Montréal, 11e Festival TransAmériques

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2017
Montréal
  • Rimini Protokoll, 100 % Montréal, 2017. Photo : © Trung Dung Nguyen
  • Rimini Protokoll, 100 % Montréal, 2017. Photo : © Trung Dung Nguyen
  • Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, Pôle Sud : documentaires scéniques, 2015. Photo : © Pedro Ruiz
  • Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, Pôle Sud : documentaires scéniques, 2015. Photo : © Pedro Ruiz
  • (LA)HORDE, TO DA BONE, 2017. Photo : © Laurent Philippe

11e Festival TransAmériques
Montréal, du 25 mai au 8 juin 2017

La 11e édition du Festival TransAmériques se tenait à Montréal du 25 mai au 8 juin 2017. Pendant 15 jours, 13 spectacles de danse et 11 spectacles de théâtre en provenance de 10 pays (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, France, Japon, Pologne, Portugal, Suisse) ont été présentés dans une vingtaine de lieux aux quatre coins d’une métropole fondée en 1642.

Célébrations du 375e anniversaire de Montréal obligent, le volet théâtre du festival, un évènement dirigé pour une troisième année par Martin Faucher, faisait la part belle à des réalisations prenant la ville comme objet d’étude. Tout d’abord, la compagnie berlinoise Rimini Protokoll a offert 100 % Montréal, mouture locale d’une formule présentée à travers le monde. Sur scène, 100 citoyens correspondant aux statistiques montréalaises en ce qui concerne le sexe, le groupe d’âge, le lieu de naissance, le territoire et la structure du ménage répondent aux nombreuses questions qui leur sont posées.

Les individus dessinent un paysage idéologique, un objet ludique, parfois étonnant, mais bien souvent consensuel. C’est que la représentation permet d’apercevoir des dissensions au sein du groupe, des divergences d’opinions en ce qui concerne la langue, la religion, l’immigration ou la sexualité, mais rien n’autorise à aller au-delà du constat, ne nous entraine vers le débat, n’apporte la nuance ou fournit la mise en perspective. Le collectif allemand approche de manière un brin superficielle, il faut le dire, une réalité éminemment complexe, celle du vivre ensemble. On voit ici apparaitre les limites d’un théâtre documentaire qui cherche à coincer le réel dans des cases plutôt que de s’inspirer de la vie pour donner naissance à des formes nouvelles.

Heureusement, pour pénétrer le vécu, communier au spécifique et au particulier, entendre des citoyens nommer eux-mêmes leur réalité, on pouvait voir ou revoir Pôle Sud, un documentaire scénique d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier qui rend hommage au quartier Centre-Sud, à sa fibre, à son histoire, tout en nous faisant entrer dans la vie de quelques-uns de ses habitants. Pour clore le festival, Martin Faucher a envoyé les auteurs les plus divers en mission dans des quartiers de Montréal qui leur étaient inconnus. Le résultat, Jusqu’où te mènera Montréal ?, est un cabaret des plus émouvants, une sorte de radiographie sociale aigre-douce, une soirée désopilante et engagée.

Certains spectacles du volet théâtre présentaient de riches réflexions sur l’art, et plus spécifiquement sur les pouvoirs et les limites de la création. On discute du rôle de l’artiste dans Exhibition – L’exhibition, une installation théâtrale et dansée signée Benoit Gob, Francis La Haye et Emmanuel Schwartz ; on interroge l’image et la nécessité de l’art dans La possibilité qui disparaît face au paysage de la compagnie barcelonaise El Conde de Torrefiel ; on critique la « vie artistique » viciée d’un cercle de peintres, acteurs et auteurs des plus pédants dans Des arbres à abattre, un spectacle impitoyable inspiré au Polonais Krystian Lupa par un roman de Thomas Bernhard ; on transforme le comédien en professeur dans Conférence de choses de François Gremaud et Pierre Mifsud.

Il faut reconnaitre que la programmation étiquetée « danse » était plus percutante et plus riche que la portion théâtre. Certaines créations dressaient de vibrants portraits des millénariaux, ceux-là qu’on dit aussi appartenir à la génération Y. Les Français de (La)Horde expriment avec une énergie contagieuse leur adhésion à la culture urbaine et post-Internet, leur besoin de communauté et leur soif de reconnaissance dans To Da Bone. La Danoise Mette Ingvarsten parvient dans 7 Pleasures à représenter et surtout à transcender les dédales de la sexualité du 21e siècle. Avec Some Hope For The Bastards, son nouveau « concert chorégraphique », Frédérick Gravel pose l’art, la musique aussi bien et peut-être même plus que la danse, comme dernier rempart contre le tragique de notre époque. On dit que tous les spectacles de danse de ce 11e FTA donnaient matière à réflexion, depuis Inaudible de Thomas Hauert à The Principle of Pleasure de Gerard Reyes en passant par Bang Bang de Manuel Roque, Spoon de Nicolas Cantin, Runaway Girl de Jocelyne Montpetit et Caída del cielo de l’incandescente Rocío Molina.

Alors que « diversité » est constamment sur les lèvres des festivaliers, on la retrouve bien peu dans les spectacles eux-mêmes. Hormis les trois créations concernant Montréal, on peut tout de même souligner la diversité des corps et des cultures dans Monument o : Hanté par la guerre (1913-2013), où la chorégraphe hongroise Eszter Salamon rattache des danses populaires et tribales aux guerres qui ont ponctué l’histoire coloniale des 100 dernières années. En ce qui concerne la culture autochtone, heureusement que Daina Ashbee présentait Pour et que Benoît Lachambre offrait Lifeguard.

Il y a bien entendu quelques déceptions, comme la nouvelle création du Bureau de l’APA, Entrez, nous sommes ouverts, un bric-à-brac dont on a peine à dégager du sens, ou encore Time’s Journey Through a Room, un spectacle rigoureux, mais également un peu aride de Toshiki Okada, ce metteur en scène japonais qui nous avait pourtant conquis en 2011 avec le délicieusement absurde Hot Pepper, Air Conditioner, and the Farewell Speech. Mais il y a aussi les moments de grâce, ces spectacles qui nous habitent, continuent de faire leur chemin en nous. En ce qui me concerne, il y a deux créations inoubliables : Antoine et Cléopâtre, où le Portugais Tiago Rodrigues transpose brillamment la tragédie de Shakespeare dans le corps et la voix de Sofia Dias et Vítor Roriz, deux acteurs-danseurs chargés de manipuler les héros comme des marionnettes invisibles ; puis Tordre, où le Français Rachid Ouramdane fait le portrait hypnotique, tout simplement fascinant de deux danseuses, Annie Hanauer et Lora Juodkaite, en mettant en relief, sans une once de sensationnalisme, leurs bouleversantes singularités.

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