Dataesthetics, Galerie d’art Foreman, Sherbrooke

Galerie d’art Foreman
  • Vue d'exposition, Galerie d'art Foreman, Sherbrooke, 2019. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Phillip David Stearns, Vestigial Data (détail), 2015. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Vue d'exposition, Galerie d'art Foreman, Sherbrooke, 2019. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Katie Holland Lewis, 30/180/365 Days, 2012. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Katie Holland Lewis, 30/180/365 Days, détail, 2012. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Vue d'exposition, Galerie d'art Foreman, Sherbrooke, 2019. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Jeannine Mosely, Hidden Stars, détail, 2019. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Vue d'exposition, Galerie d'art Foreman, Sherbrooke, 2019. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman
  • Toril Johannessen, Imaginary Networks, détail, 2015-2017. Photo : Daniel Roussel, permission de la Galerie d'art Foreman

Dataesthetics Galerie d’art Foreman, Sherbrooke, du 17 janvier au 23 mars 2019

L’exposition Dataesthetics présente le travail de six artistes se rapportant à la visualisation de données numériques. Rassemblées par la commissaire Gentiane Bélanger, les œuvres proposent une incursion dans le domaine de la matérialisation de ce qui semble a priori invisible à l’œil nu. Avec des démarches aussi minutieuses que diversifiées, les artistes ont toutes et tous en commun des approches qui relèvent d’une quasi-performance physique afin de donner corps à des données virtuelles et conceptuelles. Entre l’accumulation d’information puis son traitement par divers logiciels, et la mise en matière de ce processus, prennent place des dispositifs, des corps et des gestes qui traduisent la démesure des opérations complexes accomplies par les machines. Il en découle une esthétique du numérique élaborée autour des enjeux matériels, conceptuels, politiques et formels propres à nos modes « d’organisation spatiale de l’information ».

Pour certains artistes, le corps sert d’interface entre les données et leur visualisation. L’imitation des processus mathématique et informatique à l’échelle humaine permet d’incarner les mécanismes à l’œuvre dans le traitement de l’information pour mieux en mesurer l’ampleur. Ainsi, 30/180/365 Days de Katie Holland Lewis se transforme en logiciel de compilation de données et cartographie les évènements sensoriels de son quotidien. Trois tableaux composés d’un amas d’aiguilles et de ficelles représentent les sensations d’engourdissement ressenties par l’artiste sur des périodes de trois mois, de six mois puis d’un an. De son côté, Jeanine Mosely ajoute à son projet une dimension sociale et collective en impliquant la communauté dans la conception d’une fractale. Ainsi, son œuvre Hidden Stars, une structure itérative réalisée en origami, permet de rapprocher la pensée abstraite de « l’acte de faire ».

Le travail de Colleen Wolstenholme et de Phillip David Stearns se penche sur l’activité même du traitement de l’information. En abordant les rouages internes et les processus de calculs opérés par la machine, les deux artistes rapprochent les modes de fonctionnement informatiques de ceux de la pensée humaine. D’un côté, Wolstenholme interroge la conscience humaine et son lien avec l’activité cérébrale. Son œuvre intitulée Topology s’apparente à un dessin matriciel qui reproduit la modélisation de calculs algorithmiques imitant le fonctionnement du cerveau. De l’autre, Stearns rend visibles les défauts mêmes de la machine, les données altérées et rejetées. Les motifs des cinq panneaux de textiles, qui s’apparentent à des tapisseries, proviennent d’un mécanisme de captation des images de glitchs, voire de faux pas, informatiques.

Enfin, l’exposition scrute aussi les aspects politiques et sociaux que soulève la visualisation de données. Bien souvent présentés sous forme de diagrammes, les résultats de la compilation de l’information ouvrent à des interprétations variables, parfois instrumentalisées au service d’un pouvoir en place. C’est ce que creusent Marilou Lemmens et Richard Ibghy non seulement avec leur série Measures of Inequity, un ensemble de petites sculptures en bois qui matérialisent des graphiques, mais aussi avec Parasites, un diagramme brodé, en constante progression, représentant un schéma de différents comportements parasitaires. En écho aux œuvres de Lemmens et Ibghy, Toril Johannessen illustre des changements de paradigme en neuroscience provoqués par l’avancement des technologies numériques. L’œuvre Imaginary Network présente des schémas simples, à l’apparence naïve, qui mettent en parallèle l’évolution du cerveau humain avec celle des ordinateurs. Moins politiques que socio-culturels, les enjeux soulevés par le travail de Johannessen n’en demeurent pas moins pertinents dans l’histoire de la pensée et des changements dans notre rapport au monde.

De façon paradoxale, la galerie est remplie d’objets matériels, qui plus est, d’objets fabriqués de façon artisanale : broderies, origamis, tissages, dessins minutieux et sculptures définissent un ensemble de modes de visualisation de données. Si Dataesthetics met de l’avant les aspects sensoriels et matériels des données virtuelles, c’est pour mieux comprendre la complexité et la mouvance de la pensée conceptuelle. Et comme le mentionne avec justesse la commissaire, « l’organisation spatiale de l’information agit comme un relai fondamental au travail conceptuel de la pensée », une réflexion qui emboîte le pas à celle d’Erwin Panofsky et propose magnifiquement d’envisager cette organisation spatiale de l’information comme une forme symbolique.

Publié en ligne le 20 mars 2019.

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