Publication | Les Machines dans la tête

86
2016

Les Machines dans la tête, Anne Cauquelin
Paris, PUF, 2015, 229 p.

Que se trame-t-il dans nos têtes lorsque s’élabore une théorie ? Répondant à un ami qui lui demandait en quoi consistait une conférence à venir, Anne Cauquelin réalise soudain qu’elle est en train d’en décrire le contenu comme s’il s’agissait d’une « machine ». À partir de cette pensée fortuite, elle décide d’enquêter. Dans la petite mécanique qui se met en place, parfois à son insu, plusieurs éléments que l’on trouve déjà dans la pensée présocratique apparaissent d’emblée : les fragments que la théorie assemble pour parvenir à faire un tout, les enchainements qui les lient, les savoirs multiples qui permettent de les sélectionner. Ses machines théoriques ne sont cependant pas des produits finis : elles ont la particularité de se réadapter à chaque commentaire ou interprétation et appartiennent donc de fait à un monde de machines possibles qui dépend d’un réservoir de fragments et d’enchainements communs. Prenant l’exemple de la « machine théorique » de la postmodernité, l’auteure pense que celle-ci mériterait d’être analysée, non seulement dans la rupture avec les « grands récits », mais davantage dans sa continuité avec ceux-ci, dans les rapports qu’elle entretient avec eux. « Il y a bien, malgré l’obsolescence affichée, et sous les activités visibles des paradigmes postmodernes, une activité théorique à demi voilée et qui fonctionne à couvert d’ignorance que j’appelle “machine dans la tête”. » Finalement, ce sont surtout les restes qui intéressent Cauquelin, les scories que les grandes théories laissent de côté.

Fusion de l’idéologie et du système, les mêmes machines tournent sur plusieurs temporalités. Même si un temps de reconstruction (reenactment, retour, restitution...) semble s’imposer aujourd’hui après des périodes de déconstruction (dé-définition, différence, dissolution...), les restes d’une théorie plus ancienne sont toujours présents dans une sorte de mémoire souterraine et susceptibles de « renaitre » à tout moment. Le temps le plus pertinent des machines théoriques actuelles serait peut-être ainsi le futur antérieur. Un écueil subsiste cependant pour l’auteure : le risque de construire un avenir déjà passé, sous forme de ruines du futur.

Ce livre, agrémenté de souvenirs personnels, s’appréhende comme un retour sur la propre production théorique de l’auteure. Dans une approche pragmatique, l’élaboration de cette production s’est appuyée sur des « machines concrètes » qui ne cessent de communiquer avec la théorie : la machine paysage, les machines des territoires de l’art... On retrouve ainsi les thèmes chers à l’auteure qui font la spécificité de sa pensée : la philosophie grecque, le paysage, l’art contemporain, la doxa, les théories de la communication ou encore les mondes possibles. Sa théorie n’est pas le simple effet d’une observation : elle reste liée à des objets concrets, fruits de l’expérience. L’ouvrage peut aussi se lire comme une méthode, voire une mise en garde, à l’usage des apprentis théoriciens.

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