Publication | Auto/Pathographies, Tamar Tembeck

83
2015

Auto/Pathographies
Tamar Tembeck (dir.), Alma, Sagamie édition d’art, 2014, 114 p. [publication bilingue]

Avec l'avènement récent de la télé réalité et des médias sociaux, qui participent à la mise en scène de soi et à l'exposition de l'intime, la diffusion d'images de personnes malades ne se trouve plus uniquement cantonnée à la sphère médicale. Mais certes plus libre et abondante, cette diffusion d'images, qui dédramatisent (et peut-être banalisent) certaines expériences liées à la maladie, se trouve largement ancrée dans une « rhétorique de survie », évacuant l'idée de la finitude et du sujet mourant. Faisant suite à une exposition de groupe sur le thème de la maladie et de la mort, présentée au Kunstpavillon d'Innsbruck à l'été 2009 puis à Oboro à Montréal à l'automne 2012, l'ouvrage Auto/Pathographies de la commissaire Tamar Tembeck propose une réflexion critique sur les défis de représenter la maladie. Le livre, qui documente le projet d'exposition, ne présente pas de façon systématique toutes les œuvres exposées, mais aborde plutôt de façon sensible les enjeux esthétiques et éthiques liés à l'auto/pathographie, un sous-genre de l'autobiographie dans lequel « l'histoire du sujet est centrée sur l'expérience de la maladie ». L'ouvrage démontre ainsi comment les pratiques performatives et visuelles de nature auto/pathographique, qui invitent à une contemplation lente, contribuent à produire un discours positif sur la maladie et l'approche de la mort. Situant le sujet dans une perspective historique et culturelle, le texte de Tembeck expose à cet effet avec éloquence comment les « artistes-patients » développent à travers leur pratique un « sentiment d'empowerment » qui révoque « le sentiment de "rupture biographique" provoqué par un diagnostic ».

Trois textes du catalogue abordent plus spécifiquement le caractère intersubjectif de la représentation auto/pathographique dans laquelle des soignants, des proches ou des artistes collaborateurs participent fréquemment à la réalisation des œuvres et au récit personnel de l'artiste atteint par la maladie. « Love/Sick : un dialogue » d'Angela Ellsworth et Tina Takemoto est particulièrement instructif à cet égard. Il revisite de façon intimiste la démarche dans laquelle les deux artistes, œuvrant en duo sous le nom de Her/She Senses, s'étaient engagées à la suite du diagnostic de cancer d'Ellsworth, concentrant l'ensemble de leurs projets performatifs et photographiques autour de cette maladie. Après la rémission complète d'Ellsworth, Takemoto, visiblement désœuvrée, a posé un geste désespéré d'automutilation que les deux artistes tentent d'élucider à travers leur dialogue. Le « caractère insaisissable » de ce geste témoignerait à postériori de la « difficulté de répondre à l'éventualité de la mort ». Une éventualité qu'a cherché directement à apprivoiser Jo Spence avec The Final Project (1991-1992), son ultime projet avant son décès, sur lequel Terry Dennett, commissaire de la Jo Spence Memorial Archive, revient à travers son essai.

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