Cheryl Pagurek, Galerie Patrick Mikhail, Montréal

96
2019
Galerie Patrick Mikhail
  • Cheryl Pagurek, Crowd of Cups: Then and Now, 2018. Photo : permission de l'artiste et Galerie Patrick Mikhail
  • Cheryl Pagurek, Red and Gold Tea Cup, Charlottesville, 2018. Photo : permission de l'artiste et Galerie Patrick Mikhail
  • Cheryl Pagurek, Green Tea Cup: Collectivities, capture vidéo, 2017. Photo : permission de l'artiste et Galerie Patrick Mikhail
  • Cheryl Pagurek, Shatter, vue d'exposition, 2019. Photo : permission de l'artiste et Galerie Patrick Mikhail
  • Cheryl Pagurek, Shatter, vue d'exposition, 2019. Photo : permission de l'artiste et Galerie Patrick Mikhail

Cheryl Pagurek, Shatter
Galerie Patrick Mikhail, Montréal, du 2 mars au 6 avril, 2019

Shatter rassemble, à la galerie Patrick Mikhail, le corpus récent de photographies et de vidéos de Cheryl Pagurek. L’artiste extrait les images de désastres écologiques, économiques ou politiques qui marquent notre actualité, qu’elle projette ensuite à l’intérieur de services à thé vintage. Les œuvres amalgament ainsi les catastrophes humaines au délicat support de porcelaine de manière à créer un contraste sensible et formel qui distingue l’ensemble de la production.

Exposés en duo, mis en scène ou stratégiquement amoncelés, les ensembles coordonnés de tasses et de soucoupes interprètent et renforcent le contenu éditorial des images. Stacked Tea Cups / Cox’s Bazar (2018), soit des empilages de tasses, reprend l’élan des mains tendues des protagonistes photographiés, comme l’accumulation savamment désordonnée de Crowd of Cups: Then and Now (2018) évoque l’équilibre fragile des masses illustrées. Les services à thé se font les surfaces gracieux de la douleur, des débris, de la violence ou du recueillement que Pagurek isole dans l’image. Les supports concaves et le jeu de montage produisent un effet « œil de poisson » qui permet de singulariser les contenus et de s’abstraire du regard strictement documentaire. En effet, l’artiste privilégie une approche intuitive et affective des images en fusionnant les fragilités humaines à celle de la porcelaine.

Les motifs des tasses se fondent dans le document dont elles reflètent aussi les aspects formels. La forme et le fond s’inscrivent l’une dans l’autre et harmonisent des univers artificiellement opposés. Les porcelaines suggèrent à ce titre l’ère victorienne comme emblème de la cohabitation d’une élite prospère avec les masses désenchantées. Les clivages sociologiques de l’industrialisation qui se rejouent au fond de ces tasses pourraient se justifier ici par le prétexte de la distance géographique. Cependant, Pagurek tente d’éliminer cet éloignement illusoire mettant en exergue l’humain ou en intégrant des évènements occidentaux au corpus. Les propositions vidéos parviennent néanmoins plus efficacement à dépasser les schismes culturels et régionaux. Green Cup: Collectivities (2017) rassemble des extraits axés sur la mobilisation des masses. Que ce soit autour d’une prière ou d’une protestation, le montage vidéo parvient à capter la dissolution de l’individuel au profit du mouvement collectif. Cette fébrilité unique du rassemblement autant heureux, malheureux que spontané ou forcé illustre avec éloquence l’universalité sensible des humains.

White Saucer: Surveillant Eye (2018) examine enfin la production du document visuel. La vidéo met de l’avant le point de vue toujours extérieur à l’action, en survol, presque omniscient du document en montrant des images d’espaces dévastés ou d’évènements politiques, ponctuées de plans d’une femme en marche. Projetée sur une soucoupe blanche qui renforce les effets de surveillance et de cadrage ciblé, la vidéo s’accompagne d’un environnement sonore évoquant les univers militaires ou de surveillance. Les voix tirées d’une bande radio publique (CB) et les sons d’hélicoptères forcent une contemplation tendue du montage dont les attentes narratives et l’espoir d’une résolution sont déçus. Cette prise de conscience du drame en suspens derrière l’image en construction et l’histoire en marche accomplit finalement la fusion du spectateur avec les sujets : nous sommes eux.

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