WhiteFeather Hunter, Salivam, Sporobole, Sherbrooke

Sporobole
  • Photo : © Tanya St-Pierre
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WhiteFeather Hunter, Salivam
Sporobole, Sherbrooke
du 30 novembre au 21 décembre 2018

Issu d’une résidence de plusieurs mois dans le cadre des activités de Sporobole, le projet Salivam de WhiteFeather Hunter s’inscrit dans la foulée des pratiques bioartistiques. En collaboration avec le Dr Denis Groleau, microbiologiste titulaire de la Chaire de recherche du Canada en micro-organismes et procédés industriels à l’Université de Sherbrooke, l’artiste a élaboré une crème cosmétique qui aurait des propriétés « anti-âge ». Outre les enjeux critiques sur l’industrie des produits de beauté, le travail soulève en filigrane des enjeux propres aux pratiques qui croisent les arts et les sciences : la hiérarchie des disciplines, l’instrumentalisation des résultats, la place du discours artistique face au scientifique, entre autres. Ainsi, dans l’espace de la galerie, Salivam décortique la recherche faite en laboratoire pour ensuite proposer une réflexion esthétique sur l’ensemble du processus.

En résumé, les chercheurs ont isolé des souches non pathogènes d’une bactérie à partir d’échantillons de sol qui proviennent du site historique du Village des Tanneries à Montréal, et de salive de l’artiste. En utilisant des techniques de culture bactérienne, ils ont extrait une enzyme qui permet la dégradation du collagène, offrant ainsi un réel potentiel dans l’élaboration de produits cosmétiques pour contrer le vieillissement de la peau. L’exposition met en scène une partie de la documentation et des étapes du processus : vases remplis d’éléments pour la fabrication d’une teinture-mère à base d’une plante, échantillons de sol et de salive sous différentes formes, boîtes de Pétri remplies de collagène, macrophotos de cellules, vidéo de l’artiste en laboratoire et deux projections dans lesquelles l’artiste expérimente les bienfaits de la salive et de sa crème sur un cobaye ou sur elle-même. Enfin, au mur, un présentoir du produit de style commercial permet au spectateur de tester la crème sur des masques. La mise en espace reconstruit, d’une certaine façon, le trajet d’une expérience en laboratoire jusqu’à son application sur le marché.

Au-delà de la documentation d’un processus, Salivam se penche sur des thèmes et des concepts développés par les chercheurs pour en faire le point de départ d’une poétique où les gestes et les manipulations mêmes s’amalgament aux objets et aux discours. Parmi ces thèmes, il en est un qui permet de rassembler les deux pratiques, autant les expérimentations que le résultat esthétique : l’intimité. Du travail conjoint étalé sur plusieurs mois dans l’espace du laboratoire aux effets souhaités de la crème, le questionnement sur l’intimité lie le savant à l’artiste, l’expérience à l’œuvre ; il traverse le projet dans son ensemble. Si les concepts d’intimité bactérienne ou de micro-proximité des cellules avec leur substrat semblent l’apanage du scientifique, ils se matérialisent sous la forme artistique de photographies de cellules et d’enzymes en action. Sous une sorbonne, le spectateur est invité à manipuler des boîtes de Pétri et à tester l’enzyme découverte sur du collagène qui sert de canevas à un dessin. En reproduisant des manipulations propres au chercheur, il expérimente non seulement la proximité avec le matériel, mais aussi tout le processus métabolique des cellules en changement. Cette intimité avec la matière se répète avec les masques sur lesquels le visiteur peut appliquer la crème et observer ses effets après quelques jours.

Dans l’ambiance rose de la galerie, Salivam questionne aussi la rhétorique scientifique utilisée par l’industrie cosmétique pour vendre ses produits. Lick your age lit-on avec humour dans la vitrine, car Salivam vient de salive, celle de l’artiste dans laquelle les fameuses bactéries ont été trouvées. Dans ses deux projections vidéo, WhiteFeather Hunter exploite la représentation sensationnelle du miracle anti-âge : dans la première, elle fait la démonstration de son produit sur un modèle qui accepte de se faire lécher le visage et qui ressent les bienfaits de la salive sur sa peau ; dans la seconde, elle s’applique elle-même la crème et termine sa routine beauté en étalant sa propre salive sur son visage. Ainsi, la boucle est bouclée : l’application de fluide corporel sur le corps, l’intimité face à l’autre, mais aussi à soi-même dans l’espace intime, font écho aux autres manifestations de l’intime engendrées par le projet.

Au final, c’est l’ensemble des démarches scientifique et artistique, sans hiérarchie affirmée, qui fait l’œuvre. Si la science a sans doute fourni une méthode et des instruments de recherche, l’art a posé des questions qui ont appelé des hypothèses changeant les objectifs ou la méthode et ainsi de suite. En mode collaboration, artiste et scientifique se contaminent mutuellement pour faire aboutir un projet qui se situe quelque part sur la mince frontière entre les disciplines. Avec sa poétique de l’intime qui le traverse, Salivam ouvre sur des perspectives esthétiques élargies qui poussent à réorienter les angles de lecture.

 

Texte mis en ligne le 17 décembre 2018

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