A Study in Scarlet, Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris

94
2018
Le Plateau-FRAC Île-de-France
  • Vue d'exposition, Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris, 2018. Photo : Martin Argyroglo
  • Vue d'exposition, Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris, 2018. Photo : Martin Argyroglo
  • Vue d'exposition, Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris, 2018. Photo : Martin Argyroglo
  • Coup Transmissions, Jusqu'à la Balle Crystal, performance, 9e Biennale de Paris, 1975. Photo : © Cosey Fanni Tutti et Cabinet, Londres

A Study in Scarlet
Le Plateau-FRAC Île-de-France, Paris, du 17 mai au 22 juillet 2018

À l’initiative du commissaire d’exposition Gallien Déjean, le Plateau-FRAC Île-de-France propose une exposition très documentée autour d’artistes dont les recherches se sont orientées sur la représentation de la sexualité, dans des perspectives souvent féministes pro-sexe. Le point de départ de l’exposition s’incarne dans une figure majeure, celle de Cosey Fanni Tutti. Connue dans les cercles artistiques de par sa participation au groupe COUM Transmissions (1970-1976) puis dans le milieu musical par son engagement dans le groupe Throbbing Gristle (1976-1981), elle a également revendiqué une activité parallèle et assumée dans l’industrie pornographique, en tant que modèle.

L’exposition, sans doute un peu aride, présente nombre d’archives passionnantes autour des activités de COUM Transmissions, en s’articulant notamment autour de leur exposition Prostitution en 1976 à l’ICA à Londres. Le scandale de cet évènement culte est relaté à travers des documents variés : photographies, placards de tabloïdes, coupures de presse dénonçant les agissements du groupe d’artistes anglais, lettres accusatrices et autres droits de réponse. On découvre également que COUM Transmissions, loin d’être marginalisé dans le contexte artistique de l’époque, a participé à un festival Fluxus en Grande-Bretagne en 1972-1973, ou encore exposé à la Biennale de Paris en 1975 : Cosey Fanni Tutti y présentait une installation à partir de tampons usagés et de viande crue, le tout recouvert d’asticots.

Mais ce qui intrigue le plus, ce sont certainement les photographies pornographiques de Cosey Fanni Tutti, revendiquées par elle comme part intégrante de son travail artistique, découpées des magazines et encadrées avec soin. Des textes d’époque et récents viennent compléter la réflexion de l’artiste sur son engagement au sein de cette industrie : il ne s’agit d’ailleurs pas de la dévoyer ou de la corrompre de l’intérieur, mais plutôt de modifier le regard des spectateurs sur les femmes dont les images fantasmatiques font la une des magazines de charme. On découvre d’ailleurs des magazines dont les textes s’avèrent bien plus intéressants que les images, sources de fantasmes convenus et aujourd’hui ancrés dans une histoire datée, plongée dans l’univers kitch des années 1970. Précisons que l’exposition, avec son guide de visite didactique, échappe au voyeurisme ; les images sur papier glacé, bien qu’explicites, se révèlent des supports conceptuels au développement d’une réflexion sur les porn studies.

Si l’exposition parait nécessaire, tant elle évoque un pan de l’activisme mal connu en France, il n’en reste pas moins qu’elle soulève une foule d’interrogations. Pour plusieurs artistes, la diffusion de leurs œuvres se veut liée au contexte de création (Lynda Benglis et son godemiché dans Artforum, le disque vinyle Tales of Taboo de Karen Finley…) ; on peut se demander ce qu’amène la réification de certaines images, par exemple les tirages luxueux des photographies Instagram d’Amalia Ulman. La dénonciation du fétichisme institutionnel ne devient-elle pas une affèterie, voire un cache-sexe bien utile ? Dans tous les cas, on se prend à rêver une exposition plus dense, qui pourrait partir de représentations picturales — Betty Tompkins, Dorothy Iannone, Joan Semmel, pour en citer quelques-unes — ou de formes performatives comme chez Annie Sprinkle, qui viendraient élargir encore le propos en dépassant parfois le male gaze : bref, un propos féministe tout à fait assumé.

Numéro: 

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Encan


Informations



Contact

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598