Béatrice Balcou, La Ferme du Buisson, Noisiel (France)

95
2019
La Ferme du Buisson
  • Photo : Émile Ouroumov, permission de La Ferme du Buisson
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[In French]

Béatrice Balcou, L’économie des apostrophes
La Ferme du Buisson, Noisiel (France), du 11 novembre 2018 au 10 février 2019

Les œuvres de Béatrice Balcou, présentées sous la forme d’une petite rétrospective à la Ferme du Buisson, s’appréhendent en silence et dans un environnement singulièrement plus ascétique que celui du white cube.

Depuis plusieurs années, l’artiste a développé un travail dont le maitre mot pourrait sans doute être la discrétion, en s’appuyant sur des notions essentielles en art, envisagées comme des moyens de résistance : l’assistanat contre l’égo, le soin contre la domination, la lenteur contre la vitesse ou encore la contemplation contre le butinage effréné. L’exposition dévoile l’intégralité de ses Œuvres placebos, série d’objets en bois reprenant l’apparence d’œuvres d’autres artistes, qu’ils incarnent à la façon de doubles spectraux – en dépit de leur matériau, peu suspect d’évanescence – lors de répétitions de ses Cérémonies. Dans ces dernières, les œuvres choisies, réelles cette fois-ci, sont manipulées telles des pierres précieuses ou des statues de processions religieuses, depuis leur coffre de transport jusqu’au moment de la monstration. Ce rituel soigneux et silencieux offre aux participants d’observer une œuvre unique pendant un long moment rarement éprouvé lors des visites classiques d’exposition.

La trentaine d’Œuvres placebos ont été ici placées dans un environnement qui se veut antiautoritaire : très peu de socles ou même d’œuvres accrochées au mur, pour privilégier des présentations plus proches du sol. Par ailleurs, cette armée fantomatique sera réactivée tout au long de l’exposition : loin d’incarner des œuvres mortes, les Œuvres placebos évolueront dans les espaces en fonction des conditions météorologiques, seront remisées en réserve ou simplement déplacées de salle en salle. Le travail de l’artiste se nourrit de choses qui échappent à l’idée même d’exposition : la rumeur ou encore le caché, avec notamment la vidéo Tôzai (2018) dans laquelle sont manipulées précautionneusement des versions récentes de Canned Universe de Genpei Akasegawa, membre du collectif néodada japonais Hi-Red Center. Ces boites de conserve vidées puis ressoudées ne seront pas ouvertes mais simplement offertes au regard, visibles et invisibles en même temps.

La série récente des Pièces assistantes (depuis 2017) explicite le rapport particulier que Béatrice Balcou entretient avec la figure de l’artiste, désormais expurgée de ses formes autoritaires et égotistes : ces sculptures, également réalisées en bois, ont été pensées pour assister ou prendre soin d’autres œuvres. Décentrant le regard habituellement porté sur les œuvres, elles prennent l’apparence de cales, de clous, de socles ou de systèmes d’accrochage discrets. Il ne s’agit pas là d’une forme d’art parasitaire mais plutôt d’une manière de rappeler les rapports de pouvoir symboliques qui se jouent dans l’espace d’exposition. En cela, la pratique de l’artiste, en dépit de sa réserve et de ses précautions, n’est pas morale (il ne s’agit pas d’un travail effacé ou pudique) mais bien politique : le choix des œuvres assistées ou choisies pour être manipulées à travers les Œuvres placebos le dit d’ailleurs bien, avec sa prédominance de travaux d’artistes femmes – Ann Veronica Janssens, Liz Magor, Susan Collis ou encore Kazuko Miyamoto, elle-même ancienne assistante de Sol LeWitt – qu’elle incite à regarder désormais avec acuité.

Légendes des images

Image 1 : Béatrice Balcou, série Les Pièces assistantes (oeuvres de Valérian Goslec et Kazuko Miyamoto), vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

Image 2 : Béatrice Balcou, Tôzai, 2018, vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

Image 3 : Béatrice Balcou, Transformer, vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

Image 4 : Béatrice Balcou, The K. Miyamoto Boxes, 2016 (avec Adèle Simon et une spectatrice), vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

Image 5 : Béatrice Balcou, The K. Miyamoto Boxes, 2016; Untitled (Artificial Light) Placebo, 2017, vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

Image 6 : Béatrice Balcou, série Œuvres placebo, vue d'exposition, L'Économie des apostrophes, La Ferme du Buisson, Noisiel, 2018. Photo : Émile Ouroumov, permission de la Ferme du Buisson

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