Le party de fête de Sisyphe

Biennale d’art performatif de Rouyn-Noranda
  • Véronique Doucet, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Véronique Doucet, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Tanya Lukin Linklater, The the, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Eduardo Oramas, Felicitaciones, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Eduardo Oramas, Felicitaciones, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Eduardo Oramas, Felicitaciones, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Eduardo Oramas, Felicitaciones, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Eduardo Oramas, Felicitaciones, performance, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Triple A Trixie, performance/concert, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Triple A Trixie avec Geneviève Crépeau, performance/concert, 2014. Crédit photo : Christian Leduc
  • Triple A Trixie avec Geneviève Crépeau, performance/concert, 2014. Crédit photo : Christian Leduc

La soirée était chargée et excitante hier à L’Écart, on a eu droit à quatre performances de grande qualité, Véronique Doucet s’est attachée à un arbre, à l’aide d’un harnais de ruban adhésif, les bottes à talon haut pendouillant à deux pieds du sol, en faisant la coquette un brin vulgaire, qui envoie des becs aux spectateurs et déploie son inventaire de duckfaces, elle finira, détachée, dans un esprit monastique, les cheveux rasés, tranquille, sereine, et puis Tanya Lukin Linklater a raconté son enfance « défaite et refaite » en une lecture bilingue accompagnée d’une projection vidéo, et à la toute fin de la soirée il y a eu le show/performance de Triple A Dixie, avec ses chansons drôles et étranges offertes a capella, accompagnées de ukulélé, de guitare ou d’accordéon, incluant la grande finale, un hommage au vagin, joyeusement ridicule et burlesque, featuring Geneviève Crépeau, acclamée comme une reine dans son empire, mais c’est surtout de la performance Felicitaciones d’Eduardo Oramas dont j’ai envie de parler.

Il faut imager Sisyphe heureux
parce que c’est sa fête.

Ça c’était le pied, une véritable fête. En fait, c’était une performance sur le thème de la fête, où un étrange personnage célèbre seul son anniversaire et peine à y parvenir. Souffler les bougies du gâteau, boire des verres de boisson gazeuse, accrocher la queue de l’âne au bon endroit sur l’affiche représentant l’animal, fumer une cigarette et crever des balounes deviennent des épreuves que le performeur se donne à réussir et où il essayera et réessayera encore et encore pour parvenir à ses fins, sous les encouragements de la foule, conquise par le jeu.

C’est que tout ça n’est pas si simple : le gâteau, ses chandelles allumées, est à un bout de la salle et le fêté, retenu à l’autre bout par un élastique et un harnais, doit s’élancer pour approcher du gâteau et tenter d’en éteindre les chandelles, il arrive à bout de souffle, la respiration lui manque, surtout après vingt-cinq essais parce que les chandelles, version farces et attrapes, s’éteignent et se rallument instantanément, et puis la queue de l’âne, il faut la coller sur une affiche installée à huit pieds du plancher, il faut sauter et percuter violemment le mur, l’affiche cédera avant que le jeu ne soit complété, six verres de boisson gazeuse sont versés et callés alors que les mains du fêté sont retenues aux pattes de la table par des élastiques, chaque geste vers le haut demande alors un effort de plus en plus grand et après l’ingurgitation de deux litres de liqueur en cinq minute, c’est normal qu’on ait la tremblote, la cigarette quant à elle est fumée en position de push-up à une main où la main qui soulève le corps du plancher est celle qui tient la cigarette, il faut faire très vite pour la passer du plancher à la bouche, c’est physiquement impossible, enfin les balounes à éclater sont attachées au plafond, trop hautes, il faut sauter pour les atteindre et c’est pas dit qu’il ne faudra pas un accessoire pour déchirer la dernière. Des épreuves. Qu’on répète encore et encore, comme Sisyphe, qui dans sa version contemporaine fabrique des iPhone sans arrêt, à l’infini.

Mais les aventures d’Oramas sont beaucoup plus candides, il fait penser à Mr. Bean, il porte un complet et une cravate, il sait garder son sang froid, fait de drôles de faces, de celles qui constatent la lourdeur de la tâche à affranchir et la difficulté à y parvenir, comme Bean il est seul pour son anniversaire et habité par ses lubies, la première étant celle d’avoir un anniversaire digne de ce nom, normal quoique très enfantin, même si ça le mène à bout de souffle.

Alors que Matthieu Dumont et moi, embarqués passionnément dans ce spectacle circassien, essayions de lancer des chants de stades – ho hey, ho hey ho hey ho hey! – sans y parvenir – nos voix ne portent pas assez –, Michelle Lacombe se retourne vers moi et me lance avec enthousiasme que « c’est du sport », et je sais que c’est la fan finie des monster trucks qui parle. La performance d’Oramas avait quelque chose d’olympique, elle tenait de l’épreuve, d’une bravoure follement éparpillée, de la cascade absurde à la Jackass, mais délimitant une constellation d’actes chargés de sens, tirés du monde riche et universel de la fête d’enfant. C’était un spectacle total, par son thème pop et enfantin, l’aspect extrêmement physique qui le tient, et l’humour cabotin qui le ponctue. Un sport, oui, et j’ai hâte qu’il soit à l’essai aux Olympiques.

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