Léna Mill-Reuillard, Machinari, Dazibao, Montréal

Dazibao
  • Léna Mill-Reuillard, Machinari, vue d'exposition, Dazibao, Montréal, 2015. Photo : Marilou Crispin, permission de l'artiste
  • Léna Mill-Reuillard, Machinari, vue d'exposition, Dazibao, Montréal, 2015. Photo : Marilou Crispin, permission de l'artiste
  • Léna Mill-Reuillard, Machinari, vue d'exposition, Dazibao, Montréal, 2015. Photo : Léna Mill-Reuillard

Léna Mill-Reuillard, Machinari
Dazibao, Montréal, du 19 novembre 2015 au 30 janvier 2016

Récipiendaire de la résidence de production-diffusion PRIM-Dazibao, Léna Mill-Reuillard présente la pièce Machinari, une autre étape dans sa recherche portant sur l’image comme surface réceptrice, possiblement soumise à de possibles superpositions.

Ce nouveau travail se présente sous la forme d’une projection en boucle et plan-tableau, offerte sur un cadre luminescent suspendu dans l’espace. Machinari apparait donc en premier lieu comme un bloc lumineux, flottant et prenant volume au centre de la salle.

L’image projetée commence par une étendue uniformément blanchâtre derrière laquelle se profilent des ombres mouvantes. Il s’agit de l’ombre de la photographe qui cherche à décrocher la toile de papier opaline qui obstrue la vue pour la fixer sur un mur devant lequel elle se campe, attentive. L’attente ne dure guère car il s’avère que cette nouvelle scène s’est muée, sans qu’on y prenne garde, en image fixe, apte à être elle aussi décrochée et chiffonnée, ouvrant cette fois sur une scène maritime. Puisque le paysage est blanchâtre, on distingue à peine ce qui différencie la mer du ciel, tant l’horizon est laiteux. Puis, à nouveau, voilà que le tout se met à gondoler, dérangée par la manipulation de la photographe qui cherche ainsi à assurer sa prise sur le papier obstruant notre champ de vision, désireuse de décrocher ce nouvel obstacle. Une fois enfin retirée, l’écran ouvre la voie sur un paysage bucolique, vaguement charlevoisien. Et cela continue, jusqu’à la reprise de la séquence d’ouverture.

On se surprend à essayer de saisir le moment où, de l’image animée vidéographique, on passe à sa version photographique. Est-il besoin de dire qu’on n’y parvient guère, tant cet instant est fugace ? On discerne, dans cette approche de l’image saisie en couches affleurant à la surface de l’écran (déjà avec Mirari, œuvre vidéo présentée à la Galerie de l’UQAM, en novembre 2013), une perspective sur celle-ci en ces temps du numérique. Auparavant, l’image vidéographique et sa cousine photographique obéissaient à un modus operandi différent. L’une relevait du signal, l’autre, de l’indice. Devenue numérique, l’image, soumise à une logique d’encodage binaire issu du cybernétique, peut être autant animée que photographique, et passer d’un état à l’autre sans ambages. Elle est devenue image en continuelle instance d’être, instable, sans cesse en mutations. L’image s’effeuille parce qu’impossible à se présenter autrement qu’en cette couche qui est instance virtuelle, puisqu’une autre la remplacera sous peu. Mutante, elle est tantôt animée, tantôt photographique. Puis, la boucle recommencera, témoignant de son instabilité, maintenant qu’elle est encodée, portée par le signal et les ondes dont l’eau, dans Machinari, comme dans Mirari, offre la meilleure représentation. Le cadre qui nous fait face est un viseur, un écran qui densifie pour un moment l’image et qui s’oppose à sa nature fluente. Qu’une feuille de papier obstrue la vue n’est pas innocent. Il fut un temps où l’image n’existait qu’à force de se déposer sur sa surface, de se confondre avec elle. Mais cela n’est plus et les images ne sont que passantes. Reste à savoir si elles demeurent ou essaiment, si le papier ou le cadre-écran cherche à les retenir ou à révéler combien elles sont évanescentes et ne dévoilent le monde qu’au prix d’une incrustation qui est mensonge.

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