Savoir-Faire

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2012

Dossier : Récemment, la question des « savoir-faire », des « habiletés » et des « techniques » a été remise à jour par le discours artistique. De nombreuses pratiques revisitent le secteur des arts appliqués (céramique, textile, verre, etc.) et transgressent les frontières entre l’artisanat, le design et l’art contemporain, renversant du même coup les valeurs normatives associées à ces catégories hiérarchiques. Avec l’exploration des médiums traditionnels et la revalorisation de l’objet « bien fait » viennent d’importantes transformations qu’il s’agit d’interroger dans ce dossier. Articles hors dossier : L’exposition collective My Winnipeg, l’exposition Un X Deux de Jean-Jacques Dumont et Christian Globensky, la série Fondations : hautes et basses œuvres de Jocelyn Jean et un hommage à Mathieu Lefèvre (1981-2011).

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  • ÉDITO
    Éloge de la virtuosité ?
    SYLVETTE BABIN

    SAVOIR-FAIRE  

    Requalification : la réhabilitation des habiletés
    À la fin du siècle dernier, la pratique postatelier (le post-studio art) a transformé l’art en achevant le lent mouvement de déqualification (deskilling) des pratiques artistiques en atelier amorcé à l’ère industrielle. Avec la déqualification, l’atelier est devenu synonyme d’ennui et de manque de rigueur intellectuelle, et en dépit des sympathies socialistes de l’avant garde, la déqualification a consommé l’écart entre la modernité et le travail. L’article est un point de vue personnel sur certaines positions et certains présupposés associés aux idées de déqualification et de requalification (deskilling et reskilling), une critique qui s’inspire à la fois de la pratique de l’artiste en atelier et de ses recherches universitaires.

    LUANNE MARTINEAU

    Technique et tradition sens dessus dessous [Lynne Cohen, Nelson Henricks, Chris Kline, Yam Lau, Lani Maestro]
    Cet article explore le thème des transformations en abordant la question de l’artisanat, de la technique et de la tradition dans le milieu de l’art contemporain. On y explore aussi le concept du « bien fait » en tant que critère de valeur pour les œuvres d’art. L’auteur illustre son propos en se penchant sur cinq expositions montréalaises récemment présentées par des artistes qui entremêlent les exigences apparemment contradictoires de la mémoire et de l’innovation, en investissant l’imprévisible et le vide à la fois comme but et comme pratique artistique.

    STEPHEN HORNE

    Manipuler les paradoxes techniques et théoriques du moulage [Valérie Blass, Chloé Desjardins, Rachel Whiteread]
    Cet article se penche sur le statut particulier du moulage, un savoir faire technique qui fait l’objet aujourd’hui d’une double revalorisation : dans les pratiques artistiques et dans la théorie. L’auteure remet en question le paradigme anthropologique de l’empreinte élaboré par l’historien de l’art Georges Didi-Huberman en montrant qu’il ne suffit pas pour rendre compte du travail diversifié des artistes actuels. Dans ce contexte, elle examine le travail de trois praticiennes du moulage dont les œuvres échappent au discours mélancolique de l’empreinte : Rachel Whiteread, Valérie Blass et Chloé Desjardins. L’analyse se concentre principalement sur la production de cette dernière.

    KATRIE CHAGNON

    Savoir-faire : interventions actuelles sur un objet de porcelaine traditionnel [Shary Boyle, Laurent Craste, Brendan Lee Satish Tang]
    Ce texte propose d’interroger le remploi de la technique artisanale de l’objet de porcelaine dans la pratique actuelle des artistes Shary Boyle, Laurent Craste et Brendan Lee Satish Tang. Tout en respectant le processus technique qu’impose la fabrication de porcelaine, les œuvres de ces trois artistes se distinguent pourtant de l’objet traditionnel. Par l’altération de la présentation matérielle et du vocabulaire iconographique réservés à l’objet décoratif, les artistes défigurent une tradition dans laquelle ils s’inscrivent, et révèlent ainsi la portée critique et heuristique de l’œuvre.

    DOMINIQUE ALLARD

    Dé-concevoir : Serge Murphy, l’architecture et le temps ressenti
    Cet article analyse l’exposition La forme des jours de Serge Murphy, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal du 22 juin au 2 octobre 2011. En retranchant des objets du quotidien leur valeur utilitaire, Murphy se trouve à les « dé concevoir » pour mieux examiner les rapports entre décoration, déchets, surplus et espace moderne intérieur. Disposés de façon dense et linéaire, ses bas reliefs deviennent aussi des moyens d’explorer les liens entre le temps représenté comme une progression linéaire et ses qualités hétérogènes, rythmiques et ressenties.

    EMILY ROSAMOND

    Quand l’estomac est plein, le cerveau commence à réfléchir: artisanat et critique dans l’œuvre de Daniel Halter
    L’artiste zimbabwéen Daniel Halter se tourne vers la fabrication artisanale d’objets décoratifs pour mettre en question l’expropriation et l’inflation dont son pays est la proie depuis que Robert Mugabe est au pouvoir. En me référant au discours de Walter Benjamin sur l’haussmannisation, je soutiens ici que le fait pour Halter de se tourner vers la production de tels objets a pour effet de préserver la trace du travail et de la valeur dans l’économie dévaluée du Zimbabwe. Ce faisant, le travail de Halter soulève également la question des relations qui unissent l’Europe et l’Afrique par l’intermédiaire des objets d’artisanat jetables, et souligne la consommativité du capitalisme occidental ainsi que le problème d’accès à la propriété terrienne au Zimbabwe.

    ANDREW HENNLICH

    ARTICLES

    My Winnipeg
    L’exposition My Winnipeg, présentée à la maison rouge, nous propose de découvrir la scène artistique d’une ville hantée par un sombre mal-être teinté de mélancolie dépressive. Le voyage dans l’imaginaire winnipegois est l’occasion de présenter des artistes qui accordent une place importante à la dimension collective de la production artistique. La construction de l’identité artistique passe ici par l’appropriation d’un territoire et d’une spatialité commune. L’isolement relatif de Winnipeg, l’absence de rivalité entre les artistes, la reconnaissance d’influences locales communes concourent à une véritable émulation.

    NATHALIE DESMET

    Boîte à outils conceptuels à usage citoyen [Jean-Jacques Dumont, Christian Globensky]
    Partant de l’idée que la pratique de l’objet et de l’installation permet d’explorer et d’interroger l’exercice de la liberté individuelle confrontée aux systèmes de représentation et de communication à travers de multiples dysfonctionnements usuels, Jean-Jacques Dumont et Christian Globensky s’associent au sein de l’exposition Un X Deux pour développer une « boîte à outils conceptuels à usage citoyen ». Se fondant sur un programme subtil de redétermination du sens, ils détournent et défonctionnalisent l’usage commun d’objets du quotidien (poignée, niveau, serre-joint, marteau, tableau papier, paquet de cigarettes…) en faveur d’un imaginaire critique.

    PERIN EMEL YAVUZ

    Jocelyn Jean, Fondations : hautes et basses œuvres
    L’exposition récente de Jocelyn Jean à la Galerie Graff regroupait un étonnant ensemble de petites gouaches ciselées comme des miniatures. Jamais cet artiste, qui travaille la peinture et le dessin depuis la fin des années 1970, n’avait peint d’aussi fins motifs. Dans chaque œuvre, une minuscule figure géométrique, placée au centre d’un grand papier blanc, présente une perspective ambigüe ou réversible. Invitation irrésistible à une sorte de jeu à la fois perceptuel et conceptuel, ces images sollicitent subtilement l’œil et l’esprit.

    JOCELYNE LUPIEN

    Mathieu Lefèvre, 1981-2011
    Le 18 octobre dernier, l’artiste canadien Mathieu Lefèvre perdait la vie dans un tragique accident de circulation au cœur de Brooklyn, là où il vivait et exerçait son métier d’artiste depuis plus d’un an. Intarissable réservoir à idées, créateur irrévérencieux et drôle, Mathieu était sans contredit l’un des artistes les plus prometteurs de la relève canadienne. Il avait 30 ans. Ce texte en forme d’hommage posthume tentera de revenir sur son œuvre.

    FABIEN LOSZACH

    RÉSIDENCE ÉCRIRE SUR L’ART SONORE

    I am walking in a Room Art sonore et dévoilement
    Le concept d’art sonore est examiné à partir de la thèse de Heidegger sur la technologie et le « dévoilement ». L’auteur présente des cas, les commente et les accompagne d’un choix de citations glanées au cours d’entrevues. Le concept d’« art sonore » est exploré dans son hétérogénéité, qui n’offre comme ressources explicatives que des exemples multiples et divergents – ce qui complique singulièrement les tentatives de tracer des démarcations du point de vue de la forme. La notion de dévoilement ouvre sur un lieu où les discussions au sujet de ce que différentes pièces font en réalité peuvent rejoindre certaines questions de typologie plus vastes.

    OWEN CHAPMAN

    AFFAIRE DE ZOUAVE
    Sans-dessein comme sans destin
    MICHEL F. CÔTÉ

    COMPTES RENDUS
    Val-de-Marne | MAC/VAL, Spectacles + Problèmes par Marie-Eve Beaupré

    Lyon | 11e Biennale de Lyon par Vanessa Morisset

    Toronto | Justina M. Barnicke Gallery, Models for Talking Part par Gabrielle Moser

    Toronto | Nuit Blanche, You had to go looking for it par Gabrielle Moser

    Bordeaux | eponyme galerie, Light my fiction par Stéphanie Dauget

    Paris | Centquatre, Jeune Création 2011 par Nathalie Desmet

    Toronto | The Power Plant, Albatross Omnibus par Kathleen Ritter

    Londres | The Bristish Museum, The Tomb of the Unknown Craftsman par Martine Rouleau

    Publication | Lucidités. Vues de l’intérieur par Katrie Chagnon

    Publication | La Triennale québécoise 2011. Le travail qui nous attend par Dominique Allard

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