Phil Collins, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal | esse arts + opinions

Phil Collins, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal

98
2020
Fondation Phi pour l’art contemporain
  • Phil Collins, Bring Down The Walls, 2019, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay
  • Phil Collins, Bring Down The Walls, 2019, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay
  • Phil Collins, the world won't listen, 2004-2007, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay
  • Phil Collins, my heart’s is my hand, and my hand is pierced, and my hand’s in the bag, and the bag is shut, and my heart is caught, 2013, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay
  • Phil Collins, my heart’s is my hand, and my hand is pierced, and my hand’s in the bag, and the bag is shut, and my heart is caught, 2013, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay
  • Phil Collins, the meaning of style, 2011, vue d'installation, Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal, 2019. Photo : Richard-Max Tremblay

[In French]

Phil Collins
Fondation Phi pour l’art contemporain, Montréal
du 8 novembre 2019 au 15 mars 2020

Reconnu pour son intégration festive de la culture populaire aux problématiques sociales, Phil Collins explore, à la Fondation Phi, les communautés et leurs modes de représentation. L’approche empathique de l’artiste observe les fonctions inclusives et exclusives du phénomène communautaire tout en misant sur la musique comme produit culturel particulièrement globalisant et rassembleur.

L’installation vidéo the world won’t listen (2004-2007) montre des fans colombiens, turcs et indonésiens se livrant à un karaoké des succès du groupe The Smiths. Chantés dans une immanquable diversité d’accents, d’attitudes et d’interprétations, les succès du groupe britannique font l’objet d’une appropriation sincère et sentie. Le jeu, les postures et la candeur des interprètes non occidentaux détournent politiquement le propos mélancolique et autrement générique des titres. Leur saisie franche et directe des codes culturels inverse en fait la dynamique de subordination culturelle.

La grande acuité sensible de l’œuvre de Collins s’affirme presque violemment dans l’installation immersive my heart’s in my hand, and my hand is pierced, and my hand’s in the bag, and the bag is shut, and my heart is caught (2013). Les six postes d’écoute vitrés donnent à entendre les enregistrements consentis et anonymes de conversations téléphoniques prises d’une cabine gratuite offerte par Collins près d’un centre d’hébergement à Cologne de même que quelques chansons inédites inspirées de ces échanges. Le spectateur sélectionne lui-même l’objet de son écoute, se laisse porter par les mélodies contemporaines ou se glisse comme un espion au cœur de dialogues souvent très émotifs. Bien qu’un livret offre une traduction des conversations, la distance de la langue s’estompe rapidement au contact de l’émotion brute. On s’attache, on se reconnait, on s’émeut, si bien que la sensibilité universelle de la musique ne tient pas la comparaison avec la proximité de la voix humaine.

Mis en exergue par le jeu de privé/public de cette dernière installation, Collins manipule avec subtilité les effets intuitifs de l’intimité et du collectif. Il approfondit cet examen du rapport entre soi et l’autre avec le court-métrage the meaning of style (2011) où l’on suit les déambulations d’un groupe de skinheads antifascistes malais. L’amalgame des codes vestimentaires à une idéologie sociopolitique illustre les phénomènes conjoints d’appartenance et de marginalité. Les protagonistes traversent plusieurs espaces évoquant différentes communautés ethniques, religieuses ou culturelles. L’unité du collectif repose éloquemment sur son altérité dans l’espace social comme un miroir des individualités qui composent aussi le communautaire.

La compréhension aigüe de l’habitus social par l’artiste se reflète enfin dans cette seconde édition de Bring Down The Walls (2019) dont la programmation de conférences et d’ateliers mensuels a été adaptée aux réalités locales. La reconversion installative de ce projet d’art public conserve ses visées éducatives et festives initiales. Elle incarne remarquablement l’engagement de Collins à produire des lieux de rencontre et de partage. Ce dernier use en somme du pouvoir réunificateur de la musique pour diriger l’attention vers les voix invisibles dans l’espace social de sorte que se révèle en marge de ces récits l’accointance spontanée du soi à l’autre.

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