Lignes parallèles, Centre Phi, Montréal | esse arts + opinions

Lignes parallèles, Centre Phi, Montréal

Centre Phi
  • Connor Willumsen, Jo, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Connor Willumsen, Louis, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Connor Willumsen, Xia, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Marilou Lyonnais A., Selfie-nation, de la série DATA EYES: Plier des sites internet, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Marilou Lyonnais A., Valensole, de la série DATA EYES: Plier des sites internet, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Marilou Lyonnais A., Porn abstraction, de la série DATA EYES: Plier des sites internet, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Naghmeh Sharifi, Cat, light, shapes, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Naghmeh Sharifi, DIY haircut, 2020. Photo : permission de l'artiste
  • Naghmeh Sharifi, Polaroids, vue d'installation, 2020. Photo : permission de l'artiste

[In French]

Lignes parallèles
PHI, Montréal
https://empreintesvivantes.phi.ca/Lignes-paralleles

En réponse au contexte exceptionnel de confinement, le Centre PHI présente un ensemble d’initiatives ayant pour objectif d’alimenter le champ artistique de contributions provenant d’artistes et du public. Entre autres projets du mouvement Empreintes vivantes sollicitant la participation de la communauté ou offrant une rétrospective des activités phares du centre, Lignes parallèles se démarque par son orientation strictement professionnelle axée sur la création et la diffusion de nouvelles propositions. Lignes parallèles consiste en fait d’une résidence virtuelle multidisciplinaire où la dizaine de candidats sélectionnés bénéficient d’une bourse et d’une plateforme web pour approfondir un projet pendant 60 jours.

Ces ateliers virtuels offrent une perspective singulière sur les processus de création de chacun. L’espace web permet en effet une mise en scène de la démarche artistique que n’autorisent pas nécessairement les visites d’ateliers classiques. Les plateformes servent les besoins des artistes et de leurs projets tout en accordant une place prépondérante à l’intention artistique et à l’automédiation de l’œuvre. Alors que plusieurs projets s’appuient sur la mise en scène du soi comme objet ou sujet, les conditions d’exposition accentuent l’effet de repli sur l’intimité de sorte que Lignes parallèles se fait l’écho de notre réalité confinée. La structure des ateliers virtuels favorise effectivement l’écriture de soi que le dessin de Connor Willumsen retourne habilement vers l’autre. Ce dernier propose une série de portraits réalisés lors de vidéoconférences. L’artiste intègre à la représentation les soucis de diffusion de sorte que les portraits précis et réalistes sont aussi déformés. La technologie génère en quelque sorte sa propre vérité. Les notes manuscrites des rencontres mettent en exergue la sensibilité de la démarche où la distance physique et l’immensité du monde s’atténuent sous le trait franc de Willumsen.

Le support web s’impose aussi comme matière déterminante de plusieurs propositions qui en reprennent les codes esthétiques, le discours ou les usages. Marilou Lyonnais Archambault poursuit à ce titre le projet Plier des sites internet qu’elle augmente pour ce volet DATA EYES d’un appel à la contribution du public. L’artiste projette des sites internet sur des papiers pliés qu’elle photographie ensuite afin de les diffuser dans son espace virtuel. Les plis et froissements des images significativement pixélisées manifestent par les distorsions et leur dualité matérielle le décalage inévitable d’un monde accessible que par internet. La composition de la représentation traduit en ce sens les usages des contenus du web comme l’expression d’une certaine intimité. Dans cette perspective, l’artiste invite le public à lui faire parvenir des captures d’écran de manière à constituer une archive de l’errance numérique à l’ère de la solitude collective.

Le format numérique de Lignes parallèles amène certains artistes à adapter leur démarche au support. L’atelier virtuel sert l’archivage et la documentation du travail en cours, et permet en ce sens une perspective nouvelle sur la production des artistes. Naghmeh Sharifi documente par exemple la réalisation de ses toiles sur YouTube de sorte que le processus de production semble se substituer au sujet de l’œuvre. L’artiste peint à la négative en retirant ou diluant la peinture pour faire apparaitre l’image. La procédure de mémoire et de dévoilement concerne ainsi autant la technique que la représentation. La documentation vidéo met par ailleurs la main de l’artiste au centre du processus, comme un rappel ironique de la corporéité de l’art autrement virtualisé par le contexte de diffusion. La révélation de la méthode de transcription insuffle en quelque sorte une dimension critique inédite à la démarche technique de Sharifi.

La configuration même des ateliers virtuels stimule le déploiement des projets sur plusieurs semaines. Les artistes font alors œuvre d’édition en donnant à avoir les étapes de leur création. De l’inspiration à la réalisation, ils documentent, sélectionnent et mettent en scène leur processus créatif. Ces vues de l’intérieur offrent des perspectives toutes très différentes sur les projets : photos hautement « instagrammables » du médium, enregistrement de l’exploration du support technologique de même que plusieurs récits audios, visuels ou écrits relatant le déroulement de la recherche. Lignes parallèles est en somme doublement innovant en ce qu’il propose une solution pertinente au confinement et à la mise en veille de la culture tout en transformant l’objet naturel des expositions. En effet, à défaut d’objets finis et clos, le projet met en lumière la spécificité des démarches artistiques de chacun. On examine ainsi diverses promesses de faire œuvre qui à l’instar de notre situation actuelle n’ont pas nécessairement une fin déterminée.

Publié en ligne le 19 mai 2020.

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