Kapwani Kiwanga, Maji Maji - Jeu de Paume, Paris

Jeu de Paume
  • Pistolet, Collection d'Afrique orientale, Ethnologisches Museum, Berlin. photo : Kapwani Kiwanga
  • Balles, Collection d'Afrique orientale, Ethnologisches Museum, Berlin. photo : Kapwani Kiwanga
  • Calendrier, Collection d'Afrique orientale, Ethnologisches Museum, Berlin. photo : Kapwani Kiwanga
  • Vue de l'exposition Maji Maji, photo : © Vanessa Morisset
  • Vue de l'exposition Maji Maji, photo : © Vanessa Morisset

Kapwani Kiwanga, Maji Maji
Programmation Satellite 7, Jeu de Paume, du 3 juin au 21 septembre 2014

Un étrange lion en 3D, flou comme un fantôme, est la première image qui saute aux yeux lorsque l’on pénètre dans l'exposition Maji Maji de Kapwani Kiwanga, jeune artiste canadienne installée à Paris. Tiré d'un film américain de 1952 intitulé Bwana Devil, une fiction coloniale (inspirée de faits réels) autour de lions mangeurs d'hommes au Kenya, ce court extrait à peine mouvant, car projeté au ralenti, mène d'emblée aux questionnements chers à l'artiste et à Nataša Petrešin-Bachelez, commissaire de la programmation Satellite cette année.

Choisi comme thème fédérateur des quatre expositions organisées dans ce cadre, le rôle de l'empathie dans la vie et dans l'art, cette relation au monde qui prend la forme d'une « observation participative » et qui incarne la prédominance de la subjectivité, se manifeste dans Maji Maji par le désir d'aborder le réel à travers la constitution d'archives très personnelles. C'est bien sûr le cas du lion en 3D, convoqué en écho à un souvenir qui a conduit Kiwanga à enquêter sur la guerre Maji Maji en Tanzanie.

Comme elle le raconte dans le catalogue de l'exposition, véritable livre d'artiste articulant photos, récits et témoignages, lors d'un séjour en Afrique, son père l'avait mise en garde contre des lions réputés attaquer les hommes. Intriguée par ce phénomène, elle a découvert qu'il ne s'agissait pas seulement d'une rumeur : les lions avaient pris goût à la chair humaine en mangeant les cadavres des combattants de la guerre Maji Maji. Mais ce n'est pas tout. Ce fut l'une des premières rébellions anticoloniales sur le continent africain (1905-1907), commencée à l'instigation d'un chaman prétendant avoir le secret d'une potion magique qui protège des balles de fusil...

La vaste installation qu'est l'exposition donne à voir les recherches qui ont découlé de ces premiers éléments et qui contribuent à réécrire librement, dans l'espace et en images, ce moment d'histoire. Au centre de la salle principale, se dresse une étagère de stockage telle qu'on en voit dans les réserves des musées, structure au sens propre comme au figuré. Des objets et des images projetées se croisent et interagissent, entre autres un plant de ricin à la base de la potion magique du chaman, une pièce de théâtre écrite autour de ce personnage, des photos d'objets en provenance de Tanzanie conservés au musée ethnologique de Berlin et au Quai Branly, une image de termitière qui évoque la croyance selon laquelle un village en danger peut se protéger en se transformant en forteresse xylophage, des tissus imprimés avec pour motif l'œil du chaman.

En somme, l'installation de Kapwani Kiwanga suggère que la magie et le surnaturel sont au cœur de l'histoire, ce qui renvoie à certains de ses travaux inspirés de l'Afrofuturisme, notamment la performance Afrogalactica (qui sera présentée le 20 juin à la manifestation Paroles/Formes au Palais des beaux-arts, Paris).

Au delà de l'installation, une petite photo révèle le point d'eau où le chaman, à l'origine de la guerre Maji Maji, aurait trouvé son pouvoir. En faisant allusion au thème du baptême initiatique, si présent dans de nombreuses cultures, l'image rappelle combien toutes les sociétés humaines sont animées par ce qui les dépasse.

Vanessa Morisset est historienne de l'art, critique d'art et enseignante de culture générale à Paris. Elle collabore régulièrement à la revue esse arts + opinions.

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