Publication | Babe

90
2017
  • Babe, couverture, 2015. Photo : permission de Prestel
  • Rachel Louise Hodgson, Girl and two heads, 2014. Photo : © Rachel Hodgson
  • Claire Milbrath, de la série Casual Encounters, 2014. Photo : © Claire Milbrath

Petra Collins (dir.), Babe
New York, Prestel, 2015, 176 p.

Pour une femme, faut-il être nue pour entrer au Metropolitan Museum ? La célèbre question lancée par les activistes des Guerrilla Girls se pose encore aujourd’hui. Créée en 2010 par la photographe et plasticienne Petra Collins, The Ardorous est une plateforme en ligne destinée à offrir une visibilité internationale au travail de jeunes femmes artistes. Babe, ouvrage publié en 2015, apparait comme un premier bilan de cette aventure, où la réflexion sur l’identité féminine et la sexualité est centrale. Suffit-il de rassembler des femmes artistes et de s’insurger contre un monde de l’art dominé par les hommes pour faire un recueil d’œuvres féministes ? Avec sa couverture rose clair gravée de signatures blanches parfois illisibles, parfois reconnaissables (Brigitte Geijer, Joana Avillez, Jeanette Hayes, Grace Miceli, Minna Giligan…), Babe affiche une esthétique girly. À l’intérieur, du jaune poussin, du mauve tendre, des photos montrant pour la plupart des corps de nymphettes à peine pubères. A-t-on affaire à un ouvrage superficiel ou discrètement pédophile ? Beaucoup des œuvres présentées rejoignent une tendance associée à diverses formes de kitch, particulièrement les photographies de Britte Geijer et d’Arvida Byström ou les collages de Minna Gilligan. Babe serait donc un ouvrage kitch ascendant Lolita, Seapunk, ou Babydoll.

La pornographie circule désormais surtout en ligne, allant de l’égoportrait au SMS, en passant par la capture d’écran et la recherche Google. En parcourant Babe, on oscille entre le sentiment que les images, pour la plupart, « retournent » quelque chose – que les artistes se réapproprient les outils de leur génération (Babe se présente comme un ouvrage de la jeunesse) pour arriver à une forme d’empowerment –, et l’impression qu’il s’agit du produit d’un capitalisme outrancier où des gamines font semblant d’être des néoféministes pro-sexe pour intégrer un marché, que leur univers sent bien plus le coup de force sur Instagram que la rébellion politique. Suis-je conforme à ce qui serait digne d’être aimé ? Les jeunes filles réalisant des selfies, immortalisées par Petra Collins, expriment le besoin de se construire une identité socialement valorisé. Le travail de Petra Collins témoigne-t-il d’une ambition documentaire plus qu’il ne participe à la création d’une identité féminine ? N’oublions pas que la photographe est très active dans le monde de la mode et que ses clichés sont souvent publiés dans le magazine français Jalouse. Quoi de plus injonctif qu’un magazine de mode féminin ?

On en vient à douter que la subversion soit facile à définir, que l’ennemi à combattre soit facile à identifier. Michel Foucault, dans son Histoire de la sexualité, rompt avec l’idée d’un pouvoir unitaire contre lequel il serait simple de se positionner en rebelle. Selon « l’hypothèse répressive » qu’il propose, le discours de la libération et celui de la répression appartiennent souvent au même ordre fallacieux. Le monde est aujourd’hui composé de micropouvoirs agissant dans une société mondialisée, rhizomatique, multiple…

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