Jean-Pierre Aubé, Electrosmogs, RAM radioartemobile, Rome

RAM radioartemobile
  • Table ronde lors de l’ouverture de l’exposition « Electrosmogs » de Jean-Pierre Aubé, RAM radioartemobile, Rome, 14 mai 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Table ronde lors de l’ouverture de l’exposition « Electrosmogs » de Jean-Pierre Aubé, RAM radioartemobile, Rome, 14 mai 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Vernissage de l’exposition « Electrosmogs » de Jean-Pierre Aubé, RAM radioartemobile, Rome, 14 mai 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Jean-Pierre Aubé, vue de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Jean-Pierre Aubé, vue de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Jean-Pierre Aubé, détail de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Jean-Pierre Aubé, détail de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile
  • Jean-Pierre Aubé, vue de l’exposition « Electrosmogs », RAM radioartemobile, Rome, 2015. Photo : Yamina Tavani, permission de RAM radioartemobile

Jean-Pierre Aubé, Electrosmogs
RAM radioartemobile, Rome, du 14 mai au 27 juin 2015 (commissaire : Louise Déry)

Après la performance Electrosmog Venezia présentée à l’occasion de la Biennale de Venise les 8 et 9 mai, l’exposition Electrosmogs rassemble une sélection d’œuvres de Jean-Pierre Aubé permettant de saisir l’évolution de son travail depuis une quinzaine d’années. Le titre de l’exposition témoigne d’une attention particulière portée à la pollution électromagnétique émise par les appareils techniques construits par les humains, mais l’intérêt de l’artiste pour ces ondes radio ou ces champs magnétiques s’est d’abord fait en relation avec les environnements naturels : les grands espaces qui, justement, ne sont pas pollués par l’activité humaine. Le fondement de la réflexion est lié à l’association de deux éléments qui semblent difficilement se concilier : la nature et les ondes radio. La vidéo V.L.F Natural Radio (2000-2005) présente un déroulé de paysages filmés aussi bien en Finlande, qu’en Écosse ou au Québec dont la bande sonore est réalisée à partir de la captation d’ondes de très basses fréquences. En tentant de trouver les paysages vierges des fréquences produites par les humains, Aubé s’est confronté à leur rareté. La Terre est devenue un immense champ électrique, les endroits non contaminés se méritent et impliquent une exploration minutieuse, comme en témoigne une photographie de l’artiste le montrant en pleine quête sur la Baltique (Capture de sons V.L.F sur la Baltique, 2002).

Mais Jean-Pierre Aubé est faiseur d’images avant tout. Son objet premier est de donner une forme visible à ces ondes imperceptibles à l’oreille. Les images de spectres électromagnétiques qu’il produit sont toujours le fruit d’une invention graphique ou d’une transcription visuelle personnelle. Celles qu’il a réalisées à partir des électrosmogs d’Istanbul, Mumbai, Venise ou encore Berlin sont ainsi le savant mélange de la couleur du ciel au moment de la captation multipliée par la puissance du signal radio. Le résultat donne lieu à des cercles concentriques (Graphiques de l’Electrosmog de 0.1 à 144 MHz, 2012-2015) allant de bleus clairs à des noirs profonds, en passant par une gamme de camaïeux gris ; la profondeur correspondant à la capacité des ondes à voyager plus ou moins loin. On ne peut s’empêcher d’y voir des images actualisées des représentations de sphères célestes médiévales. Et lorsqu’on connaît le danger que peuvent représenter ces ondes, en terme sanitaire, l’ordonnancement de l’univers y est même proche des cercles de Dante.

La compréhension et l’analyse des ondes invisibles appartiennent chez Aubé au registre esthétique, mais leurs portées vont au-delà.

La vidéo Radio Vaticana (2015) présente en effet un aspect plus politique. Des images d’antennes filmées sont associées aux sons radiophoniques captés par l’artiste. Le centre émetteur de la radio du Vatican, capable d’émettre en ondes courtes ou moyennes, est l’un des plus importants au monde. Inauguré en 1931, il a eu un rôle décisif pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, comme le rappelle le communiqué du Saint-Siège à l’occasion des 75 ans de radio Vatican, cette dernière « constitue un moyen de pénétration capillaire et efficace dans certaines régions du globe ». Le centre de diffusion bénéficie de l’extraterritorialité et n’est soumis à aucune réglementation en termes de transmission. En 2001, le gouvernement italien avait dû menacer la radio pour l’obliger à réduire son émission de champs électromagnétiques, les antennes étant accusées de provoquer des problèmes de santé importants.

Une grande menace pèse sur la perception des éléments naturels et sur la captation de leurs sons électriques. À travers ses paysages de données invisibles, Jean-Pierre Aubé nous présente l’humain comme un véritable parasite de l’atmosphère et de la magnétosphère. Le phénomène ne fait que commencer.

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