Les Enfants de Chienne, All In Marina Commodore, Laval, 18 juin 2016

Marina Commodore, Laval
  • Photo : © Les Enfants de Chienne
  • Photo : © Antoine Benhini - Les Enfants de Chienne
  • Photo : © Antoine Benhini - Les Enfants de Chienne
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Les Enfants de Chienne, All In
Marina Commodore, Laval, 18 juin 2016

La ville de Laval a été le site d’une programmation artistique effervescente cet été, notamment grâce au projet Soyons Dandelion organisé par Marie-Andrée Poulin, artiste lavalloise, activiste et journalière du milieu de la rénovation. Ce projet a investi neuf lieux publics lavallois en situation de précarité, dont le feu Centre d’amusement 222, le terrain vague d’un ancien Au coq et des espaces verts en voie de disparition. Parmi les collaborateurs et collaboratrices ayant pris part au projet, on retrouve le controversé collectif/club d’artistes montréalais Les Enfants de Chienne (EDC). Empruntant l’esthétique et la structure organisationnelle des clubs de motards – lunettes fumées, blousons au tag EDC, attitude transgressive, hiérarchie entre les membres du groupe –, le collectif mène une pratique d’infiltration et d’autopromotion. Il est connu pour s’exhiber lors d’événements et de s’imposer dans les médias ; il a d’ailleurs infiltré l’espace de diffusion Galerie Galerie tout récemment et s’est même inséré dans la revue esse en janvier 2016(1). Le pouvoir, le territoire, la notoriété et le profit sont des thèmes de prédilection pour le collectif et se trouvaient conformément à l’honneur dans la performance lavalloise All In.

Le soir du 18 juin 2016, les membres fondateurs – Kevin Beaulieu alias « Le Baquet » et Laurence N. Béland « Ti-Bras » –, les nouvelles recrues – Laurent « Chichi » Viau-Lapointe et Hubert « O.P. » Auger – ainsi que les membres potentiels – Frédéric Dancose et Alexandra Laberge(2) – se rendaient à la Marina Commodore dans un véhicule de circonstance : un bateau à moteur. Les personnes familières avec leur pratique les reconnaissaient à leur entrée flamboyante, débarquant du quai sous les projecteurs d’un caméraman engagé pour documenter et ajouter de l’éclat à la performance. Le reste de la foule, composé de client.e.s lavallois.e.s, demeurait incrédule. Cherchant à comprendre les motifs de cette occupation soudaine, les clients amorçaient les rencontres, ou plutôt les altercations : d’abord, un « vrai motard » en colère qui pensait son territoire menacé, puis un groupe de jeunes fidèles du bar contestant la prise de possession des lieux par des inconnus.

Que ce soit dans une marina lavalloise ou à un vernissage montréalais, les EDC importunent. Les affrontements au bar étaient prévisibles, le collectif suscitant fréquemment des réactions vives dans le milieu de l’art, allant jusqu’à l’expulsion de certains vernissages(3). Cette conséquence pourrait s’expliquer par une certaine ressemblance entre ces milieux – le bar fréquenté par des client.e.s fidèles et les événements artistiques courus par une foule récurrente –, sensibles, pour le moins, à la même attaque sur leur territoire. En réalité, les EDC cherchent à trouver cette position limitrophe pour arriver à se distancier des lieux qu’ils investissent. La performance à la Marina Commodore vient ainsi éclairer une dimension importante de la pratique du collectif. Malgré sa recherche de notoriété et son désir de s’intégrer dans le milieu de l’art, le collectif n’en chérit pas moins la position d’outsider, qui ressort comme sa force critique : le recul permet une lucidité quant aux systèmes qui sous-tendent les milieux infiltrés.

Pour la performance All In, le collectif établit un rapprochement entre le climat de précarité imprégnant le bar et la condition des artistes dans le besoin. Profitant d’une récente entrée d’argent, en l’occurrence le cachet du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), Les Enfants de Chienne s’inspirent du lieu pour leur intervention principale : jouer aux machines à sous. Derrière le côté ludique du propos, il faut voir le paradoxe qu’il expose ; les subventions octroyées aux artistes qui se retrouvent rarement à rester dans les poches des récipiendaires. Après les frais de matériaux et de location d’atelier, que reste-t-il ? Dans le cas des Enfants de Chienne, le cachet aurait-il même permis de payer équitablement tous les membres du collectif ? Dès lors, la performance révèle certaines réalités du système de subventions, soit qui distribue l’argent, qui le reçoit, qui le perd, qui le contrôle ultimement. En agissant en trickster, cette figure mythologique dont le rôle est de se moquer des tabous et de l’ordre établi, le collectif s’expose à l’incompréhension. Mais au-delà du jeu, les EDC révèlent des enjeux de taille, soit les règles du milieu de l’art qu’il faut surmonter pour en ressortir gagnant.

(1) À la sortie du numéro Géopolitiques no 86, Les Enfants de Chienne ont parcouru tous les points de vente de la revue pour y introduire de faux tracts publicitaires annonçant que le groupe allait paraître en première page du prochain numéro Infiltration n° 87.

(2) J’ai aussi temporairement intégré le groupe le soir du 18 juin, invitée à prendre part à la performance pour jouer le rôle d’historienne de l’art.

(3) Le nom du collectif est d’ailleurs issu d’une insulte récurrente lancée à son égard lors de vernissages et d’événements du monde de l’art.

Crédits photos
Image 1 : Photo : © Les Enfants de Chienne
Image 2 à 5 : Photo : © Antoine Benhini - Les Enfants de Chienne

Les Enfants de Chienne | ALL IN | Commodore à Laval from Les Enfants de Chienne on Vimeo.

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