Clément de Gaulejac, Galerie UQO, Gatineau | esse arts + opinions

Clément de Gaulejac, Galerie UQO, Gatineau

98
2020
Galerie UQO
  • Clément de Gaulejac, vue d'exposition, Galerie UQO, Gatineau, 2019. Photo : HoC Studio / Maryn Devine et Nicolai Gregory
  • Clément de Gaulejac, (Il y a) Un bateau dans mon bateau, 2019. Photo : HoC Studio / Maryn Devine et Nicolai Gregory
  • Clément de Gaulejac, Eaux profondes, bains brefs, 2019. Photo : HoC Studio / Maryn Devine et Nicolai Gregory
  • Clément de Gaulejac, (gauche) Pilotis, 2019; (droite) Boboli, 2019. Photo : HoC Studio / Maryn Devine et Nicolai Gregory

[In French]

Clément de Gaulejac, Les maîtres du monde sont des gens
Galerie UQO, Gatineau, du 19 septembre au 19 octobre 2019

Tout au fond de la Galerie UQO, un néon donne littéralement le ton à l’exposition solo de Clément de Gaulejac, enveloppant les autres œuvres dans une lumière rosâtre. On peut y lire Les maîtres du monde sont des gens, énoncé-titre de cette exposition commissariée par la directrice de la galerie, Marie-Hélène Leblanc. Parmi les lectures possibles de cette phrase sibylline, on perçoit un aspect doublement révolutionnaire. S’agit-il d’un appel à réfléchir sur la maitrise du monde non pas comme un sort réservé aux happy few, mais comme une occasion collective à saisir ? Ou d’un rappel que des violences sont perpétrées par des gens se disant maitres du monde, malgré une persistance technocratique qui transforme les inégalités du capitalisme tardif en phénomènes « quasi naturels », voire inévitables ? La phrase évoque la réflexion célèbre de Mark Fisher, selon laquelle il serait plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. L’exposition illustre ainsi les rouages du capital, thème de prédilection de l’artiste, en exposant particulièrement les conséquences de l’exploitation économique sur l’environnement. Comme trame de fond, les changements climatiques, qui transforment les plus riches de ce monde en survivalistes s’affairant à construire des bateaux de plus en plus sophistiqués pour échapper à l’apocalypse – ou à l’insurrection.

Les six autres œuvres de l’exposition, placées sur les deux plus longs murs de la salle, se lisent comme trois diptyques. D’un côté de la salle, on peut voir deux frises illustrées, séparées par une mince colonne au mur, dont l’esthétique rappelle les projets les plus connus de Gaulejac, comme ces affiches dessinées pour la grève étudiante de 2012, ou des collaborations plus récentes avec Extinction Rébellion Québec ou Québec Solidaire. L’univers dépeint dans ces œuvres murales est hétéroclite et truffé de références visuelles à la mythologie grecque, au tableau d’histoire, ou encore à la sculpture moderniste. Y sont représentés quelques éléments d’un paysage que l’on devine submergé, dans lequel voguent des bateaux incongrus, rescapés d’un naufrage climatique. Au mur opposé, deux portraits de profil de femmes portant de hautes coiffures à la Marie-Antoinette, dans lesquelles sont nichés des bateaux, la chevelure ostentatoire devenant le tumulte des vagues.

Alors que l’on connait plutôt l’artiste pour son travail graphique, la présentation de deux vidéos ajoute à la complexité de la proposition de Gaulejac. Pilotis, un intriguant diaporama dans lequel défilent les images qui ont servi d’inspiration à l’artiste lors de l’élaboration de l’exposition. Venise y revient souvent, menacée par les changements climatiques, assiégée par l’hypertourisme des bateaux de croisière, noyée par le flot incessant de ses biennales. On y voit entre autres cette absurde photo de touristes se baladant avec leurs emplettes de luxe pendant la période de l’acqua alta, le corps à demi submergé. L’autre écran, Boboli, présente une courte boucle d’une botte se remplissant d’eau de pluie, prête à déborder à tout moment. On se plait à imaginer le renversement.

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