Sayeh Sarfaraz

Dominique Sirois-Rouleau
  • Sayeh Sarfaraz, Étrange Dictature, vue d’exposition, MAI, Montréal, 2013. Photo : © Alexandru Argh
  • Sayeh Sarfaraz, Étrange Dictature, vue d’exposition, MAI, Montréal, 2013. Photo : © Alexandru Argh
  • Sayeh Sarfaraz, Étrange Dictature, détail, MAI, Montréal, 2013. Photo : © Paul Litherland
  • Sayeh Sarfaraz, Mémoire d’éléphant, détail, Galerie Antoine Ertaskiran, Montréal, 2012. Photo : © Rodrigo Perez Lozada
  • Sayeh Sarfaraz, Micropolitiques, vue d’exposition, Maison des arts de Laval, Laval, 2014. Photo : © Guy L’Heureux
  • Sayeh Sarfaraz, Au Pays des Mollahs, détail, Albareh Art Gallery, Bahrain, 2015. Photo : © Olivier Rioux
  • Sayeh Sarfaraz, Au Pays des Mollahs, détail, Albareh Art Gallery, Bahrain, 2015. Photo : © Olivier Rioux
  • Sayeh Sarfaraz, Au Pays des Mollahs, détail, Albareh Art Gallery, Bahrain, 2015. Photo : © Olivier Rioux
  • Sayeh Sarfaraz, Au Pays des Mollahs, détails, Albareh Art Gallery, Bahrain, 2015. Photos : © Olivier Rioux

Grave frivolité et impermanence des pouvoirs

Animé par l’injustice et la manipulation des plus fragiles, l’art de Sayeh Sarfaraz s’inscrit en réaction aux évènements politiques qui déchirent l’Iran et le Moyen-Orient. Les violences, l’angoisse et le doute s’y expriment par un vocabulaire visuel naïf et coloré. Les dessins et installations de Sarfaraz évoquent l’écart écrasant entre le pouvoir et le peuple en empruntant une forme légère, épurée et presque enfantine.

Son iconographie typique s’inspire de la culture perse, dont elle reprend et interprète les codes en regard de l’actualité. Sarfaraz amalgame ainsi les jouets contemporains, les couleurs vives et les formes pures aux émotions obscures et aux assauts furieux. Ce décalage tragique entre la forme et le fond permet une analyse pointue du jeu politique et de ses conséquences humaines. En effet, l’artiste explore avec acuité la frontière insolite du ludique et de la brutalité et saisit sous de fausses allures de récréation l’ambigüité innommable de la frénésie idéologique.

La pratique de Sarfaraz navigue entre la mémoire et les faits. Les fragments narratifs alimentent une perspective artificiellement objective. Ses représentations s’apparentent à des saynètes dont la composition quasi générique expose l’impitoyable absurdité du récit illustré. À l’aide de points de vue souvent rapprochés, les œuvres donnent la parole aux voix étouffées par la peur et la servitude. Les références à l’exil de l’artiste sont à ce titre plutôt pudiques et permettent en ce sens la cohabitation sans faille des univers réels et symboliques.

Les différents projets façonnent un monde cohérent et sensible aussi conçu comme un appel à la liberté. Les œuvres picturales et les installations suscitent une certaine empathie par leur mise en scène et les jeux de proportions. Les fanfaronnades colorées de mollahs comme les colonnes anonymes de têtes LEGO engagent de là un subtil transfert de pouvoir. Saugrenues, mais loin d’être banalisées, la fureur et l’horreur apparaissent faillibles et précaires. Le manège du ludisme se présente ainsi comme un agent critique, mais surtout un rempart à l’obédience. Le travail de Sarfaraz marque une brèche dans la permanence factice du pouvoir et amorce en ces termes le récit d’une parole à recouvrer.

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