Appel de textes | esse arts + opinions

Appel de textes

APPEL DE TEXTES - SOUMISSIONS

Les textes proposés peuvent être envoyés en format lettre US (.doc, .docx ou .rtf) à redaction@esse.ca avant le 1 avril 2020 (dossier Futurité). Veuillez inclure, à même le texte, une courte notice biographique (35-45 mots), un résumé du texte (80-100 mots), ainsi que votre adresse courriel et postale. Les personnes qui aimeraient d'abord soumettre un résumé d'intention (250 mots) sont invitées à le faire au moins 3 mois avant la date de tombée. Les propositions non afférentes aux dossiers (critiques, essais et analyses sur différents sujets en art actuel) sont aussi les bienvenues (prière de référer au point 2 de la politique éditoriale ci-dessous). Un accusé de réception sera envoyé dans les 7 jours suivant la date de tombée. Si vous ne l’avez pas reçu, nous vous invitons à communiquer avec nous pour vérifier la réception de votre texte.

No 100 : Dossier Futurité
Avant le 1er avril 2020

Dans Les potentiels du temps, art & politique, Camille de Toledo, Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós nous exhortent à sortir de la léthargie de l’utopie progressiste mise en place par la modernité. À travers l’usage de la « pensée potentielle », une pensée « nous portant à travailler toujours à ce qui pourrait être », les auteur.e.s de l’ouvrage proposent une conception performative du futur, renversant l’impasse de la posture présentiste et l’abattement paralysant de l’apocalyptisme. L’art y joue le rôle de « plateforme pour rouvrir les futurs aux à-venirs, à ce qui n’est pas encore écrit, à ce qui reste à écrire, pour reconstruire des horizons d’attente, de possibles transformations, pour déjouer les scenarii de la fatalité » (2016 : 14).

À l’heure où les sociétés doivent composer avec l’imminence des changements climatiques, l’explosion démographique planétaire ou la “singularité” technologique, on voit apparaître dans la littérature et les arts la marque d’un changement de paradigme profond concernant une conception de l’avenir. Se référant aux potentialités performatives du futur, la futurité (traduction du terme anglais “futurity”) s’inscrit dorénavant comme une philosophie de « l’à-venir » offrant de nouvelles avenues théoriques pour penser une suite du monde plus positive hors des schèmes traditionnels de l’utopisme critique.

Tout un pan de cette réflexion insiste d’ailleurs sur la dimension spéculative de la notion même de temps, un concept à penser non plus en termes de processus chronologique, mais plutôt en termes de ruptures et de discontinuités. Une réflexion qui s’édifie à la fois sur la récente découverte de l’enchevêtrement quantique – lequel permettrait d’envisager la téléportation ! –, et aussi sur les théories queers et leur désaveu d’une linéarité temporelle pensée en fonction du modèle reproductif hétéronormatif. Dans No Future. Queer Theory and the Death Drive, le critique littéraire Lee Edelman remet ainsi en question la figure de l’enfant comme incarnation ultime de l’ordre symbolique et d’un futur à protéger et défendre, figure intrinsèquement politique du discours hétéronormatif à travers laquelle se cristallise un “futurisme reproductif” magnifié et fantasmé par la culture. Sans récuser la notion de futur, Edelman invite toutefois à repenser l’avenir hors de la logique reproductive, les queers étant à même de paver la voie à de nouveaux devenirs responsables et éthiques.

L’histoire elle-même devient donc un objet narratif, une matière littéraire à relire continuellement pour appréhender l’avenir, mais aussi pour panser les maux du passé. Dans cette optique, la notion de futurité peut également se comprendre comme une forme de réparation ou de régénération inscrite dans une perspective décoloniale. Jouant de ces ponts entre le passé et le futur par le truchement d’une réappropriation des nouvelles technologies (robotique, intelligence artificielle, etc.), le courant artistique de l’afrofuturisme par exemple, vient ainsi court-circuiter les stéréotypes racistes et technophobes véhiculés par l’imaginaire colonial. Usant de la science-fiction comme levier d’une critique de l’histoire des personnes racisées, l’esthétique afrofuturiste convoque science, technologie et pratiques artistiques actuelles pour discuter des changements socio-politiques souhaitables pour l’avenir et proposer des subjectivités hybrides outillées pour le mettre en place.

Envisager l’art dans sa futurité, c’est donc croire en sa capacité de créer des formes de vie, des modalités de relation novatrices. C’est réinvestir de bonne foi la capacité de l’art de créer de nouveaux mondes, de faire avec les possibles d’une humanité traversée de blessures et de violences, et de se saisir de l’expérience du présent dans l’intention d’en infléchir politiquement et éthiquement la trajectoire.

Pour souligner la parution du centième numéro de la revue et marquer sa volonté de se projeter vers l’avenir, quel qu’il soit, Esse arts + opinions invite les auteur.e.s et artistes à proposer des textes qui interrogent les enjeux de la futurité à travers ses diverses déclinaisons artistiques (réactivation d’archives, relecture critique et décoloniale de l’art, de ses histoires et de ses objets, pratiques post ou transhumanistes, etc.). Comment l’art peut-il se révéler autre chose qu’un miroir désolant de réalités que plus personne ne peut ignorer ? Comment l’art peut-il se faire non pas déconstruction, mais reconstruction d’un monde vivable ? Comment les pratiques contemporaines peuvent-elles nous convaincre qu’un autre futur est possible ? Comment l’art est-il déjà la trace d’un « à-venir » ? L’art peut-il transfigurer le sentiment de désordre, d’insécurité, d’incertitude, d’insaisissable du temps présent, cette anxiété créée par une précarité généralisée, en de nouvelles manières de vivre et de penser le monde ?

No 101 : Dossier Nouveaux matérialismes
Avant le 1er septembre 2020

S’il est aujourd’hui courant d’interroger l’hégémonie du visible et de remettre en question l’idée de la représentation comme condition préalable fondamentale de l’art, l’orthodoxie constructiviste portée par le poststructuralisme persiste à favoriser une approche discursive des pratiques artistiques au détriment de la matière et de son agentivité. Bien que le courant philosophique du réalisme spéculatif – aussi désigné sous le label ontologie orientée objet (OOO) – ait été un levier euristique incontournable pour réfléchir la relation de l’humain au monde des objets, cette notion est demeurée liée au langage, aux discours et à la culture, perpétuant l’idée d’une expérience de la matière purement représentationnelle. Comme le souligne à propos les historiennes de l’art et féministes Estelle Barrett et Barbara Bolt en introduction de Carnal Knowledge. Towards a “New Materialism” Through the Arts, cette lacune concourt encore aujourd’hui à reconduire une rhétorique des binarismes opposant matérialité et signification, nature et culture, objet et sujet. Depuis le tournant du XXIème siècle toutefois, des voix issues de disciplines multiples – et aussi « éloignées » que la physique quantique, les féminismes, l’écologie et les arts – s’élèvent et s’unissent pour plaider en faveur d’un renouveau des perspectives matérialistes pour réintégrer la matière dans le débat philosophique et dépasser, enfin, une interprétation polarisée et duelle du monde.

Ce qu’il est désormais convenu de rassembler sous l’appellation des « Nouveaux matérialismes » (de l’anglais New Materialisms) décrit un ensemble de postures à la fois théoriques et pragmatiques inscrites en réaction face au logocentrisme de la postmodernité. Ces postures vont critiquer vivement la tendance postmoderne à ne prendre en compte que la logique du langage comme modèle de référence et de signification du réel. Sans retourner à ce que Bruno Latour nomme le Grand Partage, c’est-à-dire une recherche ontologique objective typiquement moderne opposée au langage, les Nouveaux matérialismes s’attèlent plutôt à mettre sur pied une démarche éthico-onto-épistémologique (Barad: 1998) à même de pointer l’inséparabilité du monde matériel et discursif.

Véritable cristallisation de ces nombreux enjeux, l’art occupe une position enviable dans le débat, mettant simultanément la matière au profit du sens et la signification au service de la forme. Conscients de cette complémentarité co-constitutive et inhérente aux pratiques artistiques, nombre d’artistes, d’institutions muséales et d’évènements artistiques mettent aujourd’hui de l’avant l’évidence du « fait matériel » de l’art, proposant des réflexions autour de la notion d’objet ou de choséité, d’une expérience axée sur la polysensorialité et la matérialité des œuvres ou encore, tendent à mettre en lumière l’autonomie et la performativité de la matière à travers ses propres processus de transformation. Ces nouvelles sensibilités initient une esthétique matérialiste qui déplace l’expérience de l’objet d’art (et de sa technique) avec l’humain en une relation horizontale où sens et matière s’informent.

Portée par l’actualité de ces réflexions et de leurs implications tangibles pour la refonte d’une conception des arts dits « visuels », Esse arts + opinions invite les auteur.e.s et artistes à proposer des textes qui réfléchissent à la reconfiguration de la matière à l’aune de pratiques sociales, politiques, artistiques et scientifiques qui ne sont plus enfermées dans le spectre humain, mais relèvent de la « vie » tout entière, y compris le « non-vivant ». À cet égard, les avenues de réflexion sont à l’image des nouveaux matérialismes, soit tentaculaires, hybrides et critiques. Comment ces approches de la matière modulent-elles de nouveaux regards critiques face à l’asymétrie arbitraire entre beaux-arts et artisanat ? Comment cette sensibilité matérialiste se traduit-elle réellement pour les artistes et leurs œuvres ? À l’aube de cette époque que d’aucuns nomment anthropocène, comment les nouveaux matérialismes permettent-ils de déjouer une critique anthropocentrique (ou humaniste) des objets d’art et de leur contexte de production ? Dès lors, quelles places reste-il pour la critique et l’histoire de l’art dont la matière première est le discours ?

POLITIQUE ÉDITORIALE
1. Esse arts + opinions, publiée par Les éditions Esse, est une revue bilingue qui s’intéresse principalement à l’art contemporain et aux pratiques multidisciplinaires. La revue privilégie les essais sur l’art contemporain récent et les analyses critiques à travers des textes qui abordent l’art en relation avec le contexte dans lequel il s’inscrit. Chaque numéro propose un dossier thématique, un portfolio d’œuvres, une section d’articles critiques traitant de la scène culturelle internationale, une section de comptes rendus d’expositions, d’évènements et de publications. La plateforme esse.ca propose également des articles sur l’actualité artistique, de même que des archives d’anciens numéros de Esse.

2. Les auteur.e.s sont invité.e.s à proposer des textes les 10 janvier, 1er avril et 1er septembre de chaque année. Les textes peuvent être soumis pour l’une des 3 sections suivantes :
La section Dossier thématique : des essais de 1500 à 2 000 mots. L’orientation thématique est disponible en ligne 4 à 6 mois avant la date tombée : http://esse.ca/fr/appeltextesfr
La section Articles : des essais, articles de fond ou entrevues de 1 250 à 2000 mots (notes incluses).
La section Comptes rendus : des couvertures d’expositions, d’évènements ou de publications (500 mots, sans notes de bas de page ou 950 mots, une ou deux notes de bas de page maximum).

3. À moins d’une entente contraire avec Les éditions Esse, l’auteur.e s’engage à soumettre un texte inédit et original.

4. Chaque texte est soumis au comité de rédaction, qui se réserve le droit de l’accepter ou de le refuser. Les critères de sélection sont basés sur la qualité de l’analyse et de la rédaction, la pertinence du texte dans le numéro en cours (la thématique), de la pertinence du corpus d’œuvres et d’artistes choisis. Un délai de 6 semaines est requis pour la sélection des textes. La décision de refuser un texte est sans appel.

5. À moins d’une entente contraire, le comité ne retient pas les textes étant sources possibles de conflit d’intérêts entre l’auteur et le sujet couvert (par exemple, les textes d’artistes sur leur propre pratique, les écrits par les commissaires d’expositions ou desdits évènements ou par la galerie d’un artiste).

6. Les auteur.e.s dont les textes sont retenus s’engagent à formater le texte selon les normes typographiques de Esse, suivant un document envoyé avec l’entente de publication.

7. Dans le respect de la vision et du style de l’auteur.e, le comité de rédaction se réserve le droit de demander des corrections de nature sémantique ou autre : qualité de la langue, structure générale du texte, clarté, carences, pertinence des titres et des sous-titres, normes de composition.

8. Les textes acceptés sous conditions feront l’objet d’une discussion entre l’auteur.e et le comité de rédaction.

Si des modifications sont demandées, l’auteur.e se verra accorder quinze (15) jours pour les réaliser.

9. Tous les frais de correction typographique du texte de l’auteur.e seront à la charge des Éditions Esse sauf les corrections d’auteur, s’il y a lieu, qui seront à la charge de celui-ci.

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