Villa Stuck, Munich, Common Grounds

85
2015
Villa Stuck
  • Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, The Story of a Pyromaniac Photographer, 1997-2006. Photo : permission de Galerie In Situ Fabienne Leclerc, Paris, The Third Line, Dubai et CRG, New York
  • DAAR, The Red Castle and the Lawless Line, 2010. Photo : Amina Bech, permission de DAAR
  • Abbas Akhavan, Study for a Hanging Garden, 2014. Photo : Vipul Sangol, © Agraaj Group Art Prize

Common Grounds
Villa Stuck, Munich, du 12 février au 17 mai 2015

Le Moyen-Orient fait depuis longtemps l’objet d’une couverture médiatique soutenue qui amalgame par son esthétique de la dépêche les singularités culturelles qu’elle souhaite paradoxalement traduire. Sous le titre subtilement insolent de Common Grounds, la commissaire Verena Hein invite donc à repenser l’approche esthétique, sociale et politique de ce territoire coincé entre les généralités de l’information et sa réalité pour le moins fracturée. L’exposition rassemble ainsi une douzaine d’artistes d’origine moyen-orientale dont les diverses pratiques divergent, du sensationnalisme médiatique au drame biographique afin d’explorer les conditions de communication et d’échange culturel.

Common Grounds dévoile l’écho des tensions territoriales dans le discours et les images. Ainsi, avec The Story of a Pyromaniac Photographer, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige s’intéressent à la préservation historique et à la mémoire collective à travers la présentation du travail de Abdalah Farrah. Reconnu dans les années 60 pour ses photos touristiques de Beyrouth, Farrah entreprend, parallèlement à la guerre civile qui consume la ville, de bruler les négatifs des images qui ont fait sa gloire. Acte désespéré d’aligner l’image avec la réalité, les photos tirées de ces négatifs illustrent la perte d’une singularité. La destruction romantique de l’unique met un terme à la médiation frauduleuse d’un espace disparu pour la révélation d’une réalité autre et irrésolue. L’esthétique chaotique des images évoque violemment l’évolution tranquille et déterminée de la dislocation du territoire.

Les œuvres de Common Grounds intègrent toutes une part de narration, soit une certaine appropriation sensible du contenu, et au cœur de ces processus de communication elles remanient l’opposition classique de soi à l’autre, cet autre parfois extérieur, mais aussi intérieur au territoire. L’installation Lawless Lines (2010) du collectif DAAR (Decolonising Architecture Art Residency) rend avec acuité ces modalités politiques, culturelles et sociales de l’espace public. Évoquant la partition de la Palestine par des lignes rouges sur différents plans et cartes, DAAR confronte ce graphisme près de l’esthétique des avant-gardes aux récits des civils. Lawless Lines matérialise la mutation d’un fantasme de contrôle et de division en des frontières avérées. Le citoyen et l’espace public deviennent ainsi les outils d’une certaine déterritorialisation.

Common Grounds évite le sentimentalisme au profit d’une réflexion sur la segmentation et l’appropriation du territoire. Le singulier condense et résume le collectif avec une conscience quasi documentaire. Study for a Hanging Garden (2014) de Abbas Akhavan use de cette finesse scientifique pour illustrer crument les conditions du partage territorial et de la dissolution de l’évidence culturelle qui en découle. Des reproductions en bronze de plantes indigènes à la région circonscrite par l’Euphrate et le Tigre sont exposées semblables à des corps exhumés sur des draps de lin blanc. Tel un archéologue botaniste, Akhavan réinterprète la légende babylonienne de manière à révéler les fondements de l’écosystème identitaire d’un peuple. En somme, Common Grounds détermine moins un territoire qu’une sensibilité, soit un regard pluriel sur un espace et son peuple.

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