Louis-Philippe Côté

David Tomas
  • De la série WHT TRSH, 2017. Photos : permission de l'artiste
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Les damnées.
Les lignes sont en colère.
Elles bégaient et gesticulent imprévisiblement. Elles grognent et postillonnent sur une surface qui inscrit leur existence et leurs futures conditions d’existence. Elles bafouillent, se tordent, sautillent et serpentent dans l’espace-temps des pages blanches et vierges, violant leur innocence, vomissant par leur bouche putride les traces argentées, droit inaliénable que leur confère leur intelligence. Elles se contorsionnent sur les surfaces blanches en résonance avec les désirs irrationnels et sordides d’une histoire, d’une paternité qui est à leur violente origine. Qui a fait d’elles ce qu’elles sont.
Ces lignes tracent les contours de la surface suintante et nécrotique d’un monde cynique composé de douleur, de sang et de larmes et constatent son existence telle une colonie d’asticots pétrifiés.
Ainsi, elles sont également les témoins de l’assassinat systémique de l’innocence perplexe dans les yeux ahuris qui confrontent l’incompréhension de leur extinction. Chaque matrice de lignes et la fusion de ses formes fragmentaires émergentes offrent une abondance d’informations complémentaires sur les conséquences d’un cynisme qui putréfie la vie sociale et politique contemporaine. Leur présence sur le tableau blanc d’une page vierge en viole la neutralité, donne forme à une épistémologie et à une esthétique du dégout.
Elles sont damnées.
Elles sont damnées en raison du sale travail qu’elles exécutent ; de la façon dont elles témoignent et dont elles expriment l’inexpressif, l’inexprimable ; de la façon dont elles existent en proie à une mort violente et dont elles sont témoins de l’avènement d’une nouvelle force historique et de la détermination de sa puissance.
Elles sont damnées en raison de la façon dont elles constatent la violence de cette mort et dont elles dévoilent à la vue de tous les actions d’une nouvelle posthistoire ainsi que les désirs secrets et les desseins obscurs de sa conscience.
Oui, mais elles sont aussi damnées en raison de la vérité et de l’innocence perplexe profondément ancrées dans leur sensibilité. Car ces lignes sont aussi témoins de l’incompréhension de leur propre extinction.

Traduit de l’anglais par Catherine Barnabé

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