Les beaux dimanches, La Chapelle, Montréal

La Chapelle
  • Photo : © Maxim Paré Fortin
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[In French]

Les beaux dimanches
Collectif Quatorze18 et Carte Blanche, La Chapelle, Montréal
du 6 au 15 décembre 2018

Depuis le début des années 2000, Christian Lapointe ne cesse de se réinventer. Actuellement, le metteur en scène semble s’épanouir plus que jamais dans la pédagogie. Sa méthode, une solution de rechange aux approches traditionnelles, celles qui cultivent le jeu psychologique et l’analyse des intentions, vise notamment l’augmentation de l’effet de présence et la multiplication des niveaux d’adresse de la parole. Cette fois, c’est avec les 11 membres de la promotion 2018 de l’École nationale de théâtre que le créateur a mis ses théories à l’épreuve, tout en se frottant à un répertoire auquel on ne l’associerait pas d’emblée, celui de Marcel Dubé, l’un des pionniers de la dramaturgie québécoise, mort en avril 2016.

Créée à l’École nationale en octobre 2016, cette relecture des Beaux dimanches s’inscrit tout naturellement dans la programmation de la Chapelle. D’abord par son irrévérence, le ton éminemment critique qu’elle adopte envers l’œuvre – montée pour la dernière fois par Lorraine Pintal au TNM en 1993 – aussi bien qu’envers une société sclérosée et ceux qui l’ont mise en place, mais également pour des raisons stylistiques, cette cohabitation tout à fait désinhibée des discours, ces continuels allers-retours entre le mot, le mouvement, la musique et l’image. Sous la houlette de Lapointe, le portrait de banlieue, aussi bien dire de société, chassé-croisé pour couples désabusés, est plus pessimiste que jamais.

S’ils ne sont pas tous dotés de la même qualité de présence, les comédiennes et comédiens – Félix-Antoine Cantin, Claudia Chillis-Rivard, Étienne Courville, Nadine Desjardins, Patrice Ducharme-Castonguay, Étienne Lou, Virginie Morin-Laporte, Jules Ronfard, Gabriel-Antoine Roy, Rosemarie Sabor et Élisabeth Smith – s’engagent sans retenue, prennent la pièce à bras le corps. Ils le font physiquement, bien entendu, mais surtout en prononçant les mots ici et maintenant, en s’appropriant pleinement les propos des personnages – qui portent d’ailleurs les noms des acteurs et non plus ceux que Dubé leur a donnés en 1965. Ainsi, chaque réplique est à la fois un commentaire sur le passé et le présent, les années 1960 et les années 2010, une réflexion sur les diktats de la vie en société aussi bien que sur ceux du milieu théâtral.

L’action se déroule au fond d’une piscine publique vidée de son eau. Sur le plateau, on trouve quelques chaises de patio, un téléviseur, un arbre en pot, mais surtout des micros et un disc jockey. Dans leurs habits sportifs, les protagonistes vont et viennent, font un masque d’une boule à facettes, n’hésitent pas à s’adresser directement aux spectateurs. Rien, dans leurs propos, ne semble pris au sérieux. Tout, même les monologues, des règlements de compte qui devraient avoir une certaine authenticité, est prononcé avec détachement, avec dérision, un second degré que certains qualifieront d’humour grinçant, d’autres de cynisme.

À grands coups de mots qui claquent, mais aussi de gestes percutants, un vocabulaire de mouvements qui se rattachent presque tous à la violence ou à la sexualité, comme des ponctuations qui surgissent irrépressiblement, ici et là, les personnages incriminent leurs grands-parents et leurs parents; peut-être également qu’ils s’accusent eux-mêmes, incapables qu’ils sont de proposer quelque solution que ce soit. Dans les dernières minutes d’un spectacle de 2 h 15, les comédiens vont jusqu’à procéder au doublage en direct des scènes qui concluent le film réalisé par Richard Martin à partir de la pièce en 1974. La moquerie, qui atteint alors un sommet, démontre aussi ses limites.

Texte mis en ligne le 12 décembre 2018.

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