Luigi Ghirri, Jeu de Paume, Paris

96
2019
Jeu de Paume
  • Luigi Ghirri, Brest, 1972; Carpi, 1973. Photos : © Succession Luigi Ghirri
  • Luigi Ghirri, L'Île Rousse, 1976. Photo : © Succession Luigi Ghirri
  • Luigi Ghirri, Modena, 1973. Photo : © Succession Luigi Ghirri
  • Luigi Ghirri, Rimini, 1977; Marina di Ravenna, 1972. Photos : © Succession Luigi Ghirri

Luigi Ghirri, Cartes et territoires
Jeu de Paume, Paris, du 12 février au 2 juin 2019

L’exposition monographique de Luigi Ghirri au Jeu de Paume est d’une rare densité : bien que son commissaire, James Lingwood, ait choisi de présenter uniquement la production des années 1970 du photographe italien, l’accrochage est serré et les images s’enchainent. Et quelque chose, immédiatement, affleure : outre le fait qu’il s’agit sans doute, pour beaucoup de spectateurs, d’une découverte quasi totale, il est difficile d’achopper sur une série en particulier. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de qualité, c’est même précisément l’inverse. Sur chaque photographie, le regard bute.

Luigi Ghirri est né en 1943, a suivi une formation de géomètre avant de se consacrer pleinement à la photographie à l’âge de 30 ans. Les choix plastiques du photographe peuvent étonner : ses images ont toutes été réalisées en couleur, à une époque où le noir et blanc était un gage de bon gout et de sérieux, et il a assumé n’avoir aucun attrait pour les tirages, développés par des laboratoires photographiques sans qualité. Certains textes de Ghirri, publiés dans le catalogue qui accompagne l’exposition, saisissent par leur crudité, conjointement lucides et austères : « Mes photographies sont en couleur parce que le monde réel n’est pas en noir et blanc. » Elles sont en effet de petites dimensions, parce qu’il n’apprécie guère de les voir transformées en objets de collection. Et quand il voyage, c’est « dans un rayon de trois kilomètres autour de chez [lui] », parce que l’analyse critique est plus aisée face à « la réalité [qu’il vit] quotidiennement ».

La plupart des photographies de Ghirri ont pour titre le nom des villes où elles ont été réalisées, chacun évoquant une géographie singulière : Modène le plus souvent, où il vit, mais aussi Venise, Padoue, Bologne, Rimini, Amsterdam, Paris, Lucerne ou Salzbourg. Autant de noms qui font apparaitre des représentations plus ou moins exotiques ou folkloriques, immédiatement battues en brèche par les images mêmes, qui flottent au sein d’espaces souvent irréels aux couleurs délavées. Ce n’est pas une esthétique vintage ni même le portrait d’une époque qui émeut ; c’est, au contraire, l’acuité avec laquelle Ghirri a extrait du réel des images autonomes dont on ne saurait dire où elles ont bien pu avoir été prises. Certaines s’approchent de l’abstraction, comme celle d’une texture froissée bleu nuit avec des étoiles dorées, qu’on pourrait prendre pour du papier roche, mais qui s’avère être un emballage ordinaire de panettone, ou cette autre qui montre, dans la nuit, les illuminations flottantes de la façade d’une église aux contours à peine discernables. L’étrangeté point dans la façon dont le photographe envisage le paysage contemporain, sorte de diorama aux limites indéfinies : les publicités prennent place au cœur des villes, envahies par la végétation, plissées par la colle. C’est un monde banal qui s’offre à nous, infiltré par le tourisme de masse et l’artifice permanent, mais qui n’est pas exempt de poésie – née justement du pauvre, du criard ou du populaire. Et qui laisse sa place aux apparitions, aussi fantomatiques soient-elles.

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