Publication | Angela Grauerholz. The Inexhaustible Image… épuiser l’image

71
2013

Angela Grauerholz. 
The Inexhaustible Image… épuiser l’image
Martha Hanna, avec les contributions de Marnie Fleming et d’Olivier Asselin, Musée canadien de la photographie contemporaine, 2010, 240 p.

Voilà un ouvrage qui, sans qu’il se soit fait attendre, arrive fort à propos. Il faut dire en effet que le travail d’Angela Grauerholz, en dépit des récentes productions par lesquelles l’artiste a su actualiser sa pratique, est tombé dans une relative indifférence, par opposition à la visibilité dont il jouissait dans les années 1980-1990. Ce catalogue richement illustré, et l’importante exposition en solo présentée au Musée des beaux-arts du Canada à l’été 2010 dont il est le complément, a le mérite de raviver l’attention autour d’une pratique qui s’y révèle des plus fines et des plus pertinentes.
Née à Hambourg en Allemagne, Angela Grauerholz émigre au Canada en 1976 où elle fait des études en photographie à l’Université Concordia. Comme le rappelle Martha Hanna, dans l’essai qui ouvre le catalogue, le contexte est alors animé par les idées féministes et l’art conceptuel, deux champs que la pratique de Grauerholz fera se croiser, notamment, en 1984-1985, dans une série de portraits photographiques flous de femmes du milieu artistique. S’y manifeste, comme dans les images qui suivront, le désir de rompre avec le régime moderniste pour interroger plutôt la représentation elle-même et affirmer le regard d’un sujet féminin. Tout en évoquant les auteurs qui ont inspiré l’artiste – Walter Benjamin pour son « inconscient optique » et Craig Owens pour son livre On the Museum’s Ruins –, Hanna montre comment le travail de Grauerholz s’est redéfini à travers des stratégies et des thématiques relevant de la collection, de la muséification de la photographie et de l’archive.
Adoptant la formule du survol, laquelle n’est pas sans défaut, l’auteure s’attarde peu sur les œuvres, cherchant plutôt à baliser le parcours de l’artiste. Aussi, c’est plutôt l’essai de Marnie Fleming qui examine en profondeur comment les œuvres de Grauerholz ont posé la question de la muséification de la photographie, du passage de son statut d’archives à celui d’œuvre autonome. Bien que rigoureuse, cette démonstration révèle néanmoins ses limites, car il s’agit de la réédition d’un texte de 1995. Elle ne tient donc pas compte des plus récentes œuvres de l’artiste, ce que toutefois s’applique à faire Olivier Asselin dans le dernier essai de l’ouvrage, qui s’avère de loin le plus captivant du catalogue, à la fois par sa relecture de l’ensemble de l’œuvre et par l’éloquence de son écriture.
Repérant d’abord les liens entre l’autofiction et l’autocollection dont seraient faites les œuvres antérieures de Grauerholz, Asselin les retrouve ensuite sous forme de mise en abyme dans les productions récentes de l’artiste, dont une prend le Web comme site avec une base de données potentiellement infinie. Là, comme dans les œuvres précédentes, l’auteur constate une compulsion pour les archives et leur fabrication. Cette activité constituerait un mécanisme de défense reposant sur le travail de la mémoire. Une mémoire critique, conclut l’auteur, capable de résister à l’accélération du temps et de l’histoire caractéristique de notre époque.

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