Sauver l'art ?

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Bernard Lamarche

[in French]

André Rouillé, dont les travaux sur la photographie sont connus, dans les deux derniers éditoriaux de la newsletter du guide Paris-Art – près de 20 000 exemplaires envoyés par courriel –, aborde avec lucidité le sous-financement en France de deux secteurs névralgiques : la science et l’art. «La science n’est certes pas l’art et la culture, mais on sent entre eux une proximité dans la pénurie» Le même constat s’applique au Québec.

Dans son deuxième éditorial, Rouillé invite à l’action : «Comme la recherche scientifique, l’art contemporain est en danger. L’heure n’est plus à la dénonciation, ni aux revendications. Elle est à l’action.»

De très éminents scientifiques français, écrit Rouillé, viennent de lancer un cri d’alarme sous la forme d’une pétition déjà très largement signée: «Sauvons la recherche». Une situation exclusive à la France? Bien au contraire. «Le monde des sciences se mobilise contre Québec», lit-on dans l’édition du 28 janvier du Devoir. La première baisse en 20 ans dans les budgets alloués à la science par le gouvernement québécois inquiète et laisse présager d’autres coupures.

Sauver la science, sauver l’art : il s’agit de sauver la peau de secteurs entiers de recherche. Selon Rouillé, l’enjeu est clair : «En négligeant d’investir là où s’inventent les forces, les formes, les choses, les paradigmes, les modes de pensée et d’action de demain, la France et l’Europe prennent la lourde responsabilité de laisser l’avenir nous échapper. Investir dans la science, l’art et la culture, c’est investir dans l’avenir.» L’avis résonne à l’échelle mondiale : l’avenir ne doit échapper à personne.

L’enjeu selon Rouillé est doublé de considérations à propos de la place de la France sur l’échiquier mondial de l’art contemporain. La vigilance de l’État et du secteur privé servirait à «maintenir la France de la culture et de l’art au rang qui a longtemps été le sien».

Le Québec (ou même le Canada) ne vit pas dans la nostalgie d’une position de tête qui autrefois était la sienne. Une des inquiétudes qui demeure, toutefois, est la place que prendra la culture au Québec, avec Montréal (pardon aux gens de Québec) qui subit l’ombre de Toronto, elle qui investit massivement dans la culture.

Ainsi, fin janvier, le Musée des beaux-arts de l’Ontario inaugurait la maquette de son futur pavillon, prévu pour 2007, construit par Frank Gehry (Guggenheim de Bilbao). Toronto entend investir 195 millions additionnels dans six autres projets d’équipements culturels; trois quarts de million auront été injectés d’ici la fin de la décennie.

À Montréal, le projet de la salle de l’OSM est remis aux calendes grecques, le FIND a dû fermer ses portes après vingt ans d’existence (certains voient par contre dans cette disparition le résultat d’une gestion impropre, poussée par un refus de resserrer les rangs de l’événement); la gare Dalhousie échappe à des créateurs reconnus, O Vertigo et Ubu. Les consultations pré-budgétaires commencent et le pire est à craindre pour la culture. Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) est passé au début février en mode «alerte jaune», les pressions se font de plus en plus nombreuses sur le gouvernement. Comme le dit Rouillé, il faut vaincre l’autisme profond des pouvoirs.

Les extraits cités proviennent des éditoriaux 39 et 40 du site Internet www.paris-art.com. On les retrouve aux adresses suivantes :

www.paris-art.com/edito.php?id=39
www.paris-art.com/edito.php?id=40.

LECTURES
Lire aussi la lettre aux membres du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec, «Que se passe-t-il avec le budget du ministère de la Culture et des Communications?», à : www.raav.org/temp/html/386.html.
Visiter le site du Mouvement pour les arts et des lettres (MAL) : www.mal.qc.ca.

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