Contre-vents, Le Grand Café, Saint-Nazaire

97
2019
Le Grand Café
  • Contre-vents (Solidarités ouvrières, étudiantes et paysannes dans l'Ouest de la France : une généalogie), détail de l'exposition, Le Grand Café - centre d'art contemporain, Saint-Nazaire, 2019. Photo : Marc Domage
  • Contre-vents (Solidarités ouvrières, étudiantes et paysannes dans l'Ouest de la France : une généalogie), détail de l'exposition, Le Grand Café - centre d'art contemporain, Saint-Nazaire, 2019. Photo : Marc Domage
  • Contre-vents (Solidarités ouvrières, étudiantes et paysannes dans l'Ouest de la France : une généalogie), détail de l'exposition, Le Grand Café - centre d'art contemporain, Saint-Nazaire, 2019. Photo : Marc Domage

[In French]

Contre-vents
Le Grand Café, Saint-Nazaire, 26 mai au 29 septembre 2019

Au moment d’une vaste prise de conscience des différences de classes qui persistent socialement, et tandis que le milieu de l’art est considéré à priori comme s’adressant (voire appartenant) aux élites, il apparait de plus en plus nécessaire de s’interroger sur les expositions à organiser pour être au plus près du réel et non le fuir. Comment une exposition peut-elle rendre compte de ce qu’il se passe dans la rue, y renvoyer, sans condescendance ni faux-semblants ? La situation actuelle repose radicalement la question de l’art et de la politique, que l’on peut formuler ainsi : comment l’art, en restant de l’art, peut-il faire de la politique ?

L’exposition Contre-vents, dont le titre complet est Solidarités ouvrières, étudiantes et paysannes dans l’Ouest de la France : une généalogie, a le grand mérite de se confronter à cette situation en traitant des luttes sociales dans la région de Saint-Nazaire de 1968 à aujourd’hui, c’est-à-dire à travers l’histoire récente dans laquelle s’inscrivent le lieu même de l’exposition et les personnes qui vont principalement le fréquenter. Dans la visée d’une écologie curatoriale, les commissaires, Guillaume Désanges et François Piron, revendiquent même « une exposition en circuit court », idéalement locale. Les intentions sont des plus louables.

Dans les espaces, elles se traduisent par un accrochage plutôt aéré et attrayant d’une sélection de documents reproduits sur des papiers de couleur, suspendus dans l’espace à des fils tendus — l’esthétisation des documents étant assumée pour rendre l’exposition accessible — qui évoquent, au sein de chapitres, des moments forts. Mais, des moments forts de quoi, au juste ? Se trouvent juxtaposés des récits de grèves, des créations d’Armand Gatti invité en 1976 à Saint-Nazaire, des actions de l’Armée Révolutionnaire Bretonne, le naufrage de l’Amoco Cadiz… le tout relié par des filiations subjectives, là aussi revendiquées par les commissaires, qu’on a toutefois du mal à s’approprier par manque d’un recul nécessaire face à la complexité des sujets évoqués.

Parmi les documents, quelques œuvres ont tout de même été choisies, témoignant de la participation d’artistes aux revendications et actions sociales autour d’eux. Ce sont notamment des extraits de films de René Vautier qu’on retrouve à plusieurs reprises dans l’exposition. On regrette toutefois de ne pas voir projeté en entier son documentaire au cœur du thème de réflexion Quand tu disais Valéry, tourné en 1974 pendant la grève des usines de caravanes à Trignac, à quelques kilomètres de Saint-Nazaire.

Plus problématique encore, à la fin du parcours, est l’installation de ce que l’on pourrait appeler un « coin ZAD » (Zone à défendre), marqué notamment par la présence de quelques palettes en bois qui suggèrent de manière assez caricaturale une ambiance d’école buissonnière, sans aborder de front les enjeux de la ZAD de Notre-Dame des Landes. Le trouble atteint à son comble avec la mise à disposition d’un imprimé propret lançant un appel à contribution en faveur d’un groupe dont on ignore la représentativité au sein des zadistes.

L’exposition se risque donc à aborder des questions essentielles, par des solutions curatoriales parfois très bien venues, mais parfois aussi ne trouvant pas d’issues autres qu’une bonne volonté de principe.

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