Vies performatives, Optica, Montréal

93
2018
Optica
  • Lisa Jackson Savage, 2009. Photo : permission de l’artiste, de Vtape et de Moving Images Distribution
  • May Truong, The Outsiders, 2016. Photo : Paul Litherland
  • Bertille Bak, Transports à dos d’hommes, 2012. Photo : Paul Litherland
  • Bertille Bak, Transports à dos d’hommes, 2012. Photo : Paul Litherland
  • Yoshua Okón, Pulpo [Poulpe], 2011. Photo : Paul Litherland
  • Helen Reed, Twin Twin Peaks, 2010. Photo : Paul Litherland
  • Helen Reed, Twin Twin Peaks, 2010. Photo : Paul Litherland

Vies performatives
Optica, Montréal, du 20 janvier au 17 mars 2018

Vies performatives explore la fluidité des frontières qui distinguent la fiction du document et du divertissement. La commissaire Zoë Chan rassemble à cet effet les œuvres vidéos de cinq artistes dont l’approche médiatique marque cette transcription spectaculaire de l’ordinaire. Outil familier de documentation, de distraction ou d’invention, la vidéo traverse les champs amateurs et professionnels de l’image. Elle incarne en ce sens une forme extraordinaire de banalité.

Chan se prête d’emblée à l’exercice performatif en intégrant à l’exposition son processus de recherche au moyen de chemises de classement réunissant entrevues, notes ou storyboard propres à chaque œuvre. Les documents lient l’exposition à son développement et s’inspirent directement de Twin Twin Peaks (2010) de Helen Reed, une reconstitution amateur d’un épisode de la légendaire série Twin Peaks. Joué et soutenu par un groupe de fans, le projet associe à l’esthétique Do It Yourself un enjeu communautaire. Reed expose en parallèle de la vidéo la documentation inhérente à sa production et révèle les réseaux d’entraide et d’échange qui ont mené à sa réalisation finale. Les entreprises volontaires de l’œuvre et du document manifestent ainsi la sincérité du jeu narratif.

Cette réalité qui se livre par le truchement fantaisiste de la fiction approfondit chez Lisa Jackson et May Truong une perspective plus dramatique. Savage (2009) de Jackson évoque le drame des pensionnats autochtones à travers la séparation traumatisante d’une mère et de sa fille. Les emprunts à la culture populaire recouvrent le récit réaliste d’une dimension psychotronique et soulignent l’importante dislocation identitaire suggérée par la figure du zombie. Les référents factuels et spectaculaires de Savage incarnent les glissements parfois déshumanisants de la traduction narrative du réel que The Outsiders (2016) tente justement de renverser. Truong reprend avec une distribution non professionnelle entièrement féminine et asiatique le populaire film de Francis Ford Coppola. La manœuvre exalte les enjeux humains du récit et affirme leur universalité. L’expérience des interprètes se fond dans celle des personnages de sorte que la fiction énonce la réalité.

La performativité quotidienne s’exprime avec éloquence dans Transports à dos d’hommes (2012) de Bertille Bak. L’artiste traduit par de brèves saynètes les défis et combats ordinaires des communautés roms basées en banlieue parisienne. L’approche romancée et anecdotique autorise un portait presque ludique de conditions de vie aussi singulières que précaires. Feint, le réel revêt une forme étrangement allégorique sondée notamment par Pulpo (2011) de Yoshua Okón. Des migrants guatémaltèques miment dans le stationnement d’un Home Depot les gestes qui ont marqué leur expérience de la guerre civile de 1990. Les clivages s’activant entre les vies jouées et celles que l’on observe se télescopent dans la brutalité tragicomique de la reconstitution. La simulation injecte au drame vécu une part calculée de ridicule, déjouant ainsi le manège de la dépersonnalisation au profit d’une conscience renouvelée de l’autre. Les stratégies déployées dans Vies performatives disposent en somme de ces chroniques humaines et de leurs contextes sociaux, économiques et culturels comme d’autant de modes d’expression que de rencontre.

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