Émilie Brout & Maxime Marion, La Chaufferie, HEAR, Strasbourg | esse arts + opinions

Émilie Brout & Maxime Marion, La Chaufferie, HEAR, Strasbourg

98
2020
La Chaufferie, HEAR
  • Émilie Brout & Maxime Marion, b0mb, 2018. Photo : permission de la collection Scott Button, production La Villa du Parc, Annemasse
  • Émilie Brout & Maxime Marion, b0mb, 2018. Photo : permission de la collection Scott Button, production La Villa du Parc, Annemasse
  • Émilie Brout & Maxime Marion, Lightning Ride, 2017; Fireplace, 2019. Photo : Antoine Lejolivet/HEAR, permission des artistes
  • Émilie Brout & Maxime Marion, Fireplace, 2019. Photo : Antoine Lejolivet/HEAR, permission des artistes
  • Émilie Brout & Maxime Marion, Sssuuunnn, 2019. Photo : Antoine Lejolivet/HEAR, permission des artistes

Émilie Brout & Maxime Marion, Collapsing New People
La Chaufferie, HEAR, Strasbourg, du 4 octobre au 10 novembre 2019

Lieu d’exposition dépendant de l’école d’art de Strasbourg, La Chaufferie invite des artistes en fonction des enseignements, ce qui d’emblée implique un autre regard sur les œuvres présentées. Adressées surtout aux étudiants, elles nous renseignent sur les références avec lesquelles ils se construisent et nous plongent dans la fabrique de l’art à venir.

Émilie Brout et Maxime Marion font assurément partie des artistes susceptibles de les inspirer, ne serait-ce que par la manière singulière dont ils se servent d’internet. Comme chez les artistes de leur génération, les ressources en ligne sont omniprésentes, mais l’usage qu’ils en font prend un tour plus complexe, par exemple dans la vidéo intitulée b0mb (2018). À partir d’un poème de 1958 de Gregory Corso, choisi à la fois pour sa composition par juxtaposition et son sujet toujours aussi détonant (une ode à la bombe atomique), les artistes ont formulé des requêtes destinées à un moteur de recherche, si bien qu’en entendant la voix de Corso (un enregistrement trouvé sur internet bien sûr) on assiste à l’apparition successive d’images à la fois en lien avec les termes et légèrement décalées puisqu’émanant de la culture actuelle. Le passage par internet produit une distance qui renvoie à notre rapport actuel au réel. En alternance est projetée Lightning Ride (2017). Inquiétante et familière. Réaliste et fantasmagorique. Belle et laide. Pour cause, elle a été réalisée à partir de films issus de séances de certification pour l’usage du Taser – aux États-Unis, pour être autorisé à l’utiliser, il faut le tester sur soi-même – où l’on voit des personnes s’écrouler sous le choc et la douleur, les séquences ayant ici été retouchées avec l’outil « peinture à l’huile » de Photoshop. La vidéo appartient autant au registre du fait de société contemporain que de la représentation des martyrs en peinture. L’Amérique de Trump autant que le Saint Sébastien de Mantegna, avec une touche à la Van Gogh. Sans oublier la distance qu’induit la culture internet avec sa fugacité. Puis, en guise de transition entre b0mb et Lightning Ride, les artistes ont, pour l’exposition, pensé une installation lumineuse et sonore située en hauteur derrière l’écran de projection, qui évoque le passage d’un jour à l’autre, du lever du soleil à son coucher, le tout accompagné du son de démarrage de Windows XP, mais déformé par étirement. Avec une vidéo de 2013, Bliss, réalisée à partir de l’image de fond, la colline verdoyante, du même Windows XP, les artistes avaient déjà travaillé sur la nouvelle mémoire collective que constitue l’esthétique des logiciels.

Enfin, une installation occupe un coin de l’espace et nous réchauffe en imagination. Des moniteurs, plus d’une quinzaine, diffusent des images d’un feu de cheminée issues d’internet. Sur le plaisir que cause cette vision démultipliée, dans une analogie déjà soulignée par Jan Dibbets en 1969 avec TV as a Fireplace, on peut quitter l’exposition en se remémorant que le feu de cheminée est à l’origine de l’histoire de l’art moderne. Marcel Duchamp racontait en effet que n’ayant pas de cheminée chez lui, en 1913, il s’était fabriqué un spectacle de substitution, avec une roue de bicyclette à faire tourner à volonté.

Numéro: 

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597