Publication | Edmund Alleyn Indigo sur tous les tons

59
2014

Jocelyn Jean, Gilles Lapointe et Ginette Michaud, Edmund Alleyn Indigo sur tous les tons, Outremont (Québec), les éditions du passage, 2005.

L’histoire de l’art québécois est ainsi écrite qu’il y a encore aujourd’hui de grandes périodes mal documentées ou encore pour lesquelles la documentation reste fragmentaire. Certaines figures emblématiques se sont imposées (Borduas, Riopelle, Pellan, Lemieux, etc.) autour desquelles s’est cristallisée une mise en récit fortement teintée par les problématiques soulevées par les œuvres de ces artistes phares. Dans ce contexte, de nombreux autres protagonistes ont difficilement trouvé leur place et se sont vus relégués dans les marges de cette histoire, comme ce fut le cas pour Edmund Alleyn.

Si l’ouvrage paru aux éditions du passage ne prétend pas le réinscrire dans l’histoire, il se veut néanmoins un véritable effort pour souligner la richesse et la diversité de la production de l’artiste décédé en décembre 2004. À première vue, le livre semble se présenter comme une suite d’hommages ou de témoignages racontant le plus souvent sous la forme d’anecdotes, la rencontre de différentes personnes avec l’œuvre ou encore avec l’artiste lui-même. Mais à la lecture, on constate que se construit peu à peu, à travers ces récits, un portrait complexe de l’artiste qu’enrichit admirablement la documentation photographique. De plus, d’autres textes, ceux de Ginette Michaud, de Jacques La Mothe, d’Olivier Asselin ou de Georges Leroux, par exemple, proposent des lectures critiques de la démarche de l’artiste ou des analyses de l’œuvre. Enfin, les auteurs ont eu la belle idée de rassembler sous la forme d’un petit carnet noir une sélection de notes et de textes d’allocutions de l’artiste, ce qui donne l’impression de pénétrer au cœur de sa pensée, où l’on croise de belles images, telle celle-ci : «  [...] un artiste, c’est quelqu’un qui passe sa vie à s’endetter... intellectuellement.  »

Sur le plan de l’iconographie, le choix des œuvres et la qualité des reproductions permettent d’apprécier assez justement la production protéiforme d’Alleyn. L’ouvrage est accompagné d’un DVD sur lequel on retrouve un court entretien entre l’artiste et sa fille, la cinéaste Jennifer Alleyn, et un court documentaire de Charles Chaboud sur la présentation de L’Introscaphe à Paris au mois d’octobre 1970, qui permet au lecteur de se faire une idée plus précise du fonctionnement de cette œuvre importante et de vivre un peu l’expérience de cette immersion en regardant les images diffusées dans l’œuvre, ce qui n’était pas possible lors de l’exposition de cette fabuleuse sculpture habitacle plurisensorielle en 1999 au Mac dans le cadre de Déclics Art et Société.

Une bibliographie très complète et une chronologie seront d’une grande utilité pour les chercheurs qui voudront bien tenter de cerner le travail de celui qui écrivait : «  D’emblée, je voudrais affirmer que je ne suis pas intéressé à faire partie d’un mouvement bien défini en histoire de l’art – la théorie m’intéresse peu.  » En ce sens, on ne peut qu’attendre impatiemment l’essai que prépare Gilles Lapointe sur l’artiste et espérer que cet ouvrage marque le début d’une véritable inscription de Alleyn dans l’histoire de l’art québécois.

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