Paroles de féministes

Le dossier Féminismes paru en mai 2017 rassemble des textes abordant, sous différents angles et selon des perspectives très différentes, les rapports entre l’art et les féminismes. Afin d’élargir la réflexion et d’ouvrir davantage le débat autour de ces questions, le comité de rédaction a convié différentes personnes du milieu des arts à répondre de manière succincte à la question suivante : Quel est selon vous l’enjeu féministe le plus important auquel le milieu des arts doit faire face aujourd’hui ?

Il est toujours possible de répondre à cette question en envoyant un texte de 150 mots à l’adresse : redaction [at] esse.ca. Les réponses sont publiées dans la langue de l’auteur.e.

The issue Feminisms, published in May 2017, brings together a collection of essays that address the relationship between the visual arts and feminisms from a variety of critical perspectives. In order to expand the scope and range of the questions under debate, the editorial committee invited various individuals from the arts milieu to offer a succinct response to the following question: In your opinion, what is the single most urgent feminist issue that the arts community is facing today?

We are still taking in responses for this question. You may send a 150-word text to the following address: redaction [at] esse.ca. Responses are published in the author’s language.

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Eunice Bélidor, coordonnatrice à la programmation, centre d’artistes articule

Le milieu des arts doit définitivement comprendre l’intersectionnalité du féminisme. Il est important pour tous et toutes de faire face au fait que les femmes racisées, et les femmes-identifiées (1) sont les grandes oubliées de la discussion du féminisme dans le milieu des arts. Elles ont moins accès à des espaces d’exposition professionnelles et à des cachets justes ; elles sont mises de côté dans les postes de gestion ou encore, pour quelques autres, elles sont instrumentalisées pour montrer l’avancement de la cause féministe. On ne peut pas régler un problème sans le regarder sous ses multiples facettes. Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable en se disant « qu’elles postulent moins pour ces postes », ou « qu’elles n’envoient pas leurs soumissions ». Il y a des moyens d’aller les chercher. Ayons la force de nos convictions.

(1) Traduction libre de feminine-presenting, ou femme.

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Amber Berson, writer, curator, and PhD student conducting doctoral research at Queen’s University on artist-run culture and feminist, utopian thinking

My conception of feminism is intersectional and has space for adapting and changing realities. In the art world, it would be great to see how those with a theoretical investment in these issues can translate them into real-life actions. I think the art world should be considering how our administrative models maintain or transgress the dominant patriarchal structures, and I feel that we should all be questioning our roles and responsibilities when it comes to making space for new voices in the art world—not as token minorities but as part of the general discourse. At the same time, there has to be a greater recognition that some people and projects can’t fit into the narrative of the current art world, which comes with its own considerable baggage. Without fractioning further, perhaps we can find ways to recognize where differences lie and to work with that.

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Caroline Boileau, artiste

150. Trop peu de mots pour écrire tout ce que j’ai besoin de dire. Faute de trouver les bons mots j’ai voulu proposer un dessin. Impossible. Une image alors : pendant le souper, mon fils me parle de sa journée, de son prof d’histoire, un jeune homme dans la vingtaine, qui leur a proposé un exercice pour mieux comprendre les inégalités entre hommes et femmes. Il leur a demandé d’écrire, dans la barre de recherche Google : « les femmes devraient ... » et de prêter attention aux choix qui s’offraient alors à eux. Violences et sexisme. Il leur a ensuite demandé de répéter l’exercice en remplaçant le mot « femme » par « homme ». Banalités et train-train quotidien sans plus. Mon fils me raconte ce qu’il a vu et lu, outré, profondément fâché. L’iniquité est un tel crime à l’adolescence ! Et moi de l’écouter, sourire aux lèvres, vraiment heureuse d’avoir la chance d’élever un jeune garçon déjà féministe à quinze ans. Confiante, malgré tout, pour la suite, dans la vie comme dans l’art.

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Martine Delvaux, écrivaine

Que les artistes aient le loisir de s’identifier comme féministes. Qu’elles puissent choisir de dire « je suis une artiste féministe ». Qu’elles le disent sans avoir peur qu’on pense que de le dire a pour effet de retrancher une partie de l’art.

Si on veut qu’il y ait parité dans les musées, les galeries, les collections, les conseils de rédaction et d’administration… si on veut un jour ne plus avoir à mener la guérilla des filles, il faut peut-être commencer par se poser comme féministes. Porter le chapeau. Féministe. Ce n’est pas un bonnet d’âne. Et le faire jusqu’à ce que toutes celles qui s’identifient comme femmes aient leur place au soleil dans le milieu des arts.

Être une artiste féministe. S’inscrire dans une Histoire, une filiation, une collectivité, une sororité féministes. Ne plus être la seule de sa gang. Exister ensemble.

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L'équipe du Studio XX

Les arts numériques demeurent un univers majoritairement masculin. Les conceptions et utilisations des nouvelles technologies révèlent la persistance du gender gap, voire son renforcement. En tant que féministes, nous questionnons l’emploi des technologies dans les arts numériques souvent basé sur des points de vue normatifs et prenant pour acquis que toute personne peut occuper les espaces virtuels sur une base égalitaire. C’est parce que nous sommes lié.e.s aux pratiques et méthodologies issues de la longue tradition contestataire des féminismes que nous insistons sur le fait que dans les espaces virtuels, tout comme les espaces physiques, il existe des inégalités liées au genre, à la race, à la spécificité géopolitique, au sexe et aux autres construits sociaux. Il est essentiel de participer aux débats et aux expérimentations en arts numériques, et en cela de soutenir ces autres pratiques artistiques féministes non majoritaires qui participent au renouvellement de notre discipline.

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L’Euguélionne librairie féministe

Les discussions sur la parité en cours dans les différentes sphères des arts et dans le domaine public ont comme point de mire l’égalité homme-femme. Combien de femmes sont exposées, produites, publiées ? Le cadre doit être déplacé. L’enjeu féministe principal nous semble être celui d’un féminisme intersectionnel, qui permet d’élargir la manière de penser et de s’intéresser plus subtilement aux diverses réalités que vivent les femmes*. Puisque les canons de la réflexion féministe sont marqués par la blancheur et l’analyse de genre est encore marginale, il est nécessaire que dialoguent les idées et les identités. C’est dans ce processus de création d’espaces complexifiés que des relations doivent se construire. Que ce soit au niveau institutionnel, pour les subventions, les prix, dans nos critères formels et face à ce qui nous a été enseigné, une réflexion et un travail de fond doivent être menés pour que les pratiques artistiques et représentations culturelles se diversifient.

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Helena Martin Franco, artiste

Un des enjeux décisifs à relever pour le féminisme aujourd’hui est celui de défaire les hiérarchies raciales et culturelles à l’intérieur de son mouvement. Il serait bon d’admettre qu’on fonctionne encore avec une structure de pouvoir héritée de la colonisation, que celle-ci est violente et qu’il s’agit d’un ordre assimilé qui génère de la discrimination systémique. Enlever le voile pour découvrir que cette échelle opère aussi dans le milieu des arts visuels est une mission qu’entreprennent les centres d’artistes féministes à Montréal. Ces organismes font des efforts pour établir des structures administratives horizontales. Pourtant, il y a un travail important à faire pour la compréhension d’autres discours, pour l’appréciation d’autres langages artistiques, pour l’intégration d’autres stratégies visuelles dans la programmation de leurs expositions.

C’est passionnant de réaliser qu’on peut se situer à plusieurs points de vue, se déplacer entre divers contextes culturels sans faire de jugements de valeur.

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Nuria Carton de Grammont, Ph.D. historienne de l’art et commissaire indépendante

Dans l’installation Ni una más [Pas une de plus] (2003) l’artiste mexicaine-argentine basée à Montréal Maria Ezcurra, suspend des chaussures de femme dans des collants en nylon pour dénoncer les centaines d’assassinats et disparitions de femmes perpétuées à Ciudad Juarez. Depuis l’Argentine jusqu’au Canada ni una más et ni una menos [pas une de moins] sont devenues les consignes d’une société civile mobilisée contre la hausse tragique des féminicides. Aujourd’hui, l’art fait face à une culture misogyne qui s’intensifie dans le cadre d’un modèle de société capitaliste, blanche, anti-migrante et patriarcale. Le combat d’un art féministe doit se prononcer contre la violence des identités ethniques et genrées (travestis, transgenre, etc.), comme cible d’un rapport inégalitaire de discriminations et de pouvoir. L’enjeu implique nécessairement (re)penser la place de la différence sexuelle, raciale et culturelle dans nos sociétés actuelles.

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Elizabeth Grosz, professor of Women’s Studies and Literature at Duke University

I think, as an outsider to any arts community, that the most urgent feminist issue facing the arts community today is the disparity between the concept of an ‘arts community’ and that of artistic production, which, while often addressed to a community, is commonly not produced by one. Should feminist art address a feminist art community, or feminist questions and issues—perhaps those not addressed by a larger feminist community? And if so, how can it also address what is beyond this smaller community and at the center of a larger and more ambiguous, more patriarchal art world? If addressing a feminist community is important, isn’t it as important to address the non-feminist, even anti-feminist world that makes feminist art possible?

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Groupe Intervention Vidéo

L’enjeu féministe le plus important, dans le milieu des arts, est de mettre en avant, c’est-à-dire, d’accorder temps et espace d’expression, à celles qui ne les possèdent pas ailleurs. Cet enjeu passe non seulement par le maintien d’un dialogue constant et actif avec les différentes communautés que nous côtoyons, mais également par la rencontre et l’écoute des expériences des communautés que nous connaissons moins. Il s’agit de tisser des liens entre les problématiques intrinsèques aux femmes et personnes qui s’identifient comme femme : genre, race, orientation sexuelle, ethnicité, âge, handicap ou encore maladie. Il est ici question de décloisonnement et de décolonisation, au sens large. Dans ce cadre, les pratiques artistiques constituent un terrain privilégié de rencontre et d’exploration, qui a le potentiel de s’affranchir de toutes sortes de limites imposées par les structures et mécanismes de la société.

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Claudine Hubert, directrice générale par intérim et directrice artistique, OBORO

Le milieu des arts a taillé des places de choix pour les femmes au fil des années, plus particulièrement dans des petits organismes, où plusieurs d’entre elles assurent divers rôles de direction, de développement ou de leadership. Dans tous ces postes, les femmes contribuent une somme de connaissances que l’anglais appelle emotional labour : ce travail rendu invisible par une société capitaliste qui le tient pour acquis, accessible en tout temps et gratuit. Il s’agit d’un investissement de nature affective qui se déploie dans le temps et qui permet à des collectivités d’être liées sur tous les plans, y compris culturel ou politique. Historiquement, ce travail a relevé majoritairement des femmes. Dans des postes d’influence traditionnellement réservés aux hommes, leur défi est de faire reconnaître la valeur intrinsèque de cette charge par leur capacité à faire rayonner de nouvelles méthodologies et des approches réinventées. Elles doivent faire reconnaître que la composante affective du travail n’est pas dissociée de la productivité économique qui caractérise le système dans lequel nous évoluons actuellement.

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Virginie Jourdain, artiste et travailleuse culturelle

Il ne s’agit pas ici seulement de faire l’étude de la répartition H/F des rôles, mais aussi de repenser toutes formes de discrimination et d’oppression, plus ou moins insidieuses en art.

Nous «  le milieu  » avons notre part de responsabilité face aux artistes méprisé.e.s, oublié.e.s et invisibilisé.e.s. Nous avons aussi la responsabilité d’avoir laissé les valeurs néolibérales nous dicter les critères d’évaluation des pratiques et des disciplines artistiques : œuvre à haute valeur ajoutée, artiste internationaliste, auto-entrepreneur, générateur de projets économiquement rentables... Les mots que l’on a désormais en bouche sont les mots du marketing.

Qu’en est-il des artistes précaires qui ne peuvent pas se payer une ligne de C.V. en louant une résidence d’artiste pendant un mois à l’autre bout du monde ? Quelle est la réalité des artistes mères monoparentales ? Des artistes qui ont une santé mentale fragile ? De celles et ceux qui n’ont pas fait l’Université ou les écoles d’art ? Qui n’ont ni un français parfait, ni ne maîtrisent le International Art English ?

Enfin, force est de constater que nos modèles institutionnels reproduisent aussi les rapports de force et les hiérarchies qui conduisent les travailleuses et travailleurs culturel.le.s à valoriser un certain type de «  travail  » qui nie leurs droits fondamentaux : faibles revenus, aucune protection en cas de maladie, horaires flexibles, dévotion et heures supplémentaires par «  passion  ». Demandons-nous par exemple si les heures supplémentaires c’est féministe et de là pensons à la réalité de vie spécifique des employé.e.s.

Nous avons la chance d’avoir l’expérimentation comme outil pour nous réinventer. Utilisons ce formidable levier pour repenser les structures, les formats et les valeurs qui nous guident, sans tomber dans le piège de l’émulation des courants capitalistes qui prônent l’expansion permanente, le prestige et l’autorité.

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kimura byol-nathalie lemoine, artiste multimédia et archiviste

Avec ces quelques lignes permises, j'aimerais mentionner des artistes à (RE)CONNAÎTRE, voici des noms de cis-femmes artistes « racisées » ; Maxine Albro, Frida Kahlo, Yoko Ono, Theresa Hak Kyung Cha, Adrian Piper, Elizabeth Catlett, Tracey Moffatt, Shirin Neshat, Uemura Shōen, Faith Ringgold, Helen Kalvak, Ebony G. Patterson, Tilsa Tsuchiya, Atsuko Tanaka, Kenojuak Ashevak, Lina Iris Viktor, Julie Mehretu, Vanessa German, ruby onyinyechi amanze, Amy Sherald, Lee Bul, Sanaz Mazinani, Maya Hayuk, Valérie Oka, Ana Mendieta, Yayoi Kusama, Fiona Tan, Nikki S. Lee, Kara Walker, Aya Takano, Rebecca Belmore, Zanele Muholi, Shigeko Kubota, Jaune Quick-To-See Smith, Yu Youngnam, Robyn Kahukiwa, Park Kyungsook, Mariko Mori, Loïs Mailou Jones, Bada Song, Lorna Simpson, Edmonia Lewis, Marilyn Nance, Samella Lewis, Renee Cox, Carrie Mae Weems, Emily Kame Kngwarreye, Yoshiko Shimada, Annie Pootoogook, etc

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Stéphane Martelly, écrivaine, peintre et chercheure postdoctorale en recherche-création au Centre d’Histoire Orale et de Récits Numérisés de l’Université Concordia

La question de la création artistique par les femmes se signale surtout par son absence ou par la profusion à ne l’aborder que d’une manière singulièrement contenue, confinée aux enclos bien délimités d’une certaine féminité. Comme si, quand il s’agissait des femmes, voire des femmes noires ou racisées, il fallait pour qu’elles soient enfin visibles que leurs corps soient marqués, soient désignés uniquement dans leur altération nécessaire ou ne cessent à leur tour de désigner leur dissemblance comme le seul territoire possible de leur expression artistique. Pourtant, qu’il s’agisse d’artistes noires comme l’haïtienne Tessa Mars, les québécoises Marie-Hélène Cauvin, Khadija Baker, Marie-Denise Douyon ou de l’étasunienne Kara Walker, elles démontrent clairement par la qualité de leur travail la capacité de parler avec vigueur, depuis leur lieu et leur corps propres, tout en travaillant les replis d’une histoire qui les a niées et en fondant depuis le lieu de cette absence de nouvelles postures d’universalité. Expérimenter leurs œuvres audacieuses, impitoyables, c’est retrouver dans l’expérience artistique la catastrophe fondamentale, l’insoutenable inadéquation des subjectivités au monde, faille nécessaire qui permet l’émergence d’une œuvre authentique.

Au lieu de produire encore plus de discours destinés à enfermer leur production ou leurs personnes dans des espaces de plus en plus réduits, des identités de plus en plus figées qu’on leur enjoint infiniment de performer, il faut leur donner la place, toute la place, leur ouvrir les espaces afin qu’elles nous surprennent, nous permettent d’exister au-delà des ordres programmés qui nous circonscrivent et qui nous tuent. Il faut nous donner la possibilité de voir leurs œuvres, d’en prendre la mesure, de nous laisser ébranler par elles, arracher de nos socles. Il nous faut absolument les laisser exister en leur faisant place, en les relayant, en les mettant de l’avant.

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Noémi McComber, artiste

L’enjeu féministe le plus important auquel le milieu des arts doit faire face aujourd’hui et la question de la représentation des femmes dans les expositions majeures, dans les grandes galeries, au sein des artistes obtenant des rétrospectives dans les musées, obtenant les meilleurs prix de vente sur le marché de l’art et dans les ventes aux enchères, s’illustrant à l’international dans les grandes expositions et foires. Considérant que dans les facultés des arts des collèges et universités les femmes sont systématiquement majoritaires et que dans les grandes expositions internationales et les représentations en galerie les femmes artistes sont systématiquement minoritaires, il y a là un décalage qui révèle une aberration liée à de vieilles notions hiérarchiques qui persistent, qui se doivent d’être examinées et questionnées. Une réflexion s’impose, menant à des actions concrètes, vers une transformation de cet état des choses et du statu quo.

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Liza Petiteau, chargée de cours, candidate au doctorat en histoire de l’art

Infiniment engagées et toujours rebelles, les subjectivités artistiques féministes s’animent aujourd’hui au rythme effréné des imbrications pluridisciplinaires dont la complexité de leurs multiples agencements culturels, identitaires et genrés constitue la grande richesse de leur tissu représentationnel. À travers le prisme de la diversité de ces pratiques, où le positionnement critique situé tisse des solidarités artistiques féministes, le milieu des arts actuels est confronté à l’urgence visuelle de décentrer ses zones de confort. Au plus près des expériences vécues et des préoccupations sociales, l’activisme des stratégies artistiques féministes enseigne au monde de l’art actuel les moyens de sa propre décolonialisation en lui dictant la nécessaire conscientisation de ses processus de marginalisation. Naviguant sans relâche entre l’originalité locale de la pratique individuelle et les préjugés ancrés dans les imaginaires collectifs, les utopies plurielles féministes parlent de plus en plus fort au centre du monde de l’art et ne demandent maintenant plus qu’à être écoutées.

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karen elaine spencer, artist

Is Patriarchy imploding? Are we witnessing a protracted spasmodic death to what we call “civilization”—a way of being in the world founded upon domination of the earth and its inhabitants, human and other? Or, are we occupying the interval to an even more brutal and violent form of domination?

And what role can we, as feminists, perform? What is our responsibility as artists? There are many concerns: environmental, reproductive, economic, political, social, racial. I honestly cannot say which issue is the most important for our day. I am at a loss.

What I can put forth is we permit passage—so even our most anguished and rage-filled “fuck yous” retain an openness —and as we rage, we never ever close off that tender, vulnerable, radically open core which resides in the depths of our interiority and connects us to each other and this thing we are making together which we name—life.

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Thérèse St-Gelais, professeure titulaire en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal

Depuis que les études féministes et sur le genre ont une tribune publique dans les espaces culturels comme dans les lieux du savoir-pouvoir, les « canons » sont mis à l’épreuve là où ces études en constituent l’angle d’approche privilégié. C’est-à-dire dans des expositions (de femmes), des cours universitaires (sur les femmes) ou des numéros spéciaux de revue spécialisée (réservés aux femmes), tous à l’écart d’une pratique dite plus objective, d’une vie soi-disant plus réelle (Butler) que les autres. Aux femmes, et à ceux et celles qui sont considéré.e.s comme des minorités, il revient d’exercer une vigilance critique constante face à ce qui apparait digne de s’inscrire dans l’histoire des représentations identitaires et culturelles. L’enjeu féministe le plus important auquel le milieu des arts doit faire face aujourd’hui se résumerait-il encore à l’exercice de cette vigilance ? Seul un véritable partage des inconforts créés par les silences de l’histoire nous amènera à une répartition plus juste des espaces culturels et du savoir. Féministe tant qu’il le faudra !

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Michèle Thériault, directrice, Leonard & Bina Ellen Art Gallery

Cette question soulève tellement de questions. De quel milieu des arts s’agit-il ? Peut-on envisager un féminisme au singulier ? C’est là où la réponse achoppe. Je constate à quel point le féminisme fait l’objet d’une instrumentalisation constante. Pourtant, le potentiel du féminisme est ancré dans le pluralisme tout autant que dans une ouverture à la vie psychique, si importante. Il est urgent plus que jamais de penser et pratiquer un féminisme inclusif qui se fond sur une articulation de demandes diverses et ce faisant questionne ses limites. L’enjeu est de pouvoir faire ce travail.

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Elvan Zabunyan, professeure en histoire de l’art contemporain, Département Histoire & archéologie, Université de Rennes

La conscience féministe implique un dépassement de toutes les stratégies économiques du monde de l’art et une émancipation du regard. Dans l’optique d’un féminisme abolitionniste, on se doit de privilégier une pensée qui opte pour une sphère de l’art exempte de racisme et de sexisme. Au sein d’une relation intersectionnelle, les actrices et acteurs du champ artistique peuvent, grâce aux féminismes, agir pour décloisonner les catégories dominantes et déconstruire les stéréotypes en s’engageant dans une esthétique mobile où fragment, trace, flux, sillon créent une histoire globale et connectée. Depuis que les féministes ont choisi il y a près de cinq décennies de questionner le slogan « le personnel est politique », les arts n’appartiennent plus à un espace clos, les subjectivités sont en mouvement, les différences bravent les discriminations. L’enjeu majeur du féminisme dans les arts est de produire le respect de toutes les particularités dans leur pluralité.

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