Publication | Precarious Visualities: New Perspectives on Identification in Contemporary Art and Visual Culture

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2013

Olivier Asselin, Johanne Lamoureux et Christine Ross (éd.), Precarious Visualities: New Perspectives on Identification in Contemporary Art and Visual Culture, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2008, 438 p.

La notion de «visualité» a fait l’objet d’un tel investissement critique dans les dernières décennies que l’on peut se demander de quelle manière il est encore possible de l’inquiéter. En effet, avec le poststructuralisme et les études culturelles et visuelles, l’idée d’une vision décentrée est devenue un postulat difficile à contourner. Or comment penser aujourd’hui l’actualité des recherches menées dans ces domaines, suivant l’hypothèse d’un déplacement de l’horizon critique et des thèmes dominants de l’identité et de la différence? Une réponse convaincante est donnée par Precarious Visualities, un ouvrage collectif qui a la (trop rare) qualité de faire place à une grande diversité de propositions sans que jamais le lecteur ne perde de vue la thèse qui les rassemble.

Indissociable du «tournant corporel» des études visuelles discuté par Christine Ross en introduction, cette thèse est que la «précarité» s’affirme désormais comme la condition contemporaine de l’expérience esthétique. Cependant, cette notion de «précarité» ne renvoie par à un simple état – celui de l’image instable ou du spectateur appréhendé dans sa finitude et la faillibilité de ses fonctions sensorielles et cognitives. Si ces aspects entrent dans la définition de la «visualité précaire», c’est plutôt en tant que stratégies esthétiques, c’est-à-dire comme des opérations productives visant une complexification du rapport entre le «regardeur» et l’œuvre d’art. La publication entend démontrer, entre autres, que les pratiques contemporaines participent à l’invention de nouvelles sensibilités par l’exploration d’espaces incertains entre le sensible, le virtuel et l’imaginaire – un questionnement qui, on le constate, se répercute sur les approches des historiens de l’art et des théoriciens du visuel.

D’emblée, la division thématique du volume (en six parties totalisant seize textes) met en lumière un arrimage intéressant entre le caractère proprement esthétique de l’art et ses enjeux culturels, sociaux et politiques. On notera à cet égard l’importance accordée au corps dans la réévaluation des processus d’identification et des modes de subjectivité, de même que les nouveaux «usages» de l’autoportrait, conçu comme «dispositif» perceptuel ou discursif (dans les textes de R. Bellour, J. Lamoureux et H. Samson). Plus surprenantes, toutefois, sont les études qui traitent des médias et des nouvelles technologies dans leurs dimensions physique, charnelle et affective afin de repenser l’interface entre le visible et l’invisible. Cet axe est privilégié par Olivier Asselin et Amelia Jones, dont les essais, comme plusieurs, sont l’occasion de stimulantes réflexions philosophiques. On ne saurait finalement passer sous silence la contribution originale d’Éric Michaud, qui propose une lecture transhistorique du rapport entre la «production» des images et la «reproduction» biologique en Occident. Bref, sous-jacente à l’ensemble de ces réflexions se trouve l’exigence d’une prise en compte renouvelée des développements scientifiques et médiatiques dans l’étude des images et de leur fonctionnement. 

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