Sarah Sense

Anne-Marie Dubois
  • Sarah Sense, Weaving the Americas, Azul, 2011. Photo : permission de l’artiste
  • Sarah Sense, Weaving the Bayou 1, 2013. Photo : permission de l’artiste
  • Sarah Sense, Weaving Water 6, 2013. Photo : permission de l’artiste
  • Sarah Sense, Irish Choctaw Relation 7, 2015. Photo : permission de l’artiste
  • Sarah Sense, Irish Choctaw Relation 4, 2015. Photo : permission de l’artiste

Véritable métissage des genres, le travail de Sarah Sense combine la photographie contemporaine et l’artisanat afin de produire des œuvres hybrides empruntant à la fois au vocabulaire iconographique autochtone et au genre du paysage. D’origine chitimacha (Louisiane) et choctaw (Oklahoma), l’artiste réactive des techniques de tissage traditionnellement liées à la fabrication de paniers chitimachas, intégrant leur qualité décorative à un esthétisme photographique qui n’est pas sans évoquer la vision romantique des peintres paysagistes de la Hudson River School.

Indissociable des Premières Nations et sédimenté par des croyances animistes en symbiose avec la nature, le paysage est une partie intégrante de la culture amérindienne et l’un des motifs récurrents dans la production de Sense. Dans les séries Weaving the Americas (2011) et Weaving Water (2013), réalisées à la suite d’un voyage à travers les Amériques, l’artiste proposait déjà de mettre en exergue la relation des peuples autochtones avec le territoire, le paysage étant intimement lié à la notion d’identité. Ces deux concepts sont mis en scène dans la série Choctaw Irish Relation (2015) qui entrelace l’essence des bayous– ces étendues marécageuses typiques de la Louisiane jadis habitées par le peuple choctaw (bayou signifiant d’ailleurs « petite rivière » en choctaw) – et les paysages bucoliques irlandais où Sense habite actuellement. Retranscrivant sur les photographies le récit autobiographique légué par sa grand-mère choctaw, l’artiste retrace la vie de son aïeule, un hommage à ses origines autochtones conjugué au présent. Quoique fragmentés, les écrits remémorent ainsi un évènement singulier s’étant déroulé dans les années 1840 : alors que culminait la Grande Famine en Irlande et moins de 20 ans après sa déportation sur la Piste des larmes, la communauté choctaw aurait amassé plus de 20 000 dollars destinés à venir en aide aux familles irlandaises. Cette solidarité qui transcende les frontières, l’artiste en perçoit aujourd’hui encore les échos dans son pays d’adoption.

Sans être explicitement politique, le travail de Sense permet non seulement de renouer avec un art vernaculaire acculturé par le colonialisme européen et étasunien, mais également d’imbriquer contemporanéité et folklore. Loin de rendre sibylline la lecture de l’œuvre, au demeurant assez minimaliste, le chevauchement des récits multiples encourage une conception plurielle et actuelle de l’autochtonie et des pratiques artistiques qui l’accompagnent.

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