Sandra Brewster, Optica centre d’art contemporain, Montréal | esse arts + opinions

Sandra Brewster, Optica centre d’art contemporain, Montréal

102
2021
Optica centre d’art contemporain, Montréal
  • Vue d’installation, Optica centre d’art contemporain, Montréal, 2021. Photo : permission de Optica centre d’art contemporain, Montréal
  • Sandra Brewster, Walk on by, capture vidéo, 2018. Photo : Paul Litherland, permission de l’artiste & Georgia Scherman Projects, Toronto
  • Sandra Brewster, Untitled (Blur), détail, 2017 – 2019. Photo : Paul Litherland, permission de l’artiste & Georgia Scherman Projects, Toronto
  • Sandra Brewster, Untitled (Plain Black), 2011 – 2012. Photo : Paul Litherland, permission de l’artiste & Dr. Kenneth Montague (Ken Montague / The Wedge Collection)
  • Sandra Brewster, Untitled (Whiteout), 2014. Photo : Paul Litherland, permission de l’artiste & Georgia Scherman Projects, Toronto
  • Sandra Brewster, Untitled Smith (Cold), 2013. Photo : Paul Litherland, permission de l’artiste & Georgia Scherman Projects, Toronto

[In French]

Sandra Brewster
Works from series: Smith, Blur ; Video: Walk on by
Optica centre d’art contemporain, Montréal, du 16 février au 3 avril 2021

Née de parents caribéens, Sandra Brewster s’intéresse à l’expérience antinomique de visibilité et d’invisibilité sociales de la diaspora à travers la forme du portrait et la notion de mouvement. Entendue dans une perspective autant politique que physique, la mobilité de ces communautés nourrit l’esthétique de l’artiste dont Optica regroupe la pratique des dernières années axée sur la représentation de l’altérité identitaire.

La vidéo Walk on by (2018) présente à ce sujet une captation en film Super 8 de déambulations quotidiennes d’une communauté noire de Toronto. Le grain flou du film évoque l’empreinte du temps sur les déplacements courants et libres d’une population historiquement marquée par les migrations contraintes. Les cadrages parfois serrés donnent l’impression d’épier les citadins tout en défavorisant l’identification individuelle. L’œuvre saisit ainsi, par le mouvement, la vivacité et l’indépendance d’une communauté dont le visage échappe toutefois à la différenciation.

Untitled (Blur, Self) (2015-2016) et Untitled (Blur) (2017-2019) approfondissent ce jeu de dévoilement voilé par l’action en présentant deux séries d’autoportraits et de portraits inspirées de la « culbute du cou » pratiquée par différentes traditions spirituelles d’origine africaine. La première répète un profil de Brewster tournant la tête sur une succession de cinq panneaux de contreplaqué appuyés au mur depuis le sol. La saisie floue amplifie l’effet de séquence des panneaux légèrement enchevêtrés comme la matérialisation monumentale d’une pellicule en défilement. Perceptuellement indéfinie, l’identité est mobile, transitoire et multiple, ainsi que l’exprime notamment la seconde série. Imprimés sur un papier archive corné et usé, les 96 portraits noir et blanc sont collés au mur relativement sans égard selon un quadrillage néanmoins méthodique. Les protagonistes issus de la diaspora reprennent le même mouvement de tête que Brewster, de sorte que les portraits ont en commun d’être flous, incomplets ou hors cadre. La représentation fuyante et la multiplication des images doublent l’instabilité du sujet d’un effet d’aplanissement de l’unicité. Liant ardent et énergique, la gestuelle devient alors porteuse de l’identité et du collectif.

La série Blur, The Smiths aborde ces mêmes enjeux de dissolution des individualités à partir d’extraits d’annuaires attitrés aux Smith. Les pages du patronyme commun jusqu’à l’anonymat servent de visage à un enchainement de silhouettes arborant une coiffure afro. Évoquant la forme d’une photo d’identité, la répétition du motif d’un tableau à l’autre illustre le processus de réduction des individualités. D’abord circonscrite par les clichés et stéréotypes dans Untitled (Plain Black) (2011-2012), l’unicité des membres de la diaspora se nivèle en un type homogène dans Untitled Smith (Cold) (2013) dont les subtiles variations seront enfin masquées et blanchies dans la troublante Untitled (Whiteout) (2014). Le travail de l’image par Brewster met finalement en exergue les contradictions de la représentation des communautés noires dont la visibilité ne tient qu’à des banalités et autres lieux communs désincarnant toute singularité. L’écrasant silence de Untitled (Whiteout) réclame en somme d’être vu, au-delà de la communauté, pour son humanité.

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