Réflexion publique sur la Biennale de Montréal

  • © Eli Larin 2014
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Questionner l’avenir. Réflexion publique sur la réactualisation de la Biennale de Montréal.

Les étudiants du département d’histoire de l’art de l’UQAM, dans le cadre du cours de Barbara Clausen Analyse des œuvres d’art sur le site : la biennale comme format d’exposition à New York, Montréal et Québec ont, avec leur professeure, eu l’excellente initiative d’organiser une table ronde ouverte au sujet de la nouvelle formule de la Biennale de Montréal.

À cette occasion, quatre invités ont alimenté la discussion : Sylvie Fortin (directrice générale et artistique de la Biennale de Montréal), Louise Déry (directrice de la Galerie de l’UQAM), Mathieu Beauséjour (artiste) et Alain Thibault (directeur de la BIAN). Cette discussion s’est déroulée ce mercredi 4 juin à Artexte et affichait complet.

Afin de couvrir les principaux enjeux de cet événement, la table ronde était organisée en trois volets : l’importance de la scène locale versus l’international, le côté spectaculaire de la Biennale versus sa capacité à agir sur les différentes facettes de la scène culturelle montréalaise et enfin la manifestation ponctuelle versus les enjeux à long terme.

L’intention de ce texte est de résumer, en regard des problématiques évoquées, la parole des conférenciers mais aussi celle du public lors de la table ronde.

La formule d’une biennale paraît simple au premier abord ; c’est un événement qui se reproduit tous les deux ans mais celui-ci est en réalité impossible à définir du fait qu’il est un modèle évoluant à vitesse grand V. Au delà d’une tentative de définition, il est certain que le rôle de la biennale doit se construire en relation complète avec l’écologie du milieu de l’art composée des artistes, des commissaires et des critiques. Sylvie Fortin a, à ce titre, insisté sur la nécessité et la volonté de son équipe d’inscrire cet évènement dans le paysage culturel montréalais en développant de nouveaux partenaires avec, par exemple, les institutions universitaires et les centres d’artistes.

La crainte que les artistes Québécois et Canadiens ne soient pas assez représentés dans un événement voulu international s’est fait ressentir à deux reprises dans les interventions du public. Du point de vue de Sylvie Fortin, la mixité des artistes n’est pas un danger mais assure au contraire un regard sur notre scène. La question de l’impact local de la biennale appelle un point sous-jacent : le local face à l’international tend à ne plus être pensé en ces termes, la formule « artiste international » étant obsolète. Ainsi plutôt que d’y voir une opposition, l’intérêt d’une biennale est, selon Louise Déry, d’être un « indicateur culturel » de mouvements et de productions artistiques. Elle est l’occasion de générer une diversité culturelle au sein du public montréalais pour mieux se positionner face à un regard critique extérieur et au marché de l’art.

Il apparaît que le choix et la viabilité d’une biennale d’art contemporain dans une ville comme Montréal, bien connue pour ses nombreux festivals, soient questionnés par ses concurrents. Il existe en effet actuellement trois formes de biennales : la Biennale de Montréal, le Mois de la Photo à Montréal et la BIAN (Biennale Internationale d’Art Numérique), auxquelles, selon son organisateur Alain Thibault, il faudra bientôt ajouter une nouvelle-née, la BIAS (Biennale Internationale d’Art Sonore).

C’est dans ce contexte complexe, que l’équipe de la biennale compte trouver son identité et engager des choix face au caractère possiblement événementiel que comporte la réactualisation de cette biennale. Il s’agit d’interroger la capacité d’agir d’une œuvre dans les formats choisis, qu’ils soient événementiels ou intellectuels, l’un n’empêchant pas l’autre. Face à l’enjeu du spectaculaire dans le domaine des arts visuels, l’artiste Mathieu Beauséjour y voit l’importance de développer « une économie de l’attention » avec un public diversifié et d’affirmer la recherche actuelle afin de dynamiser le milieu.

On le sait, la biennale se caractérise par sa périodicité, alors comment construire une plateforme qui dépasserait l’événement ponctuel ? Il semble tout d’abord qu’une des clefs se trouve dans le grand terreau étudiant et de jeune création que comporte Montréal. De plus, il convient d’affirmer que l’idée d’une rupture entre deux éditions de biennales s’avère fausse, selon Louise Déry cette période met au contraire en éveil le milieu et incite à l’autocritique.

L’élaboration du projet s’étend sur une longue période qui passe aussi par la création de programmes publics et d’outils pédagogiques et scientifiques. À ce propos, Sylvie Fortin a laissé entendre que l’édition de la Biennale de Montréal compterait une production massive et diversifiée d’outils. Cette panoplie comprendrait entre autres : une chaîne Youtube, du contenu spécialisé sur le site web et un guide qui s’ajouterait à la publication d’un catalogue.

Enfin l’impact à long terme du côté des artistes n’est pas simple à identifier ; il est avant tout lié au réseau et aux liens qui se créent lors des biennales. Au delà de la « vitrine », c’est l’occasion pour les artistes de repenser leur communauté, enjeu qui est revenu à maintes reprises lors de cette discussion. Il s’agit d’arrêter de penser le faire mais de faire.

En définitive cette table ronde a permis d’interroger quelques problématiques incontournables de la réactualisation de la Biennale de Montréal et de poser l’amorce des fondations nécessaires pour un pont entre les attentes du milieu et les promesses liées à celle-ci. La question de l’institutionnalisation de cet événement était fortement présente dans une assemblée où l’on peut regretter qu’aucun membre représentant le MACM (principal partenaire de la BNL MTL et de la BIAN) ne fût présent.

Il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer la pertinence de l’événement, mais bien plus que de pertinence c’est son importance et son rôle qu’il s’agira d’approfondir et de questionner par et pour la scène artistique de Montréal l’automne prochain. De plus, il restera à voir de quel type de biennale se dotera Montréal – une biennale institutionnelle, territoriale ou encore thématique ?

Une biennale est avant tout l’occasion de créer des transversalités, de réfléchir à des approches commissariales différentes. Dans le cas de Montréal, il semble que les relations croisées entre les types d’organismes (galeries, musées, centres d’exposition indépendants et bien sûr les centres d’artistes – spécificité de la scène artistique Montréalaise) soient des atouts à développer pour « questionner l’avenir ».

Aurélie Vandewynckele est commissaire d’exposition et auteure. Elle est diplômée de l’École Supérieure d’Art de Bordeaux (2011) et d’une Maitrise en Muséologie à l’UQAM (2014). Elle travaille régulièrement avec des artistes et a organisé plusieurs évènements à Montréal et Mexico.

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