Modular K, CAC La Traverse, Alfortville | esse arts + opinions

Modular K, CAC La Traverse, Alfortville

  • Violaine Lochu, Modular K, salle de contrôle, CAC La Traverse, Alfortville, 2020. Photo : Rachael Woodson
  • Violaine Lochu, Modular K, salle de repos, CAC La Traverse, Alfortville, 2020. Photo : Rachael Woodson
  • Violaine Lochu, Modular K, salle de réunion, CAC La Traverse, Alfortville, 2020. Photo : Rachael Woodson
  • Violaine Lochu, Modular K, salle de confinement, CAC La Traverse, Alfortville, 2020. Photo : Rachael Woodson
  • Violaine Lochu, Modular K, capture vidéo, 2020. Photo : Rachael Woodson
  • Violaine Lochu, Modular K, capture vidéo, 2020. Photo : Rachael Woodson

[In French]

Modular K, Violaine Lochu
CAC La Traverse, Alfortville
du 1er octobre au 22 novembre 2020

Comment la performance peut-elle être exposée ? Un bon nombre d’artistes performer.euse.s se sont confronté.e.s à la question. La solution la plus simple (historique) consiste à exposer la documentation collectée avant, pendant et après l’action (voir notamment la manière dont Gina Pane pensait en amont la conservation de traces, croquis, photos, reliques, à cet effet). Une autre solution, plus contraignante, est d’exécuter les performances au moment même de l’exposition, sans forcément les signaler comme telles, l’exemple le plus connu étant celui des pièces de Tino Sehgal qui prennent au dépourvu les visiteur.euse.s. Entre ces deux possibilités désormais classiques, en complicité avec Bettie Nin, directrice de La Traverse, Violaine Lochu tente, via Modular K une expérience autre, qui passe par la fiction.

L’exposition est en effet pensée et construite de sorte qu’une fois passé le seuil de la porte, les visiteur.euse.s se trouvent plongé.e.s dans un lieu et un temps troublants. Un abri secret, le QG d’un groupuscule, un mirage ? Pendant le premier confinement, le deuxième, le cinquantième, après une catastrophe climatique ou nucléaire ?

Éveillant notre curiosité, les espaces de l’exposition sont occupés par des installations aux ambiances marquées par des activités potentielles, une salle de réunion, une zone de contrôle, une chambre de relaxation, une garde-robe, la fiction élaborée par l’artiste consistant à faire croire que ces espaces ont réellement été fréquentés par des personnes. Non pas que des traces ou indices soient faussement laissés en évidence, il ne s’agit tout de même pas d’un escape game. Tout est impeccable, voire drôlement aseptisé, comme dans un film de science-fiction.

La clé du mystère provient d’une vidéo centrale qui nous permet de découvrir le quotidien d’un groupe de quatre drôles d’individus, rétrofuturistes, rappelant les répliquants du Blade Runner de Ridley Scott, dans une adaptation plus androgynes et queers, dans les espaces que l’on visite. La fiction est là, la performance aussi. Ce qui a réellement été joué – lever des personnages qui sortent de leur sac de couchage en aluminium, séances collectives de travail et de gymnastique, festin et dégustation d’une mixture marron violette et bleue qui est le clou de l’épreuve (une crème dessert pralinée à la betterave, telle en est la recette en réalité) – a été filmé et nous est donné à voir dans la salle de projection de l’exposition. Mais au-delà commence une autre performance, imaginaire celle-ci, puisqu’en regardant la vidéo, on ne peut s’empêcher de revoir toutes les salles et installations activées par les personnages. En somme, une performance a eu lieu, elle a été filmée, mais elle en suggère une autre, virtuelle et suspendue dans une représentation fantasmatique, celle de la vie des personnages fictifs dans des lieux à leur image.

D’expérience esthétique plaisante, la visite de l’exposition se transforme ainsi en une rêverie métaphysique qui dépasse la question de la mise en espace de la performance. On en vient à considérer l’espace de l’exposition comme un univers à la fois utopique, inquiétant, mais non dénué d’humour. Les matériaux sont high-tech, les couleurs vives, voir fluo, des murs, des lumières et des vêtements évoquant un mode de vie urbain, sans oublier que le titre, Modular K, reprend en une version futuriste acidulée l’idée de la cellule aux dimensions du modulor du Corbusier combiné à un monde kafkaïen. L’ensemble amène à se demander non plus seulement où on se situe au sein de l’utopie que suggère la fiction de l’exposition, mais plus globalement, dans quel temps, par rapport aux projections du futur tel que le pensait la modernité. Quelles sont aujourd’hui nos représentations du futur ? La question est essentielle car, comme le fait remarquer Violaine Lochu, il faut se représenter un futur pour pouvoir se penser dans un maintenant (1).

NOTE
(1) Conversation avec l’auteure en visitant l’exposition, le 19 novembre. Cette note est l’occasion de remercier chaleureusement Bettie Nin et Violaine Lochu pour leur accueil durant le confinement. En espérant que ce compte rendu permettra à ceux qui n'ont malheureusement pas pu voir l’exposition de se faire une idée de l’expérience qu’elle offrait.

Publié en ligne le 17 décembre 2020.

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