Cendres, Théâtre Prospero, Montréal

Théâtre Prospero
  • Photo : © Jackie Hopfinger
  • Photo : © Jackie Hopfinger
  • Photo : © Jackie Hopfinger
  • Photo : © Guillaume Carbonneau
  • Photo : © Guillaume Carbonneau
  • Photo : © Guillaume Carbonneau
  • Photo : © Guillaume Carbonneau

[In French]

Cendres
Les Productions des pieds des mains, Théâtre Prospero, Montréal,
du 19 février au 9 mars 2019

Après s’être approprié Le Chemin des passes-dangereuses de Michel Marc Bouchard, la metteure en scène et chorégraphe Menka Nagrani a eu l’excellente idée de faire appel à la dramaturge Emmanuelle Jimenez pour qu’elle lui taille un texte sur mesure. Cendres est la poignante histoire d’une famille mise à rude épreuve, sinistrée, réduite en poussière, puis peu à peu recomposée, avec laquelle la directrice des Productions des pieds des mains fait converger ses passions de manière hautement concluante.

Dans le récit de cette fratrie, dans leur indéniable lucidité aussi bien que dans leur vif désir de résilience, on entend distinctement la sensibilité et l’ardeur de Jimenez, cette cohabitation de désespoir et de combativité qui caractérise plusieurs de ses personnages, depuis Du vent entre les dents jusqu’à Centre d’achats, une partition drôle et tragique qui vient d’ailleurs tout juste de paraître chez Atelier 10. Pendant qu’Étienne (Olivier Rousseau), 19 ans, et Viviane (Gabrielle Marion Rivard), 17 ans, nagent dans les souvenirs, disent « bye bye aux cendres », leur sœur Sophie (Marilyn Perreault), 35 ans, ignorant qu’elle est orpheline, voit ses vacances dans les Caraïbes compromises par une importante tempête.

« Cendres de pantalons, cendres de bananes pis de gâteaux Vachon, cendres de nappe, de tapis, de plantes pis d’aquarium, cendres de poissons… Cendres de ma chambre, de ta chambre, cendres de toutous… ». Sur un plateau recouvert de lambeaux de tissus, efficace évocation des vestiges de l’immeuble incendié à la suite de l’explosion du barbecue des voisins, on trouve une laveuse, une table, quelques chaises et une urne contenant les restes des parents. Dans cet espace à la fois concret et imaginaire, les personnages vivent leur deuil, expriment leur tristesse en mots et en gestes, pansent leurs plaies et revisitent leurs plus beaux souvenirs de famille en recourant aux danses percussives et aux chansons traditionnelles québécoises, disciplines dans lesquelles brillent les trois interprètes.

Autant la gigue contemporaine paraissait entrée de force, plaquée ici et là dans Le Chemin des passes-dangereuses, autant elle constitue cette fois un discours essentiel, une voix qui ajoute considérablement à l’ensemble, prolonge les mots plutôt que de redoubler ce qu’ils disent. Ainsi, le spectacle, qui pourtant ne déborde pas de péripéties, ne sombre jamais dans la monotonie. C’est tour à tour drôle, critique, tendre, poétique et poignant. Il y a les interventions truculentes de l’aînée, qui tente de survivre aux exigences du système capitaliste, et la juste indignation du cadet devant la cruauté du destin. Mais le cœur battant de la représentation, tout comme de la fratrie, c’est la benjamine. Du fond de sa « très sainte déficience intellectuelle », comme elle le dit avec une ironie savoureuse, la jeune femme, résilience incarnée, tire son frère et sa sœur vers le haut. Au terme du voyage, le trio pose un regard sur l’ensemble de ses épreuves en employant ces mots superbes : « C’était pas la fin du monde, je pense pas… C’était pas la fin du monde. C’était juste l’hiver qui est venu nous prendre dans ses bras… Comme un pays pour recommencer… Un pays pour dire fuck off avec nos pieds. »

Publié en ligne le 27 février 2019.

Subscribe to the Newsletter

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Features



Shop



esse arts + opinions

Postal address
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Office address
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597