Jacynthe Carrier, Musée d’art de Joliette

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2018
Musée d’art de Joliette
  • Vue d’installation, Musée d'art de Joliette, 2018. Photo : Caroline Langlois
  • Vue d’installation, Musée d'art de Joliette, 2018. Photo : Caroline Langlois
  • Jacynthe Carrier, forest, de la suite PAYSAGE, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Jacynthe Carrier, fruits, de la suite PAYSAGE, 2017. Photo : permission de l'artiste
  • Jacynthe Carrier, suie, de la suite PAYSAGE, 2017. Photo : permission de l'artiste

Jacynthe Carrier, PAYSAGE : faire le jour
Musée d’art de Joliette, Joliette, du 3 février au 6 mai 2018

Depuis plus d’une dizaine d’années, Jacynthe Carrier explore l’articulation du corps au territoire. Sa récente exposition au Musée d’art de Joliette rend compte du développement de ses recherches alliant la photographie, la vidéo, la mise en scène et la performance, le plus souvent aux frontières du tableau vivant. Se déployant sur quatre écrans juxtaposés, l’imposante installation vidéo PAYSAGE met en scène un groupe hétérogène prenant part à des actions sibyllines en pleine forêt. Qu’ils soient individuels ou collectifs, les gestes – en particulier les gestes manuels – présentent un caractère à la fois rituel, récréatif et utilitaire. Bien que l’identité et les motivations exactes de ces protagonistes ne soient pas données, leur cohésion apparait à travers des interactions ponctuelles et, plus largement, par le partage d’un lieu et d’un temps communs. En symbiose avec leur environnement, ils manipulent attentivement des objets (outils, vêtements, corde) ou des éléments naturels (terre, branche, eau, pierre, fruit) évoquant tantôt la survie en forêt, tantôt la flânerie ou la contemplation passive. Au fil de leurs actions, déambulations et postures réflexives, ces personnages semblent observer, chacun à sa manière, le passage du temps : leurs expressions à première vue neutres trahissent un état d’absorption et de concentration générant un effet de présence caractéristique du lexique visuel de Carrier.

Sur le plan formel, la succession des séquences, souvent de courte durée, relève d’un montage particulièrement efficace : les images apparaissent conjointement sur tous les écrans en suivant une logique de correspondances et d’interrelations, à travers des rappels chromatiques, des jeux de symétrie et de continuité entre les objets, les actions et les corps. Sur cette grande trame horizontale, le réflexe d’une lecture linéaire éclate au profit d’une fragmentation visuelle calculée, d’un désordre équilibré qui renforce le potentiel poétique de l’œuvre. Une ligne directrice apparait néanmoins : de l’aube au crépuscule et à l’aube encore, le cycle quotidien de la lumière naturelle affecte toutes les séquences en synchronie, de manière à harmoniser le découpage vidéographique. Élément incontournable et impeccablement orchestré, la bande sonore participe tout autant de l’unité de PAYSAGE. Les bruits de la forêt s’accordent aux sons propres aux quatre actions posées en simultané, à quoi s’ajoutent des interventions instrumentales minimales, donnant lieu à une superposition improbable mais fort cohérente qui a comme effet parallèle de rappeler l’importance du paysage sonore en milieu naturel.

Les six photographies qui complètent cette exposition agissent comme témoins du projet vidéographique. Mises en espace dans des lieux de passage du Musée, elles rappellent des scènes spécifiques de l’installation, à la manière d’indices ou de balises qui apparaissent en amont ou en aval de l’expérience plus immersive de la salle de projection. Comme le souligne la commissaire de l’exposition, Anne-Marie St-Jean Aubre, le fait de découvrir ces photographies au fil d’une déambulation dans le Musée fait écho à l’idée du parcours, elle-même constitutive de PAYSAGE. De là, on pourrait supposer que leur accrochage dans ces lieux éclairés, en contact avec la lumière naturelle et en contraste avec la pénombre de la salle de projection, consolide la transition entre le diurne et le nocturne, elle aussi déterminante dans le projet.

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