Construire un nouveau Nouveau Monde : L’amerikanizm dans l’architecture russe, Centre canadien d’architecture, Montréal | esse arts + opinions

Construire un nouveau Nouveau Monde : L’amerikanizm dans l’architecture russe, Centre canadien d’architecture, Montréal

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2020
Centre canadien d'architecture
  • Vue d’installation, Centre canadien d’architecture, Montréal, 2019. Photo : © CCA, Montréal
  • Vue d’installation, Centre canadien d’architecture, Montréal, 2019. Photo : © CCA, Montréal
  • Vue d’installation, Centre canadien d’architecture, Montréal, 2019. Photo : © CCA, Montréal
  • Vue d’installation, Centre canadien d’architecture, Montréal, 2019. Photo : © CCA, Montréal
  • Vue d’installation, Centre canadien d’architecture, Montréal, 2019. Photo : © CCA, Montréal

Construire un nouveau Nouveau Monde : L’amerikanizm dans l’architecture russe
Centre canadien d’architecture, Montréal, du 13 novembre 2019 au 5 avril 2020

L’opposition systématique de l’Union soviétique aux États-Unis, alimentée par la période de conflit intense que fut la Guerre froide, occulte parfois les échanges nombreux et déterminants qu’eurent pourtant entre eux ces deux blocs politiques au cours du 20e siècle. L’exposition Construire un nouveau Nouveau Monde : L’amerikanizm dans l’architecture russe présentée au Centre Canadien d’Architecture permet d’explorer en détail la nature de ces relations et de comprendre les apports américains dans différentes sphères de la culture russe, puis soviétique telles que l’architecture et l’urbanisme, le design industriel et graphique, le cinéma et la littérature ou encore les méthodes d’organisation du travail et de la production industrielle. Le commissaire et historien de l’architecture Jean-Louis Cohen prend comme point de départ l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876 et de là trace les lignes de fuite des transferts culturels et des phénomènes de modernisation à l’œuvre jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Plusieurs collections privées sont mises à profit et de nombreux tirages récents et facsimilés complètent l’ensemble, dans une progression chronologique à travers des salles organisées autour des grands thèmes de l’histoire politique et culturelle soviétique.

Avant même la prise du pouvoir par les bolcheviques en 1917, tant les protorévolutionnaires que la bourgeoisie russe regardaient du côté de l’Amérique et des innovations de ses grands capitalistes dans l’espoir de reproduire en Russie une partie du miracle industriel américain. Le concept d’amerikanizm est convoqué pour décrire une période particulièrement féconde d’échanges au cours des années 1920 et 1930, quand certains dirigeants soviétiques rêvaient d’allier la théorie marxiste au savoir-faire commercial américain, et ainsi participer à l’essor des industries socialistes naissantes. On y découvre l’importance du transfert vers l’URSS des nouvelles techniques d’organisation scientifique du travail établies par Taylor, des recherches sur l’optimisation des gestes des ouvriers par Frank et Lilian Gilbreth et des méthodes d’assemblage d’Henry Ford.

On retrouve dans l’exposition des artéfacts étonnants, tel ce vase en céramique et laque noire représentant l’Empire State Building fabriqué pour commémorer le premier vol direct entre les États-Unis et l’URSS en 1938. Plus loin, on observe un ensemble de films de Charles et Ray Eames montrant une version idéalisée de la vie quotidienne américaine destinée aux Soviétiques, présentées lors de l’Exposition américaine à Moscou en 1959. C’est peut-être l’œuvre The Two Superman de Roman Cieslewicz (1967) qui exprime le plus efficacement cette rivalité, renvoyant dos à dos les deux empires, chacun représenté par le célèbre superhéros. À souligner également, une muséographie puisant en partie son inspiration dans la riche tradition du photomontage soviétique et des expérimentations suprématistes et constructivistes de El Lissitzky et d’autres pionniers de l’avant-garde. Le CCA exprime ici un propos curatorial dense et original soutenu par un solide programme public creusant des thèmes tels que l’enthousiasme russe pour la cosmologie et l’exploration spatiale. On y explore d’un œil nouveau la réalité méconnue de la rencontre entre ces projets fédérateurs qu’ont été le capitalisme et le communisme, propres à mobiliser des populations engagées toujours un peu plus dans l’effort collectif au nom du progrès.

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