Richard Deschênes, Galerie B-312, Montréal

Galerie B-312
  • Vue d'exposition, série Nanostructures sur un textile de coton, Galerie B-312, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Nanostructures sur un textile de coton (élément 3), 2016-2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Vue d'exposition, Matrice 1, 2, 3, Galerie B-312, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Matrice 2, 2016-2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Vue d'exposition, Le poids du noir, Galerie B-312, Montréal, 2018. Photo : Guy L’Heureux
  • Le poids du noir 2, 2017. Photo : Guy L’Heureux
  • Ordre récurrent dans l'utilisation des 26 lettres de l'alphabet (français), 2017. Photo : Guy L’Heureux
  • Identification 1, 2, 2018. Photo : Guy L’Heureux

Richard Deschênes – Les Atomistes
Galerie B-312, du 10 mai au 16 juin 2018

En référence à une théorie physique et philosophique de l’univers, Les atomistes de Richard Deschênes annonce une réflexion sur la matière, le vide et leur substance. Le jeu de transformation de l’image qui distingue la démarche de l’artiste trouve effectivement un écho intrigant dans cette théorie intégrant le non-être et l’inertie à son interprétation de l’existence et du vivant. Les stratégies de représentation et de transposition de Deschênes semblent alors matérialiser cette conception de l’univers comme une entité insécable mais fuyante.

Dominant l’espace, la série Nanostructures sur textile de coton (2016-18) représente au pastel et au gesso l’agrandissement d’une nanostructure de coton autonettoyant. L’image tirée d’un magazine scientifique illustre la transformation de la matière organique par l’ajout de nanoparticules d’argent. Retravaillées et fractionnées en douze tableaux noir et blanc, les fibres de coton prennent l’allure d’une forêt dense et touffue. Deschênes reproduit toutefois les indications paramétriques intégrées à la photographie source de sorte que l’infiniment petit ne s’efface jamais entièrement.

Les tableaux étonnent par la disparité des textures réelles et représentées. Le grain quasi pixellisé de l’image est rendu par une composition matte et lisse. Le décalque délicat des tons plus clairs sur le fond noir ne démontre aucune trace éloquente de l’artiste accentuant ainsi la dissolution du contenu dans sa représentation. En effet, le sujet s’évanouit à travers les manipulations d’échelle qui en exaltent la forme et la texture. Le substrat végétal se mue en une hypnotisante étude tonale. La séquence de tableaux de formats variés rejoue par ailleurs les modulations du zoom sur l’image. Si bien, qu’elle accomplit autant cette abstraction du sujet que la dépersonnalisation de la représentation.

Présentée sur le mur opposé, la série Matrice (2016-18) enrichit la feinte figurative de  Nanostructures sur textile de coton d’une perspective temporelle. Les papiers Vélin réfèrent directement aux lents processus de création de Deschênes dont ils dévoilent la patiente et rigoureuse minutie. Utilisées comme calques, les matrices manifestent d’une part le passage du dessin à la peinture et multiplient, d’autre part, les faces de la représentation. Le transfert de matière favorise un déploiement conséquent de l’image sur les recto et verso du papier. Si le pastel blanc donne au dessin une aura fantomatique, les traits rouges dépeignent quant à eux une certaine topographie du geste.

Richard Deschênes inscrit la dislocation du sujet et de la représentation dans l’épreuve du temps de production et de contemplation. Ordre récurrent dans l’utilisation des 26 lettres de l’alphabet (français) (2017) traduit avec une pointe d’humour cet exercice de durée. Tel que son titre l’indique, l’œuvre présente à la façon d’un stencil l’alphabet ordonné d’après le taux d’usage des lettres. Les contours fins au fusain dessinent ainsi un portrait conceptuel de la langue française. À l’instar de la démarche de l’artiste, le temps est à la fois outil et moteur de l’œuvre. Il justifie la succession des lettres et dote ces usages linguistiques d’une valeur presque rituelle.

Les atomistes incite à une vigilance à l’égard des détails, exprimée notamment par Le poids du noir (2017) et Identification (2018). Magnifiés par leur encadrement traditionnel, ces objets trouvés réfèrent à une esthétique industrielle de même qu’à l’univers noir et blanc de l’exposition. Le carton découpé et le papier Letraset condensent ainsi la pratique de Deschênes. Le travail complexe et précis de l’artiste s’organise autour d’objets et de documents éclectiques. Cette matière première au jeu appliqué de décomposition, déduction et révélation rappelle que l’expérience du monde nécessite une durée d’attention cohérente. Les atomistes oblitère toute distraction négligente et offre en ce sens un regard renouvelé sur la banalité comme source d’entendement.

Publié le 21 juin 2018.

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