015), trois tissages réalisés au métier Jacquard, a été conçue à partir d’algorithmes permettant de traduire des phénomènes complexes tels que la croissance d’organismes végétaux. L’artiste a fourni à la machine des instructions encodées précises issues de ces formules mathématiques, lesquelles ont ensuite permis la production automatisée des tissus. Les tissages nous sont présentés à l’envers de manière à faire voir la finesse et la fragilité d’un travail mécanique autrement perçu comme désincarné.

À cet effet, le duo de tableaux Averse et Paysage aux quatre soleils couchants, de la série Marines (2010) demeure surement l’un des corpus d’œuvres les plus incarnées de l’exposition. D’une simplicité désarmante – une feuille de papier repliée sur elle-même et sur laquelle une tache de pigment d’oxyde de fer noir s’épanche en un paysage abstrait – l’œuvre nous confronte aux liens tactiles et sensibles, presque sensuels, que nous entretenons avec le paysage.

Avec L’attraction du paysage, la commissaire gagne le pari de renouveler notre perception du travail de cet artiste inclassable, lequel parvient à faire de la nature un sujet et un objet d’étude tout à la fois. Humblement, les œuvres présentées traduisent le plus simplement du monde – ou du moins en apparence – sa complexité inhérente, laquelle n’a d’égale que sa fragile beauté.

Publié en ligne le 19 décembre 2019.

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