Printemps de l’art contemporain, Marseille

Ni, Astérides, Fonds Régional d’Art Contemporain, MUCEM, Musée d'art contemporain de Marseille, M-ARCO, Friche Belle de Mai, Galerie Gourvennec Ogor, American Gallery, Musée Cantini, Château de Servières
  • Cody Choi, The Thinker December #3, 1996. Photo : permission de Marseille Expos
  • Louise Hervé et Chloé Maillet, Spectacles sans objets, capture vidéo. Photo : permission de Marseille Expos
  • Anne-Valérie Gasc, Les larmes du Prince - Glas, détail. Photo : © Anne-Valérie Gasc, permission de Marseille Expos
  • Cari Gonzalez-Casanova, Home Guard Manual of Camouflage, détail, 2016. Photo : permission de Marseille Expos
  • Thomas Teurlai, Bullroarer. Photo : permission de Marseille Expos

Printemps de l’art contemporain, Marseille, du 5 au 28 mai 2016

Le Printemps de l’art contemporain (PAC) permet encore cette année de mesurer le dynamisme et l’étendue de la scène marseillaise. Ce rendez-vous unique regroupe trente-sept lieux allant des plus grandes institutions de la ville aux plus petites structures associatives. Le PAC permet aussi bien d’aller à la rencontre de structures de soutien de la création émergente, comme l’atelier de production Ni ou l’association Astérides, que de visiter les grandes institutions de la ville, comme le Fonds Régional d’Art Contemporain, le Musée d’Art Contemporain ou le MUCEM, entré dans le réseau récemment. Bien que proposant une exposition intéressante autour de Jean Genet, celui-ci a raté son rendez-vous avec l’art contemporain cette année. La profusion de l’offre et la diversité des moyens donnent inévitablement lieu à une forte disparité dans la qualité des propositions. L’ampleur de la tâche consistant à fédérer près de quarante structures étant telle, que le Printemps a préféré cette année s’associer aux festivités de l’année France-Corée, plutôt que de confier le programme à un commissaire général.

Le Musée d’Art Contemporain (MAC) a joué le jeu avec une exposition des travaux de Cody Choi. Culture Cuts reprend le parcours de cet artiste coréen, immigré aux Etats-Unis au début des années 1980, étudiant de Mike Kelley, méconnu en France, qui mérite assurément une meilleure considération. Son œuvre se déploie autour d’un va-et-vient entre les questions d’assimilations et de rejets culturels dans lequel son corps et sa tuyauterie digestive lui sert de métaphore dans une perspective anthropophagique assez proche des théories d’Oswald de Andrade.

Un autre point notable du Printemps cette année est relatif à la visibilité donnée aux collections privées qui participent au dynamisme de la scène marseillaise. Le fonds de dotation M-ARCO montre par exemple une exposition importante de travaux de l’artiste suisse Helmut Federle. Mais c’est surtout à travers l’exposition Les Possédés, que Sextant et Plus organise à la Friche Belle de Mai, que l’on mesure la place accordée aux collectionneurs. Une soixantaine d’œuvres permet de découvrir les tendances et les influences des collections les plus importantes du sud de la France. Le choix curatorial a consisté à montrer les affinités parfois troublantes d’une collection à l’autre, se traduisant par la récurrence de certains noms assurément considérés comme des valeurs sûres, au détriment d’artistes moins renommés, présents en parcimonie dans l’exposition.

Bien qu’il n’y ait pas de commissariat général pour la présente édition, plusieurs projets interrogent de manière fortuite la question de l’utopie et de la contre-utopie. De l’utopie de la vie à deux, que l’artiste coréenne Park Ji Hye interroge à travers une vidéo maitrisée, froide et émotionnellement dérangeante (La Compagnie), aux utopies plus politiques que Louise Hervé et Chloé Maillet mettent en scène dans la vidéo Spectacles sans objets (Rond-Point Projects) dans laquelle les utopies sous-jacentes à l’invention de la performance sont décryptées en regard de trois périodes déterminantes de l’histoire, le mouvement puritain anglais du 17e siècle, la révolution française avec l’atelier de Jacques-Louis David et le saint-simonisme. On se surprend avec ces scènes de reconstitutions historiques à comprendre la proto-histoire de la performance et sa dimension éminemment politique. Qui a inventé la performance ? Une réponse très sérieuse qui contient aussi une dimension humoristique qui tend à l’autodérision pour ce duo d’artistes.

Le travail de Anne-Valérie Gasc, Les larmes du Prince, présenté par la galerie Gourvennec Ogor, fascine par sa finesse et par sa capacité là encore à montrer les paradoxes de l’utopie. Subjuguée par le potentiel de destruction contenu dans toute utopie, Gasc en explore les chainons manquants dans l’architecture. La Chaîne de verre, correspondance épistolaire entre treize architectes réalisée autour de Bruno Taut en 1919, est le point de départ d’un travail très poétique sur la résistance et la fragilité du verre, matériau porteur des plus grandes utopies. Les treize architectes sont associés à des « larmes de verre » ou larmes bataviques, obtenues en laissant tomber du verre en fusion dans de l’eau froide. Ces gouttes une fois figées sont réputées pour être à la fois très résistantes et très fragiles à certains points de contact. Complexes malgré leur apparence légère, elles ont la particularité d’exploser et non de se casser simplement ; elles deviennent alors la métaphore d’une architecture de verre dystopique, dont la transparence est en fait liée à une implosion potentielle.

L’artiste Cari Gonzales-Casanova, présentée à l’American Gallery, travaille autour des dispositifs de la paranoïa et de la peur collectives dans ses aspects les plus sérieux, mais aussi les plus absurdes. Le camouflage est le point d’entrée d’un questionnement que l’on retrouve dans toute son ampleur dans un livre d’artiste Home Guard Manual of Camouflage : Manuel de camouflage pour la protection du territoire présenté à l’occasion.

Enfin, la Méditerranée étant toujours à l’honneur à Marseille, certains lieux permettent de découvrir les jeunes artistes prometteurs du sud de la France. Le travail de Thomas Teurlai, gagnant des prix des ateliers de la ville de Marseille l’an dernier fait l’objet d’une exposition au Musée Cantini. On y retrouve Bullroarer, nom d’un instrument à vent primitif ici recomposé avec une paire de baskets reliée à des pales de ventilateur, peu d’éléments qui ouvrent cependant une réflexion anthropologique efficace sur nos rituels contemporains. Le Château de Servières propose de son côté un retour de Biennale avec la sélection des artistes français ayant participé à la Biennale Méditerranéa 17, une biennale dédiée à la création émergente de pays méditerranéens. La sélection française visible au Château regroupe neuf artistes, parmi lesquels Floryan Varennes, Emanuela Meloni ou Vincent Ceraudo.

S'abonner à l'infolettre

 Retrouvez nous sur Twitter !Retrouvez nous sur Facebook !Retrouvez nous sur Instagram !

Publications



Archives


Rubriques



Boutique

Encan


Informations



Contact

esse arts + opinions

Adresse postale
C.P. 47549,
Comptoir Plateau Mont-Royal
Montréal (Québec) Canada
H2H 2S8

Adresse de nos bureaux
2025 rue Parthenais, bureau 321
Montréal (Québec)
Canada H2K 3T2

E. : revue@esse.ca
T. : 1 514-521-8597
F. : 1 514-521-8598