Joscelyn Gardner

Dominique Fontaine
  • Joscelyn Gardner, Bromeliad penguin (Abba), 2011; Aristolochia bilobala (Nimine), 2010.
  • Joscelyn Gardner, Poinciana pulcherrima (Lilith), 2009; Manihot flabellifolia (Old Catalina), 2011.

Une histoire féministe de la Caraïbe

La pratique de Joscelyn Gardner se fonde sur l’expérience commune des femmes créoles – noires et blanches – au 18e siècle et au début du 19e dans les plantations des Caraïbes. L’étude de la portraiture de la période coloniale ainsi que de divers documents écrits (carnets de voyage, histoires naturelles, publications abolitionnistes, lettres administratives, registres de plantation) sert d’assise aux recherches de l’artiste. Suivant une approche féministe postcoloniale, Gardner examine les représentations historiques de l’identité créole et récrit la subjectivité de la femme créole. Son œuvre vise à subvertir les stratégies documentaires de cette époque, utilisées pour marginaliser la population créole dans les Caraïbes. Notamment, l’histoire officielle exclut généralement les récits des esclaves abusées sexuellement par les colons. Gardner traite ainsi des omissions (viol, torture…) de l’histoire documentaire coloniale pour faire entendre la voix des femmes qui ont été négligées et oubliées.

Depuis 2001, Joscelyn Gardner travaille sur le sujet féminin dans l’histoire coloniale. Inspirées des gravures abolitionnistes et de l’esthétique du 18e siècle, ses deux premières séries de lithographies, Creole Portraits, réalisées en 2002 et en 2007, y font référence. Sa série de treize lithographies, Creole Portraits III (2009-2011), a trait en particulier à l’usage secret que faisaient les femmes créoles (libres ou esclaves) des abortifs naturels pour interrompre des grossesses forcées. Les lithographies de Creole Portraits III ont la simplicité des illustrations botaniques du 18e siècle. Chaque portrait montre une des treize plantes tropicales qui auraient été utilisées pour induire l’avortement. Les titres reprennent les noms de femmes violées cités dans le journal intime d’un surveillant de plantation. Gardner rend hommage à ces femmes en les représentant symboliquement par une élégante coiffure africaine juxtaposée à un collier en fer ou à un instrument de torture. Dans l’image, seule la plante abortive est colorée. Bien que le travail de Joscelyn Gardner soit fondé sur la spécificité historique et culturelle des Caraïbes, il souligne la question plus large de la culpabilité postcoloniale occidentale blanche.

Légendes des photos
Images 1 et 2 : Joscelyn Gardner, Bromeliad penguin (Abba), 2011; Aristolochia bilobala (Nimine), 2010. Photos : John Tamblyn, permission de l'artiste
Images 3 et 4 : Joscelyn Gardner, Poinciana pulcherrima (Lilith), 2009; Manihot flabellifolia (Old Catalina), 2011. Photos : John Tamblyn, permission de l'artiste

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