Papier 2020 | esse arts + opinions

Papier 2020

  • Joey Bates, Bleed in Black and Gold, 2019. Photo : Galerie Youn, Montréal
  • Winnie Truong, She Flinches When She Wings, 2018. Photo : Vivianeart, Calgary
  • Jim Verburg, Untitled (graphite #3 & #4, de la série And Accurate Silence), 2017. Photo : Zalucky Contemporary, Toronto
  • Laura Payne, Untitled 44 (Interpolation Series), 2020. Photo : Galerie Robertson Arès, Montréal
  • Trevor Baird, Lamp Vase 13, 2019. Photo : Projet Pangée, Montréal
  • Jim Holyoak, whosespeechisalwaysgentleandneversloppy, 2018. Photo : McBride Contemporain, Montréal
  • Adeline Rognon, Paysages électriques 1, 2019. Photo : Galerie Eric Devlin, Montréal
  • Véronique La Perrière M., Souviens-toi que tu es vivant, 2019. Photo : Galerie d'Este, Montréal
  • Mia Sandhu, Bawdy 11, 2020. Photo : Patel Brown, Toronto
  • Lynne Cohen, Exhibition Hall, 1977. Photo : Laroche/Joncas, Montréal
  • Tristram Lansdowne, Recovery, 2019. Photo : Galerie Nicolas Robert, Montréal
  • Annie Briard, In Possible Lands IV, 2020. Photo : Mònica Reyes Gallery, Vancouver
  • Susan G. Scott, River Blossom, 2020. Photo : Beaux-arts des Amériques, Montréal

[In French]

Papier 2020
du 4 au 21 juin 2020
https://www.papiermontreal.com/

En réaction aux conditions sanitaires exceptionnelles, l’équipe de Papier a pallié l’impossibilité de rassemblement intérieur avec une édition virtuelle de la foire. La succession suggérée des espaces en ligne évoque celle du lieu, alors que la liste alphabétique des galeries permet aussi d’éditer sa visite. Chaque galerie dispose d’une page où sont rassemblées les œuvres sans égard à leurs proportions réelles. Le médium s’apparente à ce titre plus à un bazar où les propositions monumentales ou moins flamboyantes s’atrophient dans une certaine indifférenciation. Il sert néanmoins les projets plus délicats qui bénéficient alors d’une perspective inédite sur leur forme. Les minutieuses sculptures de papier de Joey Bates (Galerie Youn) et le collage raffiné Zygotic Sun Energy (2019) de Winnie Truong (VIVIANEART) sont magnifiés par l’agrandissement du curseur qui en exalte les découpent consciencieuses et le tracé de couleurs subtil et gracieux. Les broderies, embossages et impressions en relief de Caroline Monnet (Galerie Division) se font quant à eux plus intrigants. Chez elle, comme pour le dessin de Jim Verburg (Zalucky Contemporary) où le plomb semble s’évanouir graduellement sur le coton, les effets de textures nécessitent parfois un temps d’arrêt supplémentaire pour bien distinguer les jeux de lumière de la matière. Les acryliques sur bois de Laura Payne (Galerie Robertson Arès) et les papiers colorés pliés de Matthew Shlian (DURAN MASHAAL) sont à ce sujet des illustrations probantes. La photographie aplanit les arêtes de matière, mais enjolive parallèlement la distraction consciencieusement élaborée à partir des paillettes chez l’une et des coloris chez le second.

La forme du web transforme uniformément toutes les pratiques en photographie. Cette présentation homogène met en valeur les univers représentationnels au détriment des savoir-faire et du raffinement de certains médiums. La série de porcelaine de Trevor Baird (Projet Pangée) se présente en ce sens d’abord comme une stricte documentation des vases avant que l’on puisse embrasser les bas-reliefs et la théâtralité discrète de la représentation. De même, les pierres composites de Marie-Fauve Bélanger (Galerie Bernard) se démarquent plus par l’invraisemblable luminosité de leur composition que par l’amalgame hétérogène de matériaux qui la génère. Le dadaïsme latent de Luanne Martineau (TrépanierBaer Gallery) se découvre aussi à travers la sélection d’images qui démontrent autant la complexité de ses installations que le travail appliqué de la matière. L’arrangement des matériaux et des textures de Recliner (2017) transperce l’écran comme le texte feutré de Maria Hupfield (Galerie Hugues Charbonneau) qui parvient également à manifester son grain. Ces univers conjuguent, tel que le résume éloquemment un des titres de Hupfield, l’objet à son sujet et ouvrent une perspective ténébreuse sur la matière que les encres de Jim Holyoak (McBride Contemporain) consolident. Les clairs-obscurs mélancoliques de l’artiste recoupent à la fois l’intuition narrative de la linogravure d’Adeline Rognon (Galerie Eric Delvin) et le réalisme onirique des dessins de Véronique La Perrière M (Galerie D’Este). Les méthodes de chacun se standardisent sous la lunette du web qui distingue mal les noirs de l’encre et du graphite. Cependant, l’indétermination du parcours et de l’ordre d’affichage des œuvres encourage la découverte de familiarités inédites entre des pratiques autrement mises à distance. Par exemple, l’angoisse sournoise qui émane de ces représentations traverse notamment l’érotisme lugubre et drolatique des œuvres de Mia Sandhu (Patel Brown) et de Vanessa Cornell (Studio 21 Fine Art). Leur dépersonnalisation des corps féminins extrapole l’aliénation du soi jusqu’au malaise et s’oppose alors à l’approche intimiste des photos de JJ Levine (ELLEPHANT) qui, au contraire, exalte l’unicité de l’autre. En plein confinement, le regard franc et direct des protagonistes comme, d’ailleurs, les espaces intérieurs dépeuplés de Lynne Cohen (Laroche/Joncas) mettent en exergue la solitude extraordinaire et le silence inhabituel du moment.

L’isolement pandémique semble presque illustré à dessein par les aquarelles de Tristram Lansdowne (Galerie Nicolas Robert) qui doublent l’exceptionnalité des lieux déserts d’une représentation exemplaire de la lumière. Les environnements paisibles, comme en attente d’un drame à venir, démontrent une maitrise admirable des déclinaisons multicolores de la lumière sur les surfaces. Les paysages recomposés d’Annie Briard (Mónica Reyes Gallery) assemblent à ce sujet une luminosité improbable à un montage d’espace impossible. In possible lands, d’Annie Briard, du nom de la série de photos, font enfin rêver d’évasion comme les aquarelles de Susan G Scott (Beaux-Arts des Amériques) qui agitent un besoin d’escapade en nature. Dépeints comme s’ils étaient surexposés, les espaces naturels sont suggérés, plus près du fantasme ou du souvenir que du polaroïd. Ce qui ressemble dans le contexte actuel à une convocation à l’expérimentation de visu du monde, traduit finalement la nécessité d’une rencontre sensible pour apprécier toute la subtilité des œuvres.

Texte mis en ligne le 15 juin 2020.

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